par Michel LHOMME
Compte tenu des précédents vénézuéliens et honduriens, nous pouvons être certains que Donald Trump aura une influence, imposée ou invoquée, lors des prochaines élections latino-américaines, en particulier en avril au Pérou et plus tard en Colombie mais pas seulement. Car chose tue, les Américains quelque que soit leur Président déterminent aussi un peu partout les élections en particulier européennes surtout dans des états affaiblis, divisés et polarisés, endettés et en faillite comme la France.
Avril 2026 : Elections péruviennes

Donald Trump ne s’intéressera pas au premier tour de ces élections, mais au second. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, le tiendra nécessairement informé au plus près. Récemment, les événements du Venezuela ont marqué un précédent frappant de l’ingérence américaine dans les politiques intérieures des pays latino-américains. On pourrait dire que l’arrestation et l’extradition sans jugement de Nicolas Maduro et de son épouse illustre un cas extrême aux enjeux géopolitiques qui dépassent de très loin la seule question de la souveraineté d’un Etat, cet enjeu étant le partage du monde opéré avec Vladimir Poutine lors de la réunion d’Anchorage en Alaska (https://metainfos.com/2026/01/20/la-reorganisation-du-monde/) et la rivalité de plus en plus ouverte avec la Chine dont il s’agit de couper, de dégrader au plus vite l’approvisionnement énergétique pétrolier, la seconde étape devant être la chute du régime criminel des mollahs iraniens pour installer en Iran le descendant des Pahlavi.

Les droitars français raisonnant dans un autre monde, un monde idéal, hérité en réalité – ce qui est tout de même un comble ! – à la fois d’une lecture marxiste des réalités internationales (le schéma anti-impérialiste) et du paradigme néo-libéral (le respect du droit international) s’émeuvent de toute part en poussant des cris d’orfraie contre Trump, le Venezuela, ses menaces d’invasion du Groenland, territoire qui géographiquement appartient bien à la plaque américaine alors qu’on les a vu absents des rares manifestations contre la reprise d’Alsthom par les Américains, et muets sur les élections truquées de Roumanie, ou prenons un exemple encore plus éloquent l’élection présidentielle hondurienne du 30 novembre dernier, qui s’est déroulée en un seul tour.
Honduras élections de novembre 2025

Aux Honduras, les sondages des semaines précédentes annonçaient une course serrée entre le conservateur Nasry « Tito » Asfura et le libéral Salvador Nasralla. Nasralla n’était en aucun cas un communiste, mais Washington n’en voulait pas et l’a écarté car il était perçu comme une personne susceptible d’être manipulée par le couple anti-américain formé par l’ancien président Manuel Zelaya et son épouse, l’actuelle présidente Xiomara Castro.
Trump a alors gracié l’ancien président d’extrême droite Juan Orlando Hernández, emprisonné aux États-Unis pour trafic de drogue. L’objectif était alors tout simplement d’effacer l’image de corruption qui collait à la droite hondurienne lorsqu’elle était associée à Hernández. Asfura (photo ci-dessous) a alors remporté l’élection. L’ex présidente Castro a demandé un recomptage des voix d’une élection de toute évidence truquée.

Truquage et manipulation des élections

De toute évidence, les Etats-Unis interviendront dans le second tour des élections péruviennes de ce printemps si elles devaient opposées un candidat de droite contre un candidat de gauche. Actuellement, la gauche péruvienne est certes très faible, mais moins fragmentée que la droite, et compte un favori incontesté en la personne d’Alfonso López Chau, d’Ahora Nación (3 % lors des deux derniers sondages Ipsos Pérou). Dans le scénario hypothétique d’un scrutin bipolaire, López Chau serait à la fois vu par les Etats-Unis comme le « communiste » qui souhaite instaurer le « socialisme du XXIe siècle » au Pérou et le partisan du terrorisme qui a fait l’éloge indécent, il y a peu, de Víctor Polay membre criminel illustre du MRTA. Actuellement, 36 candidats se présentent aux présidentielles péruviennes pour un scrutin des plus compliqués menacés par le vote blanc ou l’abstention. Aucune personnalité ne se dégage et tous paraissent être des politicards au passé de corruption plus ou moins avéré des plus troubles. Un outsider, comique homosexuel célèbre Carlos Alvarez pourrait alors jouer le Zelenski autrement dit le fantoche de service qui serait alors assurément bien rémunéré par les services américains. Entre les lignes, on perçoit avec une quasi-certitude que Trump jouera un rôle déterminant dans ces élections au second tour, laissant les Péruviens choisir lors du premier tour.

In fine, Lopez Chau ne pourra pas et ne sera pas président du Pérou. L’effet Trump risque alors à notre avis d’accentuer la polarisation au sein même de la droite péruvienne si deux candidats de droite – scénario fort probable – accèdent au second tour. Dans ce cas, le parti le moins à droite, le moins conservateur, celui qui présentera des candidats « prestigieux » ou « woke » sur sa liste, sera celui qui jouera le rôle du « communiste » à éliminer.

López Aliaga et Keiko Fujimori (photo ci-dessus) sont ces deux candidats de droite potentiels. On les voit faire des ronds de jambes à Trump : López Aliaga, ancien maire de Lima fait publiquement l’éloge de Trump et affiche ouvertement son nationalisme chrétien tandis que Keiko, fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1938-2024), qui a fait ses études aux États-Unis, n’a pas sensiblement dévié de ses convictions politiques et tente de faire oublier son intérêt passager pour Harvard – bastion de la pensée anti-Trump – durant la campagne de 2016, période qui a en effet été relégué aux oubliettes du récit officiel de Keiko Fujimori. Cette dernière a une certaine expérience de la politique, elle se présente pour la quatrième fois et l’on peut dire que son père d’origine japonaise avait aussi entretenu de bonnes relations avec les États-Unis pendant une décennie tout en composant habilement avec les Chinois et le Japon qui représentait à cette époque (les années 90) une menace pour les Etats-Unis que le déclin démographique des nippons a définitivement enterré comme quoi la puissance réside peut-être d’abord dans celle des naissances et des berceaux (clin d’œil ironique à la France !). [En 2025, pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès en France a été supérieur à celui des naissances. 645.000 bébés ont vu le jour, soit 2,1% de moins qu’en 2024 et 24% de moins qu’en 2010, selon l’Insee.]

Des deux, Lopez Aliaga et Keiko Fujimori, qui Trump pourrait-il donc bien préférer ? La plus stable Keiko, ou le plus passionné qui est en plus en guerre contre le fonds de pension canadien Brookfield ? Ou encore une tierce personne qu’il juge sympathique et digne de confiance, tout simplement parce que c’est le genre des Américains aussi de préférer des outsiders plus ou moins clowns ou artistes, (Zelenski, Macron, mozart de la finance en son temps !) plus manipulables? Il est clair que du côté de l’Ambassade des Etats-Unis, des contacts avec certains candidats dont Alvarez ont déjà été pris :

Reste alors la Chine très influente dans la clandestinité au Pérou par l’intermédiaire des triades et avec lequel Jeri, l’actuel président en intérim du Pérou a dû sans doute composer et négocier dans une rencontre masquée rocambolesque qui a désormais terni quelque peu et semble-t-il définitivement son image :

En conclusion, les Etats-Unis et la Chine seront actives derrière les élections péruviennes. Le concept de « souveraineté » est illusoire quand on est un pays faible. Comment peut-on croire à une France souveraine quand ces lois comme sa monnaie sont toutes dépendantes de Bruxelles, que les équipements informatiques de ses armes sont made in usa et son élite issue des Young Leaders.

Groenland, le verrou de l’Arctique et élections colombiennes

Pour l’Amérique latine comme pour l’Europe, les choses sont claires et sur la table : « Nous ne permettrons pas que l’hémisphère occidental devienne une base d’opérations pour les adversaires, les concurrents et les rivaux de l’Amérique. » Regardons le planisphère. Le Groenland est le verrou de l’Arctique comme les Falkland toujours britanniques le sont pour l’Antarctique. Face à la pénétration chinoise qui n’est plus que commerciale et économique, les Etats-Unis n’ont pas d’autre choix stratégiquement parlant que de prendre au plus vite le contrôle total de ce verrou et d’assurer ainsi la sécurité totale de leur zone nord.

Les élections péruviennes mais aussi colombiennes connaîtront le même sort que les récentes élections chiliennes ou boliviennes : elles connaîtront l’ingérence américaine. En effet, après l’intervention américaine au Venezuela et la montée des tensions avec Cuba, les futures élections colombiennes, seront scrutées de très près par Washington. Le premier tour en Colombie aura lieu le 31 mai. En Colombie, les candidats s’y inscrivent relativement tard. On ne les connaît donc pas tous encore. En théorie, quiconque incarne la continuité avec Gustavo Petro, comme Iván Cepeda, passera pour le méchant à éliminer mais Trump est aussi un négociateur : Gustavo Petro après l’affaire vénézuélienne a mis de l’eau dans son vin et a appelé plusieurs fois directement Donald Trump, celui-ci déclarant alors sur son réseau social que « c’était un honneur de lui parler » :

En tout cas, l’affaire vénézuélienne est bien emblématique et apparaît comme le prototype, le projet pilote de ce que Trump souhaite pour toute la région. A Caracas, Delcy Rodríguez a commencé à libérer des prisonniers politiques et s’est déjà engagée à n’utiliser les recettes pétrolières des ventes aux États-Unis que pour acheter des produits américains et uniquement. « In dollars we trust ». La priorité absolue accordée au pétrole, martelée à satiété par Trump, a refroidi l’enthousiasme naïf de ceux qui misaient sur une transition rapide à Caracas vers Edmundo González, que Washington considérait comme le candidat désigné à la présidence en 2024, et par voie de conséquence sur le retour des migrants. Ces derniers n’y croient plus dans un bref délai. La position de la droite latino-américaine a été similaire à celle du bloc majoritaire de l’OEA : accepter l’intervention américaine, tout en exigeant une transition rapide vers la souveraineté et de élections libres.

Mais après le coup d’état électoral en France de 2017, l’élimination du trop catholique et gaullien François Fillon, la mise en place d’un candidat atlantiste fantoche, Emmanuel Macron, la non éligibilité prévisible de Marine Le Pen pour 2027 et la mise sur orbite dans la presse nationale de Jordan Bardella, qui peut encore croire en France que les élections sont « libres » ? Si le destin politique d’un pays ne peut être réglé électoralement, que faut-il faire ? Ne faut-il pas alors se résigner à d’autres voies de changement ?

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