par Bernard PLOUVIER
Les humains des XXe et XXIe siècles n’ont nullement inventé la propagande, mais les media modernes l’ont fait exploser. Le téléphone, le cinéma, la radio et la télévision, puis les réseaux sociaux ont multiplié la vitesse de propagation des rumeurs (et les plus folles sont les plus facilement diffusées, donc les meilleures), aussi bien que des textes canoniques (les œuvres des mentalement dérangés Marx, « Lénine » ou Mao-tu-sais tout ont bénéficié d’une diffusion planétaire, sans dépasser les ventes de la Bible – elle-même battue par la diffusion de la saga Harry Potter) et, bien sûr, des dogmes – qui sont le plus facilement retenus s’ils sont simples, voire simplets – ou enfin, et surtout des images. La grande nouveauté du XXIe siècle est la diffusion à toute la surface du globe où existe la « fée électricité » et en une seule journée… si les politiciens qui défendent l’intégrité de l’Occident, face à l’invasion par des parasites inutilement importés, étaient moins sots et surtout moins égotistes, ils se tairaient et remplaceraient leurs discours inutiles par des vidéos montrant la réalité de l’invasion ultra-violente et destructive : l’image agit infiniment mieux et plus longtemps que la parole sur l’état émotionnel du citoyen-électeur.

Les « réseaux Antifas » (version XXIe siècle du communisme agressif) ont créé une nouvelle forme de harcèlement moral : le « lynchage virtuel », en plus du meurtre en direct puisque les plus fanatiques des convaincus (racailles exotiques et gaucho-trotskistes) n’hésitent pas à tuer des opposants et à filmer leur crime. Cela devient d’ailleurs un argument électoral très rentable si l’on stigmatise par l’adjectif « fasciste » l’assassiné qui s’opposait à une ou diverses dingueries antisociales : avortement libre, location d’utérus, mutilations sexuelles irréversibles, le tout étant remboursé par la Sécurité Sociale, libéralisation des ventes de stupéfiants, désarmement de la police, immigration-invasion de sujets inutilement importés de continents arriérés et surpeuplés etc. Nul ne doit jamais oublier le poids de la bêtise humaine : plus un slogan est gros, stupide, haineux, mieux il passe !

Le complotisme est indissociable du fanatisme. Le fondement de sa méthode de propagation est une rhétorique creuse, utilisant toutes les ressources linguistiques, singulièrement l’abus de néologismes et le détournement sémantique. On généralise de façon outrancière, attribuant à des collectivités entières des comportements individuels, entièrement dégagés de leur contexte historique, pour culpabiliser l’ensemble d’une population chargée des « crimes », réels ou supposés, commis plusieurs décennies ou plusieurs siècles auparavant : c’est ainsi que l’on a organisé le culte de la Shoah (indéniable en elle-même, alors que ses estimations chiffrées et ses témoins agités frisent l’absurdité) ou la haine des races, dans laquelle d’ex-dominés retardataires se muent en tueurs de descendants supposés d’ex-colonisateurs. On peut même faire de ces manipulations d’opinions publiques les fondements du complotisme version XXIe siècle.

Le flou des idées et la confusion mentale qui en résulte chez l’auditoire assurent le succès des grands-prêtres et grandes prêtresses charismatiques (de façon moins noble : des « grandes gueules ») du complotisme – pour amateurs, on signale la furie universitaire très médiatisée Robin Diangelo (2018) -, ou encore les harpies noires, juives ou gaucho-trotskistes des USA, de France et de Grande-Bretagne (Braunstein, 2022, cite quelques beaux spécimens d’enragées). Car s’il existe depuis la nuit des temps des complotistes mâles, le XXIe siècle voit le triomphe de l’irrationnalité féminine. Dans toute activité de réflexion politique, métaphysique ou sociologique, l’élaboration des concepts provient pour l’essentiel du cerveau dominé – le cerveau « artistique » ou sentimental -, et non du cerveau rationnel, dominant. Il ne faut donc pas s’étonner du rôle majeur joué par des femmes et des homosexuels dans les mouvements complotistes des années 1990-2025.

Mais l’on ne doit pas non plus oublier que la métaphysique religieuse et politique (du christianisme au marxisme et au nazisme, en passant par les retours de flammes des mahométans et des hindouistes) a enthousiasmé au XXe siècle un grand nombre de diplômés d’université mâles et d’ex-combattants très courageux des guerres mondiales ou civiles. Le Q.I. pas plus que la virilité ne sont des garde-fous efficaces face à la puissance d’attraction des doctrines métaphysiques. Les sujets à sens artistique développé ou à l’imagination (« la folle du logis ») débordante sont sensibles à la puissance de séduction et de persuasion des prédicateurs complotistes, à la différence des rationalistes.

La foule des convertis, prêts à prononcer les mantras les plus stupides rédigés en un jargon propre aux initiés, par définition déconnecté de la sémantique usuelle, cette foule prête à nier l’évidence, mais aussi à tabasser les contestataires ou à les harceler via les réseaux sociaux, est formée surtout de membres des minorités ethniques et sociales, des ratés sociaux, des débris d’adductions diverses (tabac, alcool, sexe et stupéfiants – ou psychodysleptiques, soit des produits qui modifient la neurochimies du cerveau et de la commande nerveuse des organes), en résumé la noria des personnalités faibles et hypersensibles qu’un rien offusque ou fait hurler de rage. Mais le complotisme n’est pas seulement la revanche des marginaux et des sous-doués, ni la « culture des micro-agressions répétées, engendrant une posture victimaire » (si, si !) : on y trouve aussi des diplômé(e)s frustré(e)s et des savants paranoïaques ou cyclothymiques.

Beaucoup de jeunes membres des sectes complotistes sont des individus qui se veulent « uniques », à l’imitation de ce qu’on affirme dans le judaïsme talmudique-rabbinique où l’on proclame haut et fort qu’un membre de la « race juive » (alias la « race pure », aka « la race sainte ») est un Univers à lui seul ! La secte complotiste offre une structure « coddling-like » : une collectivité qui dorlote ses membres, leur fournissant une bouillie dogmatique simple et un rituel qui calme l’angoisse existentielle. La répétition compulsive des slogans soulage chacun de la lourde tâche de penser par soi-même et les hurlements collectivement proférés en public vident chaque individu de sa rage. Vivre dans un milieu complotiste assure la vidange du trop-plein émotionnel par des effusions sentimentales collectives répétées, que les sociologues portés sur la poésie ont comparées à des éruptions de lave. Pour les hystériques, c’est l’assurance de jouer très régulièrement un psychodrame « pour la noble cause ». C’est toujours mieux que le cocooning (au Japon : le repli social des Hikikomoris), soit l’attitude des jeunes (et des moins jeunes), scotchés devant leur écran d’ordinateur, qui se satisfont d’une pseudo-vie « virtuelle », forcément moins rude, plus nombriliste, en un mot moins pénible pour l’ego que la vie des relations humaines.

Il est entièrement inexact de parler de « nouvel athéisme » (John Gray, 2018) à propos des mouvements complotistes des XXe – XXIe siècles. Bien au contraire, il s’agit de croyances intimes, de systèmes métaphysiques irrationnels, illogiques et souvent délirants, aussi contagieux et pernicieux par leur fanatisme hystérique que les mouvements nés au XIXe siècle (marxisme), à la jonction des XIXe et XXe siècles (genrisme et psychanalyse freudienne) ou durant les années 1920 sq. (délire créationniste de Noirs obsédés par le mouvement « négritude »). Les complotistes modernes des universités anglo-US rejettent d’ailleurs « les privilèges de la raison » (Sally Haslanger, bizarre Professeure du MIT de Cambridge-Boston, 2012, s’en flatte longuement).

Aux USA, sciences et techniques sont combattues comme étant entachées de racisme (c’est reconnaître le poids écrasant des Blancs et des Asiatiques dans les progrès scientifiques et techniques des deux derniers millénaires !) et de sexisme (idem pour la constatation du faible rôle joué par les femmes en ces domaines). Comme autrefois chez les clergés chrétiens ou mahométans et chez les grands-prêtres de l’ânerie marxiste, les nouveaux complotistes politisent sans vergogne le domaine scientifique et technique.
Si l’on prend l’exemple du Wokisme, issu du mouvement « négritude » de la première moitié du XXe siècle, il est évident que cette contestation raciste et misonéiste est bien plus préjudiciable aux élèves noirs, mahométans et océaniens – en dépit de la béquille sociale de la « ségrégation positive » en faveur des « descendants de victimes de l’esclavage et de la colonisation » – qu’aux jeunes blancs et asiatiques, trop intelligents pour abandonner leur richissime héritage scientifique et technique. Le Wokisme est un excellent moyen de faire stagner voire rétrocéder le niveau culturel des mahométans, des noirs africains ou des polynésiens-mélanésiens… sur lesquels les Occidentaux n’ont pas à verser la moindre larme : dans la guerre qui s’annonce, guerre de races et de religions, le vainqueur sera celui qui se révèlera le plus impitoyable.

Le complotisme est de toutes les époques, revisitant siècle après siècle les mêmes idées idiotes, les adaptant à de nouvelles populations cibles et aux nouveaux moyens d’expression. Aux XXe et XXIe siècles, l’écriture est devenue phonétique, sans syntaxe ni orthographe précises : le flou dans l’expression est le symbole à la fois du vide idéatoire, de la qualité de plus en plus médiocre du public ciblé par les démagogues, enfin de la démission par lâcheté ou par défaitisme intellectuel de trop nombreux enseignants.
Les dingueries complotistes modernes font la promotion des tarés physiques, mentaux et sexuels, des exclus des canons esthétiques, des cocus du judéo-bolchevisme, des ratés de la psychanalyse, des envahisseurs violents du Tiers-Monde, ce qui arrange admirablement les affaires des magnats du trafic d’humains et de substances jugées illicites – jusqu’à leur légalisation par des assemblées législatives ultra-corrompues élues grâce au crétinisme des foules intoxiquées par la sous-culture complotiste. Entre genrisme, négritude et son produit dérivé le wokisme, propagandes sur le climat et l’épuisement des ressources (on évoquait déjà cet « épuisement » avant même la naissance de Jules César !), ou sur les dangers de l’industrialisation et de la vie moderne, les démagogues se créent – grâce à « l’intersectionnalité » de toutes ces dingueries qui permettent de ratisser au plus large – un Eldorado électoral auprès duquel le crétinisme marxiste passera bientôt, par comparaison, pour une aventure hautement intellectuelle.


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