par Michel FESTIVI
Dans un précédent article sur Georges Guingouin (https://metainfos.com/2026/09/12/guingouin-le-faux-resistant/), j’ai rapporté que ce dernier, contrairement à une légende tenace, n’était jamais entré en résistance contre les Allemands qui envahissaient notre pays, avant fin 1942, et qu’il avait suivi jusqu’au bout le Pacte Hitler/Staline, une alliance entre communistes et nazis, qui fut interrompue par Hitler et non pas par Staline. (1)

Un courrier de lecteur paru dans le journal Nice Provence, le 12 septembre 2026, (https://nice-provence.info/2026/09/12/vous-navez-pas-le-monopole-de-la-resistance/) me donne l’occasion de revenir sur la légende de la résistance du PC « F », avant fin juin 1941. Cette personne, réagissant à un article du 6 septembre 2026, dénonce à juste titre le fait que « la gauche tente de s’arroger le monopole de la Résistance et d’en exclure ce que l’on appelle la droite ». Selon cette chronique du 6/09, il y était indiqué qu’un élu communiste niçois, Julien Picot, avait demandé au maire de Nice, Éric Ciotti, d’ériger une statue de Max Barel sur la place qui porte son nom. Ce qui a fait justement s’insurger cet abonné, c’est le fait que la gauche et l’extrême gauche militante ne veulent pas d’une statue qui serait inaugurée par un maire « allié du RN, l’héritier politique des nazis ». Et ce fidèle lecteur d’écrire opportunément : « Non ! La gauche n’a pas le monopole de la Résistance ! Loin s’en faut ».

Non seulement la gauche n’a pas le monopole de la Résistance, mais les communistes « français », ne sont entrés en résistance qu’après le 22 juin 1941, et cela sur les ordres de Moscou, multipliant les attentats individuels, qui étaient proscrits par les vrais résistants de la toute première heure, comme Henri Frenay (2). Nous allons donc examiner le cas de Max Barel (photo ci-dessous), pour vérifier s’il était entré en résistance contre les nazis avant le 22 juin 1941.

Il faut d’abord s’intéresser au père de Max Barel, Virgile Barel (1889-1979), qui fut un militant du PC « F » depuis 1920, député de Nice entre 1936 et 1978, et éphémère maire de Nice entre 1944 et 1945. C’était un révolutionnaire très orthodoxe totalement dans la ligne, et il soutint le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, qui laissait à Hitler les mains libres à l’Ouest pour nous attaquer. Le 26 septembre 1939, Édouard Daladier fait dissoudre le Parti et toutes les organisations de la IIIème internationale. Virgile Barel fait partie de la quarantaine de députés communistes qui créent le groupe Ouvrier et Paysan français à la Chambre, pour tenter de détourner cette prohibition légale. Contrevenant aux décrets-lois qui interdisent la reconstitution d’organisations communistes dissoutes, qui refusent de combattre les Allemands en pleine guerre, et qui appellent au sabotage des matériels de la défense nationale (3), Virgile Barel est arrêté le 8 octobre 1939, déchu de son mandat de député comme 44 autres de ses collègues, le 21 janvier 1940, puis condamné en mars 1940, à 5 ans de prison. Il sera libéré le 5 février 1943, se trouvant alors reclus en Algérie, par le général Giraud. Les députés communistes qui avaient dénoncé le pacte germano-soviétique et rompu avec le Parti, créèrent eux, en décembre 1939, le groupe Union Populaire française.

On se souvient que le 9 avril 1940, en pleine guerre, devant les actes de trahisons et de sabotages de militants du PC « F », le ministre de la justice, le socialiste Albert Sérol, ancien ministre de Léon Blum, ancien président de la Commission de la législation civile et criminelle, avocat et bâtonnier de Roanne, député-maire de cette ville, prit un décret prévoyant la peine de mort pour toute personne participant sciemment à une entreprise de démoralisation de l’armée ou de la nation, visant spécifiquement les activités communistes. Les gouvernements Daladier, avec des ministres radicaux-socialistes et de la droite modérée, ont multiplié les mesures contre les communistes : fin août 1939, interdiction de sa presse ; 26 septembre 1939, interdiction du PC « F » et de ses satellites ; 18 novembre 1939, décret-loi sur l’internement administratif ; 20 janvier 1940, déchéance automatique de tous les élus communistes qui ne reniaient pas publiquement le pacte germano-soviétique. Pour l’Histoire, il n’est pas inutile de rappeler, qu’Albert Sérol (1877-1961), se rangera aux côtés de Paul Reynaud pour la poursuite de la guerre contre l’armistice, et qu’il s’abstiendra lors du vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il sera révoqué de ses fonctions de maire et de conseiller général.

Virgile Barel sera ensuite le directeur adjoint du Cabinet du communiste François Billoux, alors ministre dans le GPRF siégeant à Alger. Cela est très important à relever, car François Billoux et Virgile Barel, avaient été les cosignataires d’une lettre, adressée très respectueusement au Maréchal Pétain, le 19 décembre 1940, alors qu’ils étaient emprisonnés à la maison d’arrêt du Puy en Velay, pour se porter volontaire pour être des témoins à charge contre les accusés de Riom, dont Édouard Daladier. La vengeance communiste est un plat qui se mange froid. Cette lettre, signée par 27 ex-députés communistes, dénonçait des hommes emprisonnés par Vichy, à la vindicte de la Cour suprême de Riom. Cette missive n’hésitait pas à reprendre les propos du Maréchal Pétain : « Je hais les mensonges qui nous ont fait tant de mal ». Après bien des dénégations et reniements, François Billoux a lui-même fini par reconnaître l’authenticité de cette lettre, dans l’Humanité du 18 mai 1951. Le texte en a été publié par Julia Bracher, dans son ouvrage, Riom 1942 (4).

Max Barel son fils (1913-1944), fut très jeune un militant communiste actif, suivant les traces de son père, comme Guy Môquet, fidèle suiveur de son père Prosper Môquet, thuriféraire du même pacte. Même s’il fut troublé par le pacte germano-soviétique (selon sa fiche dans Le Maitron), Max Barel n’en demeura pas moins un fidèle affidé de la IIIème internationale. Embauché après l’armistice de juin 1940 dans une usine à Villeurbanne (il était polytechnicien), il fit partie des très proches de Georges Marrane, qui fut un apparatchik communiste des plus fervents. Le Maitron ne donne aucune indication sur des actes de résistance de Max Barel avant la rupture du pacte Hitler/Staline, par Hitler. Or Georges Marrane (1888-1976; photo ci-dessous), n’a jamais désavoué ce Pacte, bien au contraire. Très tôt dans les hautes sphères communistes, Marrane, professionnel de la politique au PC « F », sera élu maire d’Ivry, puis Conseiller général, spécialiste des municipalités au sein du Parti. Le 4 octobre 1939, un décret Daladier suspend la municipalité d’Ivry, car son édile n’avait pas rompu avec le Pacte germano-soviétique. Marrane, pour ne pas être arrêté par la police de la IIIème république, entre alors en clandestinité.

C’est lui qui va réorganiser le PC clandestin en région lyonnaise, et c’est là qu’il rencontre Max Barel, qui sera arrêté par la gestapo de Lyon en 1944, torturé, son corps ne sera jamais retrouvé. Martyr, Max Barel a-t-il pour autant été un résistant contre l’Allemagne nazie avant le 22 juin 1941 ? Rien ne permet de l’affirmer. Certes, il combattait Vichy et la « guerre impérialiste », mais aucun élément probant ne permet d’acter des actes concrets de résistance contre les Allemands, avant cette date clé, sinon le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social, Le Maitron le relèverait clairement. Or, il se contente d’écrire : « il était entré dans la Résistance, dès avant mai 1941, où il travaillait sous la direction de Georges Marrane à l’organisation de la Zone sud… ».
Or l’activité de Marrane avant l’invasion de l’URSS par les troupes de la Wehrmacht, a été de reconstituer clandestinement le PC, dont l’Humanité clandestine s’évertuait chaque semaine à injurier les Français de Londres, le général de Gaulle, et les Anglais, qui seuls alors résistaient contre les nazis, les traitant de « fauteurs de guerre, de ploutocrates, de vendus à la City de Londres ».
Marrane a été chargé en zone Sud, de fonder le Front National en mai 1941. Mais aucune action clandestine contre les Allemands n’apparaît avant le 22 juin 1941. Le Front National a été créé par Jacques Duclos, Pierre Villon et d’autres, ils ont toujours suivi la ligne stalinienne à fond. C’était une volonté, pour ne pas effrayer les non-communistes, de tenter de phagocyter des mouvements qui n’auraient pas accepter d’entrer en relation avec les communistes. C’est ainsi que la présidence en fut confiée à Frédéric Joliot-Curie, qui se révèlera un communiste stalinien fidèle après-guerre.

On retrouve là les techniques du Kominterm, destinées à élargir l’influence communiste, au-delà de ses militants déclarés, comme le mouvement Amsterdam-Pleyel des années 1930, avec André Gide, et nombres « d’idiots utiles », comme les avait qualifiés Lénine. Max Barel fut un martyr, c’est incontestable, mais a-t-il pour autant été un ardent résistant aux Allemands avant la rupture du pacte ? C’est toute la question, et des éléments concordants semblent indiquer que non. Car être un clandestin, se cacher de Vichy et sa police, réorganiser un parti clandestin qui avait appelé à faire reparaître ses journaux, en n’hésitant pas à prendre langue avec les autorités d’occupation et même à dénoncer « le juif Mandel » à ces mêmes autorités, comme l’a prouvé un mémorandum écrit par le communiste Maurice Tréand, étaient à cent lieues de faire des actes de résistance anti-envahisseurs. (5)

En 1940, L’Humanité Clandestine et la presse du Kominterm, inspirées par Maurice Thorez, depuis Moscou, qui mobilisé comme soldat avait déserté en temps de guerre, en octobre 1939, téléguidait des articles insultants contre des dirigeants socialistes, Blum en tête, présenté comme « un social-traitre, complice de la bourgeoisie impérialiste, au service du capital », ce qui était très grave, puisque Blum était à la merci des Allemands, dans les geôles de Riom. Cf mon ouvrage précité (3). Thorez employa plus que des mots orduriers contre Blum, voire quasiment à la limite de l’antisémitisme, ce qui n’était pas anodin à cette époque.
Il y a sans doute à Nice, des hommes ou des femmes qui ont résisté contre l’envahisseur dès juillet-août 1940, et qui étaient des patriotes incontestables, Monsieur Ciotti pourrait aussi bien leur ériger une Statue.
NOTES :
(1) Michel Festivi, Un mythe à déboulonner : Georges Guingouin n’a jamais résisté avant la rupture du pacte germano-soviétique, Site Metainfos, 12 septembre 2026 : https://metainfos.com/2026/09/12/guingouin-le-faux-resistant/
(2) Charles Benfredj, Henri Frenay, la Mémoire volée, Dualpha, 2004.
(3) Michel Festivi, La désinformation autour du Parti communiste « français », préface de Francis Bergeron, Dualpha, 2024.
(4) Julia Bracher, Riom 1942-Le Procès, documents inédits et témoignages, Omnibus, 2012.
(5) Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète : Les communistes français et les autorités allemandes, L’Atelier, 2006 – Ce livre apporte la preuve irréfutable de ce mémorandum, et que Jacques Duclos envoyait régulièrement des rapports à Moscou par radio ou émissaires, pour rendre compte des avancées des démarches avec Otto Abetz, joignant doubles des notes remis à l’occupant, prouvant que la direction du PC « F », suivait de très près l’affaire.


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