par Jordi GARRIGA
Suite au tragique accident de train à grande vitesse de Cordoue, nous avons assisté à un reportage où s’entremêlaient plusieurs scènes. Celles-ci illustraient l’horreur vécue par les familles des dizaines de victimes ; l’enquête sur les causes précises de l’accident ; l’attribution des responsabilités présumées ; l’échange d’accusations entre les politiciens ; la construction du récit ; et ainsi de suite.

De tout cela, que nous avons déjà vu mille fois, le plus obscène est la construction d’un récit politique, la consommation d’un spectacle qui mêle le morbide, le scandaleux, le tragique et l’émotionnel pour engendrer colère, rejet, frustration et, finalement, violence. La société du spectacle dévore tout.

Manipuler une masse de personnes n’est pas particulièrement difficile lorsqu’on contrôle les principaux médias, qu’on peut exercer la censure et qu’on a accès à des informations privilégiées. Les techniques de manipulation des masses sont bien connues et étudiées. C’est pourquoi la démocratie s’est transformée en une arène aberrante où chaque prétendant se bat pour sa part de pouvoir à n’importe quel prix : votre sang et celui de votre famille sont une arme redoutable entre de mauvaises mains, c’est aussi simple que cela.

Il ne s’agit pas d’une question d’idées, surtout en démocratie, dès l’instant où tous les prétendus adversaires politiques se retrouvent réunis dans un même bâtiment. Il n’y a pas plus de corrompus à gauche ou à droite ; tout est une question de système.
Si, ces dernières années (pour éviter une liste interminable), le Parti populaire a été impliqué dans l’affaire Gürtel, l’affaire Bárcenas, l’opération Kitchen, l’affaire Lezo, l’opération Púnica, l’affaire du master de Cristina Cifuentes ou le scandale des masques impliquant Díaz Ayuso, le Parti socialiste ouvrier espagnol n’a pas été en reste avec l’affaire ERE en Andalousie, l’affaire Koldo, l’affaire Mediador (Tito Berni), l’affaire Azud, l’affaire Begoña Gómez, l’affaire David Sánchez, le scandale dit du Delcygate ou l’enquête Plus Ultra…
Dans les jours à venir, une enquête sera ouverte et durera des années ; s’il y a des démissions, les personnes concernées quitteront leurs fonctions avec leurs pensions à vie ; les accusations fuseront entre les fonctionnaires qui iront ensuite boire un verre au bar du Congrès. À la prochaine !
Autrement dit, l’affaire AVE, faute de mieux, s’ajouterait désormais à l’affaire DANA. Dans les deux cas, la mobilisation émotionnelle se substitue à l’engagement politique. En démocratie espagnole, on se contente de changer le collier du même chien, car l’inverse est inconcevable.
Et il est interdit de penser l’impensable, que le système ne fonctionne pas, car cela relève de l’extrême droite.
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