LE VÉNÉZUELA VA-T-IL ENFIN DECOLLER ?

    Par Andrès OPPENHEIMER 

    Au début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran l’été 2025, j’avais osé prédire dans une chronique de l’Hérald Tribune que Vladimir Poutine et Nicolás Maduro seraient les principaux perdants géopolitiques du conflit. Je crois avoir eu raison concernant Poutine, mais je me suis trompé au sujet de Maduro, ou plus précisément, au sujet de sa successeure de facto, Delcy Rodríguez.

    L’étude du célèbre économiste Asdrúbal Oliveros prévoit que l’économie vénézuélienne connaîtra une croissance de 12 % en 2026 : « L’économie vénézuélienne montre des signes de progrès remarquables », écrivait Oliveros dans Americas Quarterly certes avant le tremblement de terre. Bien que la croissance projetée par Oliveros ne fasse qu’amorcer le redressement après plus d’une décennie d’effondrement économique sous Maduro, il s’agit d’un chiffre surprenant.

    Voyageurs à l'aéroport international Simón Bolívar en 2023.
    Voyageurs à l’aéroport international Simón Bolívar en 2023./ Gaby Oraa

    L’économie vénézuélienne a commencé à se redresser après l’attaque américaine du 3 janvier qui a permis la capture de Maduro, et l’accord subséquent entre l’administration Trump et Rodríguez, qui a pris le pouvoir, pour rétablir l’acheminement du pétrole vénézuélien vers les États-Unis. Depuis la capture de Maduro, Trump n’a cessé de faire l’éloge de Rodríguez. Il l’a qualifiée de « très intelligente » et a laissé entendre qu’il était prêt à normaliser les relations avec le Venezuela en échange de pétrole à bas prix et de l’expulsion des migrants vénézuéliens.

    Bien que le secrétaire d’État Marco Rubio ait appelé à la tenue d’élections libres une fois le pays stabilisé, Trump n’a fixé aucun calendrier ni aucune condition précis à cet égard. Quand Trump parle du Venezuela, il parle de pétrole et, parfois, de drogue. Il n’évoque quasiment jamais la démocratie.

    De plus, Trump cite la situation actuelle au Venezuela comme une réussite majeure de sa politique étrangère, ce qui rend peu probable qu’il fasse pression pour des élections libres.

    Les sondages montrent que la plupart des Vénézuéliens applaudissent la capture de Maduro et espèrent qu’elle débouchera sur une transition démocratique. Cependant, nombreux sont ceux qui craignent que Rodríguez ne consolide son pouvoir et ne perpétue le chavisme sans Chávez ni Maduro. Dans le même temps, les sondages révèlent que la chef de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, María Corina Machado, actuellement à l’étranger, demeure la personnalité politique la plus populaire du Venezuela. Elle continue d’exiger des élections libres et la fin du régime chaviste. Elle se préparerait à renter au pays tandis que ce vendredi, Marco Rubio vient de déclarer qu’elle devrait jouer sous peu « un rôle important au Venezuela« . Cependant, selon plusieurs anciens diplomates américains, le temps joue contre le chef de l’opposition vénézuélienne.

    Bien que beaucoup considèrent les prévisions de croissance économique de 12 % comme excessivement optimistes, si l’économie s’améliore ne serait-ce que légèrement sous Rodríguez, davantage de Vénézuéliens pourraient se résigner à vivre sous son régime. Brian Naranjo, un ancien fonctionnaire du Département d’État qui a travaillé au Venezuela, m’a dit que Rodríguez profitait de cette période pour consolider son pouvoir, tout comme Maduro l’avait fait après la mort de Chávez en 2013.

    John Polga-Hecimovich, professeur à l’Académie navale des États-Unis et spécialiste de la politique latino-américaine, convient que la fenêtre d’opportunité pour la démocratie au Venezuela se referme : « Elle n’a aucune raison d’organiser des élections libres maintenant que le pétrole coule à nouveau à flots et que l’économie se redresse. »

    Machado a eu raison de couvrir Trump d’éloges pour ne pas être mise à l’écart. Mais pour éviter de devenir insignifiante, elle doit retourner au Venezuela et diriger l’opposition de l’intérieur. Elle devrait rentrer au plus vite. De plus, si elle était arrêtée, Trump serait alors contraint de choisir publiquement entre soutenir Rodríguez ou défendre la démocratie. Machado ne peut pas rester indéfiniment à l’étranger.

    Source : El Nuevo Herald


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