par Bernard PLOUVIER
- A propos de la parution chez DUALPHA de

« Chaque fois que Dieu érige un autel,
le Diable s’empresse de construire une chapelle.
Et l’on constate que c’est la chapelle qui est la plus achalandée »
Daniel (de) Foe, The complete english tradesman, 1727
La bonne question à poser est celle de l’efficacité des complots dans l’histoire humaine. Tout pouvoir, dès son établissement, qu’il soit légitimé par le Droit du poing, par une coutume dynastique, par une pseudo-certitude métaphysique ou par un processus électoral, est sujet à contestation. Depuis le temps que des chroniqueurs exercent leur activité, le plus souvent partisane, on sait qu’en tout pays et à toute époque pullulent les ambitieux qui croient pouvoir faire mieux que le chef en place ou veulent simplement confisquer à leur profit l’Imperium (le pouvoir temporel) et souvent aussi l’Auctoritas (le pouvoir spirituel et intellectuel), la concentration des deux pouvoirs chez le même titulaire définissant le totalitarisme.
La plupart des complots sont découverts avant le passage à l’acte des conjurés grâce à l’action des forces de sécurité qui, toujours et partout, peuvent compter sur les jalousies entre Divas complotistes, l’envie des seconds couteaux, les maladresses (après tout, sans l’ingratitude d’un Othello, Iago aurait continué à servir fidèlement son patron) ou les aspérités caractérielles des chefs d’une conspiration, qui dégénèrent en trahisons et délations. En outre, il ne faut pas sous-estimer la sottise profonde de nombreux comploteurs qui se croient fort habiles et ne sont que des hâbleurs, des incontinents du verbe, qu’un agent provocateur ou un policier subtil font parler.
De loin en loin, un complot permet à un homme de diriger à sa façon un État en imposant à la Nation de nouvelles institutions. Cromwell, Napoléon Bonaparte ou Lénine sont des exemples de chefs novateurs autant que charismatiques, dont le complot a bouleversé l’histoire et pas toujours en bien ! À l’inverse, l’assassinat de Jules César (buste ci-dessous) enclencha une très sanglante guerre civile qui dura une quinzaine d’années, avant que le plus grand législateur du monde antique, Octave devenu Auguste, impose les institutions fondatrices de l’Empire romain.

On doit reconnaître qu’un complot politique débouche plus souvent sur le chaos (ainsi des putschs latino-américains ou asiatiques ou encore le très dévastateur Putsch judéo-nord-américain de Kiev en 2014, aux conséquences retardées catastrophiques) que sur un état d’équilibre entre efficacité et autoritarisme… au XXe siècle, Franco (portrait ci-dessous), le très calotin et fort calomnié Espagnol, est l’un des rares hommes d’État issu d’un putsch qui se soit conduit très intelligemment, au prix de l’exécution de beaucoup moins de racailles marxistes qu’on ne l’a prétendu.

Les complots visant à modifier les fondements de la pensée religieuse, philosophique ou sociale sont les pires, car ils créent immanquablement un clergé, formé d’interprètes de textes dits sacrés – pour l’athée, les promesses des Évangiles ou du Coran, les divagations des duettistes Marx et Engels ou celles de Freud et de ses complices dans l’imposture psychanalytique sont à mettre dans le même sac sociologique. Ces clercs officiels sont eux-mêmes concurrencés par une foule d’halluciné(e)s qui jouent aux contrebandiers en secrets divins. Chaque clergé religieux ou politique prétend bouleverser la vie morale, intellectuelle et / ou spirituelle des populations et cela ne se passe jamais sans charivari. Trop souvent, ces révolutions conceptuelles génèrent des conflits sanglants et une dictature monstrueuse (perpétrée au nom d’une divinité d’autant plus facilement utilisable qu’elle reste toujours muette), ou servent d’alibi à un expansionnisme politico-militaire. Politique et religion sont des monstres de même origine, c’est-à-dire des entreprises de chirurgie sociale où les jolis idéaux des premiers temps dégénèrent très vite en tyrannie, fanatisme et impérialisme.
Comme l’humanité n’a guère évolué au plan physique, cerveau inclus, depuis l’éclosion de l’espèce Homo Sapiens sapiens, les révolutionnaires ne font que réactualiser des schémas de pensée déjà connus. Leurs grimaces et leur gestualité, leurs discours parfois loufoques explorent des thèmes et des psychodrames déjà connus, et parfois depuis la plus haute Antiquité.

L’ignominie marxiste des XIXe et XXe siècles n’a été que la monstrueuse application à 1,5 ou 2 milliards de pauvres humains des élucubrations des Récabites du 9e siècle avant J.-C., soit des nomades Juifs et Madianites pratiquant le communisme de répartition. Les contorsions mentales des « genristes » et des psychanalystes (fondées, pour ces derniers, sur l’interprétation des rêves, qui fut un grand classique de la Grèce antique, [cf. B. Plouvier, Des drogues et des hommes. Cocaïne, la drogue de l’illusion de puissance et de la supercherie psychanalytique, L’Æncre, 2023) remontent elles aussi à l’Antiquité grecque, mésopotamienne ou hindoue. La posture victimaire juive, passée au XXe siècle aux milieux noirs des USA où elle a dégénéré en wokisme, est née lors de l’exil, pourtant hautement civilisateur, des Judéens aux alentours de Babylone, au 6e siècle avant J.-C. Assyriens et Perses antiques ont réellement civilisé les Juifs, initialement sortis du néant par les Égyptiens, vers le 13e siècle avant J.-C.

Le point de départ d’un mouvement complotiste est un délire reposant sur une mauvaise interprétation de faits réels par des hystériques (des névrosé(e)s hautement influençables par leur environnement), ou des psychotiques – hallucinés, paranoïaques, schizophrènes ou maniaco-dépressifs. Ce délire se propage grâce à un phénomène de suivisme snobinard (c’est notamment le cas chez les pseudo-élites cultivées ou dans le milieu déréglé, instable et souvent intoxiqué des artistes) et par un conformisme de survie sociale chez des sujets apeurés pour des raisons diverses – risque de perte de place ou d’emploi, révélation de tares privées ou chantage de manipulateurs qui formeront les cadres des services de sécurité, en cas de succès du complot.
Un complot qui réussit est généralement récupéré par un politique, soit un caméléon social… on n’inclut pas, dans ce groupe parasitaire, la rareté : l’homme d’État qui est un véritable organisateur ou le sauveur momentané d’une nation en crise, et moins encore le personnage prométhéen qui modifie sur le long terme la vie d’un État ou crée un empire… et ces personnages ne sont pas souvent bénéfiques – il n’est que de citer Moïse-né Osarseph, Napoléon Ier, ou les contemporains « Staline »-Djougashvili et FD Roosevelt (le vainqueur immédiat apparent et le vainqueur réel et fort tardif de la Seconde Guerre mondiale) pour comprendre à quel prix une réorganisation sociale, en apparence exaltante, peut s’avérer oppressive, voire criminelle.
C’est une constante de l’histoire humaine : un délire complotiste, lorsqu’il devient la culture officielle d’un État, crée une dictature totalitaire comme l’ont fait le christianisme ou l’islam, lorsqu’ils furent hissés au rang de religions d’État, et, bien sûr, la barbarie marxiste – l’exemple le plus meurtrier de folie se voulant « régénératrice » de l’histoire humaine. L’objet du complotisme, devenu « vérité officielle », est imposé comme dogme absolu à l’ensemble du peuple, « élites » et foule réunies, étant non seulement censé tout expliquer, mais surtout exalté comme gros d’un avenir radieux.

Les cadres du mouvement complotiste sont tout naturellement fournis par les politiciens et les agitateurs des media qui étaient « à la rue » : des rhéteurs à la traîne de l’évolution sociale ou technique, en perte de vitesse pour raison de mauvais choix ou de médiocrité insigne. Ces baratineurs ambitieux et dépourvus du moindre scrupule seront servis, une fois le succès acquis, par une foule de spécialistes méthodiques et appliqués, qui ne veulent considérer que l’aspect technique de leur activité, sans se préoccuper de ses dérives criminelles : sans ces psychorigides doués, mais sans conscience éthique, pas de « mutation profonde » de la société humaine… même si à la fin de chaque expérience ratée, on ne peut que murmurer : « Plus ça change, plus c’est la même chose ».

Des années 1990 à nos jours, le complotisme genriste, wokiste et/ou victimaire regroupe, de façon spécialisée ou plus souvent « intersectionnelle » (par croisement et recoupement de plusieurs revendications catégorielles), les cocus du judéo-bolchevisme et de sa variante trotskiste, les écologistes de pacotille dont les arguments idiots sur les variations climatiques ou l’énergie nucléaire meurtrière s’effondrent à la moindre étude sérieuse, les homosexuels et transgenres déçus par leur bizarre exploration et psychanalysés sans le moindre profit – sauf pour les finances de leurs médicastres encore plus perturbés que leurs patients. Ces clowns de forums, ces habitués de « l’agit-prop. » savent l’art de fanatiser la foule des suiveurs idiots, toujours prompts à injurier voire à tabasser les opposants – qui sont devenus les nouveaux diabolisés, car le grand art d’un vrai chef et de ses sous-ordres est de désigner un ennemi à abattre : un Satan, local ou éloigné, coalise les foules davantage qu’une icône à vénérer.
Au sommet, le vrai but des « chefs » grands et moyens qui sont parvenus à transformer un complot en un énorme mouvement subversif est d’acquérir le pouvoir absolu, de façon évidente ou plus subtile. Le XXe siècle de l’ère dite chrétienne passe pour avoir été le « siècle des dictatures » – à tort ou à raison, car depuis l’Antiquité, presque tous les siècles ont été de grandes époques de tueries et de dogmes fous et corrosifs, mais on reconnaît volontiers que les années 1914 à 1990 ont battu tous les records de nocivité, de statistiques de surmortalité d’innocents, d’inventivité dans l’art de torturer ses semblables. On notera toutefois que la technicité moderne dans la tuerie de masse n’a pas empêché l’éclosion d’une surpopulation qui pourrait bien être la pire des pollutions pour la planète.

En notre époque d’omnipotence des « Réseaux sociaux », un complot de grands pourvoyeurs d’argent met aux apparences du pouvoir des clowns charismatiques qui ont absolument besoin d’argent et de célébrité. Le premier ingrédient est indispensable aux campagnes électorales, car, en notre époque dite de « transparence », tout doit naturellement se terminer par des élections, si aisément trucables. Le second ingrédient, la célébrité, est nécessaire à l’entretien de l’ego monstrueux des modernes marionnettes, plus ou moins cocaïnisées, qui se nourrissent surtout d’applaudissements des badauds.

De nos jours, un complot à l’échelle d’un ou de plusieurs continents exige l’accord – obligatoirement transitoire du fait de la susceptibilité de chacune des Divas – de quelques incendiaires multimilliardaires : des spéculateurs (dont l’archétype aux XX-XXIe siècles restera le Juif George Schwartz-« Soros », un vieillard vindicatif qui hait l’Occident qui l’a vomi) ou des patrons des sociétés du Net qui gagnent des milliards de $-US grâce à la vente d’objets indispensables aux drogués du « buzz », aux influenceurs et influenceuses – où il faut distinguer les « binaires »,ceux qui acceptent l’existence des deux sexes, et leurs ennemis « genrés », niant la notion de sexe, avec reconversion(s) possible(s) dans l’autre groupe de cinglés. La société Netflix est en pointe dans la propagation des dingueries woke, genriste et transgenre (Jean-François Braunstein, 2022)… et les deux dernières s’associent dans le plus gros et le plus réel complot actuel, celui qui menace la notion de famille, déjà mise à mal en Chine par le dogme de « l’enfant unique » devenu tyran domestique : le régime du fou furieux Mao a laissé en legs la pire régression éducative de l’histoire humaine dans un pays monstrueux par son énormité géographique, ses richesses naturelles, son racisme nombriliste et sa haine des diables étrangers.
Pour réussir, un comploteur (ou un groupe de comploteurs) doit user de la formule manichéenne – les Bons versus les Méchants. C’est un merveilleux moyen pour exciter (Maximilien Robespierre, grand expert s’il en fût jamais, utilisait le néologisme : « colérer ») les foules, qui passent aisément du rabâchage de slogans simplistes, gueulés ad libitum, à la violence physique envers les contestataires ou les spectateurs simplement amusés par la chienlit, mais refusant d’y participer activement. Pour faire du « buzz » (si l’on préfère de l’agit-prop. à l’ère des réseaux sociaux), le fin du fin est bien sûr de vandaliser des biens publics ou privés devant les caméras : on abat des statues, on tague des façades et parfois on détruit d’authentiques œuvres d’art ; hélas, ce ne sont jamais les inutilités abstraites, les mochetés ou les immondices pseudo-artistiques du XXe siècle qui sont ainsi détériorées voire détruites : pour être efficace, le vandalisme doit exciter la haine antiélitiste des foules.
L’intolérance est la marque de tout phénomène politique ou religieux. Et bien sûr, ce sont les plus toquées des harpies, les plus injurieux ou les plus violents des influenceurs qui deviennent des étoiles du mouvement, aisément transmué(e)s en icônes publicitaires pour les marques de luxe… après-tout, « Lénine » vivait fastueusement et « Trotski » faisait payer fort cher ses interviews, à la différence du très austère « Staline ».


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