LES 30 RAISONS QUI JUSTIFIENT L’INTERVENTION RUSSE EN UKRAINE

par Marc ROUSSET

    Mikhaïl Gorbatchev et Helmut Kohl se serrent la main lors d'un accord historique, avec des documents signés en arrière-plan.

    Le 9 février 1990, selon le procès-verbal de la rencontre, le secrétaire d’État américain James Baker auprès de George Bush dit à Gorbatchev : « Nous comprenons que pour l’URSS et les pays européens, il est important d’avoir des garanties que la présence militaire de l’OTAN ne se déplacera pas d’un pouce en direction de l’Est ». Le lendemain, selon des archives russes, le chancelier Kohl dit à Gorbatchev : « Nous estimons que l’OTAN ne doit pas étendre sa sphère d’influence »

    Couverture du livre 'Le Grand Échiquier' de Zbigniew Brzezinski, montrant le drapeau américain en arrière-plan et des tanks dans un désert.

    L’Ours russe, poussé dans les cordes par l’Amérique et l’expansion à l’Est de l’OTAN, ne peut pas se permettre de perdre stratégiquement, économiquement, démographiquement, linguistiquement et historiquement l’Ukraine. Plus qu’une guerre de la Russie contre l’Ukraine, c’est une guerre défensive et préventive de la Russie, alliée par nécessité avec la Chine, contre l’Amérique et l’OTAN !

    Au moment de l’effondrement de l’URSS, en 1991, l’ambassadeur américain à Moscou Robert S. Strauss envoie la dépêche suivante à Washington : « L’évènement le plus révolutionnaire de l’année 1991 pour la Russie, n’est pas l’effondrement du communisme, mais la perte de l’Ukraine »

    Quant à Zbigniew Brezinski, il écrit noir sur blanc, dès 1997, dans « le Grand Échiquier » : « L’Amérique doit absolument s’emparer de l’Ukraine, parce que l’Ukraine est le pivot de la puissance russe en Europe. Une fois l’Ukraine séparée de la Russie, la Russie n’est plus une menace ».

    Couverture arrière du livre 'Le grand échiquier' de Zbigniew Brzezinski, présentant des informations sur l'auteur et un résumé de l'ouvrage.

    Carte de l'Europe indiquant les pays selon leur date d'adhésion ou leurs souhaits actuels d'adhésion à l'Union européenne.

    Poutine est le témoin vivant de six vagues successives d’élargissement de l’OTAN à l’Est. En mars 1999, les premières adhésions à l’OTAN d’anciens pays du Pacte de Varsovie : République tchèque, Hongrie et Pologne ; en 2004 les trois pays baltes, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie ; en 2009 l’Albanie et la Croatie ; en 2017, le Monténégro ; en 2020 la Macédoine du Nord ; en 2023 la Finlande et la Suède.

    Il convient de noter que les États-Unis rejettent de leur côté, au nom de la doctrine Monroe, depuis le XIX ° siècle, toute idée d’une alliance militaire hostile sur le continent américain et toute présence militaire d’un adversaire stratégique dans leur étranger proche.

    Manifestation à Maïdan, avec une grande foule tenant des drapeaux ukrainiens et des pancartes.

    L’opération Euromaïdan montée par les services secrets américains, avec l’aide des mouvements extrémistes ukrainiens, financée par l’USAID, avait pour but d’empêcher tout rapprochement économique entre l’Ukraine, pays ruiné, et la Russie, ainsi qu’à renforcer l’encerclement de la Russie.

    Victoria Nuland, Secrétaire d’État adjointe, a reconnu que la révolution a été largement fomentée par un investissement de 5 milliards de dollars dans les ONG destinés à renverser le gouvernement Ianoukovitch : « Il est vrai que le peuple ukrainien était excédé par la corruption ambiante, mais nous avons attisé ce mouvement et nous avons profité de cette frustration populaire pour mener à bien un coup d’État qui n’était pas du tout le changement voulu par le peuple ».

    Si l’on remonte à la longue histoire, les puissances anglo-saxonnes avaient déjà largement financé et formé, il y a un siècle, les mouvements d’indépendance ukrainiens réfugiés en Europe. La première agression rampante récente de la Russie, ourdie par l’Amérique, a commencé, dès le 23 novembre 2004, et duré deux mois :  la « révolution Orange » a été en fait provoquée par la CIA et les ONG américaines, style « Open Society » de George Soros. Une série de grandes manifestations réunirent 500 000 personnes dans la plupart des régions de l’Ouest et de la capitale Kiev, en soutien à Viktor Ioutchenko, candidat perdant à l’élection présidentielle.

    Réunion de dirigeants internationaux devant des drapeaux nationaux dans une salle ornée.

    L’Amérique qui conseillait les Ukrainiens, ne les a pas incités à respecter les accords de fédéralisation de l’Ukraine et de l’utilisation de la langue russe (abrogation pure et simple par les autorités centrales de Kiev) qui étaient prévus par les accords de Minsk car elle a toujours poussé à l’affrontement et à la guerre. Les premiers combats en Ukraine ont donc commencé, en fait, en 2014, avec 14 000 civils et militaires tués dans le Donbass de 2014 à 2022.

    La Chancelière Merkel a même reconnu officiellement, après avoir quitté ses fonctions, que l’Allemagne n’avait jamais eu l’intention de faire respecter les accords de Minsk : l’objectif était « de gagner du temps », de tromper la Russie, afin de permettre aux Ukrainiens de s’armer, de s’équiper, de s’entraîner avec l’aide des États-Unis et de l’OTAN, pour préparer et gagner la guerre à venir contre la Russie. Quant au président français François Hollande, il a pu déclarer, en mars 2023, dans une interview au journal Frankfurter Allegemeine Zeitung ; « le temps donné à l’Ukraine par les accords de Minsk lui a permis d’améliorer sa préparation au combat. Suite aux aveux publics de la chancelière et du président français, Poutine a tenu à souligner le manque de sérieux, les mensonges inacceptables et l’hypocrisie des Occidentaux.

    Une illustration stylisée d'un visage humain avec des éléments graphiques, incluant un tuyau et une colombe, symbolisant la paix.

    Le 18 février 2019, Oleksiy Arestovytch, conseiller du Président ukrainien Zelensky, avait pu déjà déclarer que « le prix à payer pour rejoindre l’OTAN serait un grand conflit avec la Russie, en précisant que cette guerre commencerait entre 2020 et 2022 ».

    Logo de la CIA avec le drapeau ukrainien en arrière-plan.

    Le « New York Times » du 25 février 2024 a révélé que, dès 2014, une coopération entre la CIA et Kiev avait commencé et que depuis 2016, douze bases de la CIA avaient été implantées en Ukraine. Il y eut ensuite une présence assez nombreuse de membres de commandos américains et britanniques. Le repérage et les tirs sur les cibles russes durent beaucoup, dès février 2022, à l’aide cobelligérante directe des anglo-américains[1].  

    Carte du Donbass montrant la situation au 22 février 2022, avec les régions séparatistes en orange et la ligne de front indiquée.

    Vladimir Poutine a invoqué, le 24 février 2022, l’article 51 de la Charte des Nations Unies qui prévoit une assistance en cas d’attaque des deux républiques du Donbass ayant proclamé leur indépendance. Selon les observateurs impartiaux de l’OSCE, le nombre de tirs d’artillerie ukrainienne est passé progressivement de 76, le 16 février 2022, à 1484 le 22 février 2022. De plus, toujours selon un rapport de l’OSCE du 21 février 2022, le nombre quotidien de violations du cessez-le-feu avait doublé depuis la mi-février par rapport à la moyenne de 2021 et il avait été multiplié par six à partir du 19 février.

    Benoit Paré, observateur à l’OSCE a témoigné des réalités qu’il a vécues, mises sous le tapis par l’Occident, afin de diaboliser le Président Poutine et vénérer le « gangster » corrompu ukrainien Zelensky, présenté comme un second Churchill : « 70 % des violations de cessez-le-feu étaient commises par l’armée ukrainienne (…) Les Occidentaux ont volontairement ignoré les populations russophones opprimées du Donbass (…) Les provocations de Kiev comprenaient des bombardements de zones civiles ».[2]

    1,5 million de personnes du Donbass pro-russe ont été déplacées et 14 000 personnes ont péri sous les bombardements ukrainiens de 2014 à 2022. Un massacre à venir et un exode des populations russophones étaient quasi certains sans l’intervention militaire russe au Donbass, qui était donc légale en vertu du droit international.

    Un homme en costume assis à une table, avec une expression sérieuse.

    Alors que le conflit entre la Russie et l’OTAN s’enlisait en Ukraine, Nikolaï Patrouchev, le secrétaire du conseil de défense de Russie, a indiqué que Kiev était prêt à cesser les hostilités quelques semaines après le début de la guerre. Un projet de traité de paix avait même été rédigé le 15 avril 2022, l’Ukraine étant prête à céder la Crimée, à renoncer à l’OTAN, à accepter le russe comme langue officielle au même titre que l’ukrainien, à discuter du futur du Donbass. Les délégations russes et ukrainiennes avaient entamé des négociations en Turquie. Nikolaï Patrouchev a pu déclarer : « Sans la pression exercée par les États-Unis sur ceux qu’ils ont installés à la tête de l’Ukraine, cette situation ne se serait pas produite. Les dirigeants ukrainiens eux-mêmes étaient prêts à signer un traité de paix et ont remis à la Russie des propositions écrites que nous avons approuvées ». Il a enfin ajouté : « Cela s’est produit uniquement parce que les États-Unis ont fait pression sur eux et ont déclaré qu’aucune négociation ne devait avoir lieu ». Le témoignage de l’ex Premier ministre israélien Naftali Bennett a confirmé ces faits.

    Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est rendu à Kiev en avril 2022 pour prodiguer des promesses de soutien militaire, tandis que les Américains commençaient à fournir à l’Ukraine du matériel lourd. Les États-Unis et l’Angleterre ont aussi persuadé les Ukrainiens que la Russie allait s’écrouler économiquement, financièrement et monétairement, suite aux sanctions économiques, commerciales, terribles mises en place par l’UE ainsi que par l’ensemble des pays occidentaux, et suite aussi au « hold-up » des avoirs en dollars, en euros, soit 300 milliards de dollars, de la Banque centrale de Russie. Ils ont insisté également sur la qualité, la technologie du matériel et les tactiques guerrières supérieures de l’OTAN, capables de vaincre l’armée russe[3].

    Réunion stratégique avec des représentants ukrainiens et internationaux, autour d'une table dans une salle de conférence, avec un écran affichant des participants en visioconférence.

    Les États-Unis et l’OTAN ont signé des traités en 1999 à Istanbul et en 2010 à Astana indiquant qu’au nom du principe de « l’indivisibilité de la sécurité » qu’ils ne peuvent améliorer leur sécurité aux détriments d’autres pays. Or l’Ukraine, depuis 2014, a accru des capacités militaires hostiles à la Russie, suite aux fournitures de matériel et à la formation des militaires ukrainiens par les pays de l’OTAN. L’installation de missiles par l’Amérique en Ukraine nous ramènerait à la crise des missiles à Cuba en 1962.

    Carte de la Crimée, montrant la position de Sébastopol et Simferopol, avec un inset de l'Europe.

    Volodomyr Zelensky avait fait adopter en mars 2021 une loi qui stipulait la nécessité pour l’Ukraine, alors que la Crimée, historiquement, ethniquement et linguistiquement, n’a jamais été ukrainienne, de reconquérir la Crimée par la force.

    La Crimée russe a été donnée en cadeau en 1954 par Khrouchtchev à une Ukraine purement administrative dans le cadre de l’URSS, pour fêter le tricentenaire du soulèvement des cosaques zaporogues en 1654 qui ont demandé l’aide et la protection de la Russie, afin de pouvoir se débarrasser et vaincre les Polonais !

    Drapeau ukrainien flottant devant le bâtiment de BlackRock.

    Cet accord qui scellait une alliance entre les deux pays, était dirigé contre la Russie et promettait à l’Ukraine l’entrée dans l’OTAN. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! Il se trouve qu’un accord avait déjà été signé avec l’OTAN, en juin 2020, pour remplacer les matériels et procédures soviétiques par des matériels et des méthodes occidentaux. De plus, en juin 2021, lors d’un sommet de l’OTAN à Bruxelles, la possibilité d’une adhésion à l’OTAN de l’Ukraine avait été de nouveau réaffirmée ; des missions de l’OTAN étaient appelées à former 10 000 soldats ukrainiens chaque année[4] ! L’homme d’État Poutine a été alors convaincu que la Russie devrait immédiatement attaquer avant que l’adversaire se renforce encore, soit de plus en plus fort et menaçant, voire capable de reprendre effectivement la très stratégique Crimée qui a été peuplée de Russes, dès la conquête de la Crimée en 1783 par Catherine II aux dépens de l’empire ottoman.

    Bâtiment moderne en verre et béton avec le logo RAND, situé près d'une banque PNC.

    Ce rapport intitulé « Sur-expansion et déséquilibrage de la Russie, évaluation des impacts des options imposant des coûts » est très explicite. Il envisage comme tactique possible pour les États-Unis de « fournir une aide létale à l’Ukraine » afin « d’exploiter le plus grand point de vulnérabilité externe de la Russie ». Il se trouve que la « Rand corporation » est le club de réflexion du Pentagone depuis 1946. Il s’agissait donc bien, pour les Etats-Unis, d’éliminer la Russie comme puissance mondiale.

    L’Institute for Statecraft » britannique, proche des services secrets anglais, est un organisme comparable à la « Rand Corporation » qui a mené une action semblable dans les médias européens. Des révélations par le Parti Travailliste en 2018 causèrent un malaise dans les milieux atlantistes. Cet organisme était financé en grande partie par l’OTAN[5].

    Un homme en uniforme militaire américain enseigne à un groupe de souris portant des vestes de l'UE, tandis qu'un ours musclé, représentant la Russie, est visible sur une affiche.

    Selon l’article 51 de la Charte des Nations Unies, suite à l’expansion sans fin de l’OTAN à l’Est, suite à l’armement, la formation et à la réorganisation de l’armée ukrainienne par l’Amérique, ce que montraient les gigantesques derniers envois d’armes américains prévus par une loi-bail pour un montant de 40 milliards de dollars, suite à la menace d’implantation de missiles stratégiques, et suite à l’attaque ukrainienne du 16 février 2022 dans le Donbass mettant les populations en danger de mort, la Russie était en droit d’invoquer la légitime défense.

    Deux hommes en costume conversent dans un intérieur élégant, devant une cheminée ornée.

    L’Ukraine attaque en fait non seulement les séparatistes du Donbass, mais aussi potentiellement directement la Russie, suite à un armement de plus en plus lourd et important, suite à l’envoi de missiles et drones sur le territoire russe, suite à une campagne médiatique farouchement antirusse, suite à son souhait officiel de vouloir intégrer l’UE et l’OTAN, avec possibilités d’installer des missiles trop proches de Moscou, tels des serpents venimeux à sonnettes potentiellement mortels pour la Russie.

    La guerre de l’Amérique est aussi idéologique et mortelle à terme pour la Russie car le modèle ukrainien de démocratie occidentale décadente, corrompue jusqu’à la moelle partout et à tous les niveaux, individualiste, hédoniste, LGBT, et matérialiste, est destructeur à terme pour la Russie. La Russie, pour survivre, a besoin au contraire d’un État régalien fort, d’une Armée forte et d’une démocratie autoritaire, face à tous les dangers qui l’entourent (OTAN à l’ouest, Caucase et Turquie au Sud, 4 250 km de frontières communes avec la Chine, danger islamique de l’Asie centrale). Introduire la démocratie occidentale en Russie, c’est la condamner à une mort certaine, l’Occident étant lui-même en décadence. La Russie, suite à des pressions du gouvernement ukrainien, a déjà subi la sécession de l’Église orthodoxe ukrainienne qui s’est affranchie de la tutelle du Patriarcat de Moscou pour se tourner vers Constantinople

    Carte des pays d'Europe membres de l'Otan, mettant en évidence la Suède et la Finlande, qui envisagent d'adhérer. Les pays en rouge indiquent ceux qui sont sur le point de demander leur adhésion.

    La Russie se sent menacée et encerclée par l’OTAN. La Suède et la Finlande n’étaient, de leur côté, menacées en rien par la Russie ; elles étaient, de plus, déjà protégées en tant que membres de l’UE ! Ce que souhaite Poutine, c’est pouvoir seulement réunifier d’une façon légitime et historique, suite à l’éclatement abracadabrantesque non pensé et réfléchi de l’URSS en 1991, les Slaves russes ukrainiens de Novorossia et de l’Est du Dniepr, ainsi que les Slaves russes de Biélorussie, du Kazakhstan et de Transnistrie. Poutine n’a aucune intention de s’attaquer à l’Europe, à la Pologne, à la Finlande, à la Suède ! Pour quoi faire ? Quel serait son intérêt ? La Russie cherche au contraire à coopérer avec l’Europe. Elle a mieux à faire dans son immense espace et n’a pas les moyens humains pour occuper tous ces pays. C’est donc bien l’Amérique qui, une fois de plus, agresse la Russie, en voulant faire des pays neutres des membres actifs de l’OTAN qui soi-disant défend, mais en fait passe le plus clair de son temps à agresser pour le compte de l’Amérique : en Serbie, en Afghanistan, en Irak, en Libye et demain en Asie si les Européens se laissent entraîner par l’infernale et impérialiste Amérique avec ses bases militaires répandues dans le monde entier !

    Vanne de gaz sur un tuyau avec le drapeau de la Chine et le drapeau de la Russie en arrière-plan.

    Le but ultime de l’Amérique est de « briser le dos de la Russie », de la diviser, de renverser Poutine, de s’emparer des ressources énergétiques et en matières premières, comme cela a failli être le cas avec et après Eltsine, de prendre une place importante en Asie centrale, d’écraser donc d’abord la Russie, avant de s’attaquer à la Chine expansionniste qui souhaite récupérer Taiwan.

    L’enjeu géopolitique pour l’Amérique, c’est l’américanisation et la perte de puissance économique, militaire de l’Europe, l’établissement définitif du protectorat de l’OTAN sur l’Europe, la disparition de son adversaire géopolitique, la Russie, politique qui a toujours été celle de l’Angleterre, face à la puissance continentale russe. Zbigniew Brzezinski, conseiller très influent de Jimmy Carter, a pu déclarer : « Pour les Etats-Unis, le principal but géopolitique est l’Eurasie…La primauté mondiale et l’hégémonie des USA dépendent directement du temps qu’ils mettront à imposer leur domination sur le continent eurasiatique. » 

    Buste en marbre présentant un homme avec une couronne de laurier, symbolisant une figure historique, incrusté de fissures et de débris autour.

    « L’Occident a déclenché la guerre totale » a pu dire Serguei Lavrov, le ministre des affaires étrangères de Poutine. La confiscation des avoirs, soit 300 milliards de dollars et d’euros, de la Banque centrale de Russie en Europe et aux États-Unis, n’est rien d’autre qu’un acte hallucinant de gangstérisme, une première dans l’histoire du monde. La Russie a été exclue subitement, sans préavis, du système international de règlement interbancaire Swift. Quant à la politique des sanctions économiques et commerciales envers la Russie, elle a échoué, suite aux positions dominantes de la Russie pour l’énergie et les matières premières, et elle s’est retournée, comme un boomerang, contre l’Occident (inflation, perte de marchés et d’investissements en Russie, perte de compétitivité, et pénurie).

    Sur le plan militaire, l’implication décisive de l’Amérique, dans le conflit russo-ukrainien, a été officiellement reconnue, en mars 2025 par le « New York Times » : [6] Les renseignements d’origine satellitaire, les fournitures gigantesques de munitions, la fourniture de missiles ATACMS, le quartier général des opérations avec la participation  des généraux ukrainiens et américains à Wiesbaden, sont une preuve supplémentaire de la guerre par procuration jusqu’au dernier Ukrainien  pour le compte de l’Amérique ( demande  des Etats-Unis de l’abaissement à 18 ans de l’âge de la conscription). Sans l’implication directe et très intense des Etats-Unis, la Russie aurait pris le contrôle de toute l’Ukraine en quelques jours.

    Vue du Kremlin de Moscou avec sa architecture distincte et ses coupoles dorées, sous un ciel d'hiver clair.

    Louis XIV a annexé l’Alsace-Lorraine qui faisait partie du Saint Empire Romain Germanique, avec des Alsaciens de langue allemande, qu’en 1697. L’enjeu est d’autre part infiniment plus important, puisqu’il y va de la survie de la Russie et parce que l’Ukraine, russe depuis la création de la « Rus de Kiev en 882, a une superficie légèrement plus grande que la France, avec une population qui s’élevait en 1992 à 53 millions d’habitants

    Des soldats marchent en ordre devant l'Arc de Triomphe à Paris.

    Poutine, s’il n’était pas intervenu en Ukraine, aurait commis la même erreur que la France de Gamelin et de Daladier qui n’est pas intervenue militairement en 1936, alors que Hitler réoccupait la Rhénanie démilitarisée. Ce fut une très grave erreur du gouvernement français qui mettait en avant le refus britannique d’intervenir, et du général Gamelin qui prétendait que la France ne disposait pas d’une aviation assez puissante.

    Deux femmes en costumes traditionnels avec des fleurs dans les cheveux, accompagnées d'autres danseurs en arrière-plan.

    La Russie est dépositaire des valeurs européennes traditionnelles (patrie, famille, religion chrétienne, travail) et défend la natalité, le patriotisme, l’armée, le conservatisme, l’honneur, le sens du sacrifice, la conscience des intérêts supérieurs du pays. L’Occident défend la démocratie représentative et universaliste, le mondialisme, les valeurs progressistes sociétales décadentes, l’individualisme, le droit-de-l’hommisme, le matérialisme, l’hédonisme, la jouissance immédiate. Deux visions, deux modèles différents du monde s’entrechoquent : « démocratie libérale, représentative, universaliste » côté occidental, et « nation souverainiste, traditionaliste », sans rejeter le mécanisme efficace du marché, côté Poutine.

    Vue d'une ville avec des bâtiments, des fumées sombres s'élevant dans le ciel, suggérant un incendie ou une catastrophe.

    Le bombardement ininterrompu de Belgrade, en 1999, pendant 78 jours, alors que la Serbie slave et orthodoxe souhaitait seulement préserver le Kosovo, son berceau historique et religieux, occupé à 90 % par des immigrés musulmans albanais envahisseurs, a été vécu par les dirigeants de la Russie impuissante d’Eltsine comme une humiliation et un exemple à retenir !

    Quant à la volonté des Occidentaux à se poser en garants de l’intégralité territoriale de l’Ukraine, qu’ils commencent d’abord par restituer à la Serbie sa province historique du Kosovo, déclarée indépendante de façon unilatérale par l’Occident, sous la forme d’un pseudo-Etat, au mépris le plus total du droit international et de l’intangibilité des frontières !

    Cérémonie officielle avec des dirigeants mondiaux au Rashtrapati Bhavan à New Delhi, Inde. Les leaders se tiennent sur un tapis rouge, entourés d'une garde d'honneur et d'un drapeau indien en arrière-plan.

    Tout homme d’État, comme l’a souligné Max Weber, doit être animé par l’éthique de la conviction et de la responsabilité de son peuple, et non pas par la morale individualiste. Poutine est l’agresseur apparent, mais le seul véritable responsable coupable de cette invasion, c’est l’Amérique et l’OTAN qui n’ont pas tenu leur parole et qui menacent gravement l’intégrité et la sécurité de la Russie. Une Russie actuelle sous-peuplée, sans l’Ukraine et la Biélorussie, de seulement 146 millions d’habitants dans un territoire immense, face à la Chine, à l’Asie centrale et au Caucase, aurait des difficultés énormes pour survivre et assurer à long terme la défense de son territoire. La guerre actuelle en Ukraine, c’est la lutte de l’empire russe pour sa survie, face à l’émergence possible d’un État ukrainien nationaliste, fasciste, antirusse !

    Lincoln était-il donc fou lorsqu’il a déclenché l’effroyable boucherie de la guerre de Sécession aux États-Unis qui a duré 4 ans, entre 1861 et 1865, avec environ 620 000 soldats tués, soit 2 % des 31,5 millions d’Américains de l’époque ? Etaient en jeu l’unité des États-Unis, des valeurs sociétales très différentes entre le Nord et le sud des États-Unis, le problème de l’esclavage, l’opposition économique entre le Nord industriel protectionniste et le Sud agricole libre-échangiste.

    Personne en train de sortir d'une voiture noire, avec un homme en costume noir de dos à côté.

    Introduire la démocratie occidentale en Russie, c’est le piège que tendaient l’Occident et l’Amérique, en ouvrant leurs marchés à la Chine, après la chute du Mur de Berlin, qui a su garder un régime autoritaire et un État fort, ce que le philosophe italien Costanzo Preve a appelé la « Quatrième guerre mondiale ». Introduire la démocratie occidentale en Russie, c’est la conduire à terme à l’éclatement et à sa disparition ! Ce pays surdimensionné a besoin d’un Tsar, d’un homme fort dans un État fort, pour lui permettre de survivre et d’éviter l’éclatement en trois qui était ardemment souhaité par Zbigniew Brzezinski dans « Le Grand Échiquier ».

    Les évènements de 68, inspirés par l’individualisme, le laxisme et la jouissance, ont conduit aujourd’hui la France à la décadence sociétale, au déclin économique et militaire, à la désindustrialisation et à la faillite économique !

    Un soldat en uniforme militaire portant un drapeau russe tient un enfant dans ses bras, sur fond de destruction et de décombres.

    L’intervention militaire permet à Poutine de s’assurer du maintien de la prépondérance de la langue russe, et d’annexer, si nécessaire, comme contrepartie du prix élevé du nombre de soldats tués, Kiev, Kharkov, le Donbass et Novorossia.

    Silhouette de deux enfants, l'un tenant une arme et l'autre un bâton, sur fond jaune avec un motif géométrique.

    Ces mouvements fascistes et nazis sont pour la plupart originaires de Galicie ; ils sont tous disciples de Stepan Bandera ; le régiment Azov à Marioupol qui a utilisé les civils russophones comme boucliers, est clairement, d’une façon très ostentatoire, d’obédience nazie.

    Caricature de Kroutchev et Kennedy en train de se serrer la main sur des missiles, symbolisant la crise des missiles de Cuba.

    Pour comprendre la réaction de Poutine, il suffit de garder à l’esprit la crise des missiles russes à Cuba en 1962, ou d’évoquer la crise des euromissiles russes SS 20 dans les années 1980. Cette dernière s’était terminée par un traité entre Reagan et Gorbatchev, en 1987, pour démanteler les armes de portée intermédiaire.

    La Russie est résiliente et habituée culturellement aux sanctions économiques inefficaces qui la frappent depuis 2014. Elle dispose d’une dette très faible de 20 % du PIB et de réserves de change élevées dont une grande partie en or dans ses propres coffres en Russie. L’Europe ne peut pas se passer en fait du gaz russe, des engrais russes, et l’Afrique, sous peine de famine, ne peut pas se passer du blé russe. La Russie peut compter sur l’aide de la Chine, des BRICS et de nombreux pays émergents.

    Modèle 3D d'un missile avec un corps aérodynamique, des ailettes et un moteur à l'arrière.

    La supériorité de l’armée russe face aux États-Unis et à l’OTAN  est indiscutable. L’armée russe vaincra en Ukraine, comme le remarque le colonel américain Douglas Mac Gregor, ne serait-ce que par sa supériorité aérienne, ses missiles, ses drones, son système de défense antimissiles, tout comme les 5000 avions de combat américains et britanniques, après le débarquement en Normandie, ont rendu impossible en 1944-1945 la manœuvre des forces terrestres allemandes de jour.

      Le journaliste italien Manlio Dinucci a résumé, sur Voltairenet.org, la revue de presse internationale Grandanlogo du Vendredi 5 décembre 2025 de la chaine tv italienne Byoblu, qui était elle-même tirée du livre « L’altra faccia della Storia » édité par Byoblu . Voici quelques extraits de cette émission TV qui interpellent :

      « Depuis 1991, l’année où l’Ukraine devient république indépendante, après la dissolution de l’URSS, l’OTAN tissa un réseau de liens à l’intérieur des forces armées ukrainiennes. En même temps, la CIA et d’autres services secrets, recrutent, financent, entrainent et arment des militants néonazis. Une documentation photographique montre de jeunes militants néonazis ukrainiens de UNO-UNSO, entrainés en 2006 en Estonie par des instructeurs OTAN, qui leur enseignent des techniques de combat urbain et l’utilisation d’explosifs pour des sabotages et attentats.

      C’est cette structure paramilitaire néonazi qui entre en action, le 20 février 2014, place Maidan à Kiev, au cours d’une manifestation politique où se confrontent partisans et opposants de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Tandis que des groupes armés et organisés donnent l’assaut aux bâtiments du gouvernement, des tireurs « inconnus » (qui ensuite s’avèreront être des tireurs recrutés en Géorgie) tirent avec des fusils de précision sur les manifestants comme sur les policiers, provoquant des dizaines de morts. Le jour même où se déroule le putsch de la place Maïdan, le Secrétaire Général de l’OTAN s’adresse sur un ton de commandement impératif aux forces armées ukrainiennes, en leur demandant de « rester neutres », sous peine de « graves conséquences négatives pour nos relations ». Abandonné par les hauts responsables des forces armées et par une grande partie de l’appareil gouvernemental, le président Yanoukovitch, qui avait été pourtant démocratiquement élu, est contraint à la fuite.

      Le putsch de la place Maïdan est suivi par l’attaque immédiate contre les Russes d’Ukraine et les Ukrainiens amis de la Russie. C’est une vague de terreur, organisée avec un ordre précis : des sièges du parti communiste d’Ukraine et d’autres mouvements politiques sont dévastés, des dirigeants lynchés, des journalistes torturés et assassinés ; des militants sont brûlés vifs dans la Maison du Travail d’Odessa ; des habitants sans armes de l’Ukraine orientale d’origine russe sont massacrés à Marioupol, bombardés au phosphore à Slaviansk, Lugansk et Donetsk. Face à l’offensive contre les Russes d’Ukraine, le Conseil suprême de la République de Crimée, territoire russe attribué à l’Ukraine période soviétique, en 1954, vote la sécession de Kiev et une requête de re-annexion à la Fédération de Russie. La décision est confirmée par 97% des votes favorables dans un référendum populaire. Le 18 mars 2014, le Président Poutine signe le traité d’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie avec le statut de république autonome.

      Alors que dans le Donbass les autoproclamées Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk, habitées par des populations russes, résistent aux attaques de Kiev qui provoqueront 14 000  morts, la feuille de route pour la coopération technico-militaire OTAN-Ukraine, signée en 2015,  intègre, à part entière, les forces armées  et l’industrie guerrière de l’Ukraine  dans celles de l’Alliance, sous la  conduite des  Etats-Unis ; les formations  néonazies  sont intégrées  dans la Garde nationale qui est entraînée  par des centaines d’instructeurs US de la 173eme brigade aéroportée, transférés de Vicenza (Italie)  en Ukraine, ainsi que par des instructeurs d’autres pays  de l’OTAN.

      Lors des élections ukrainiennes de 2019, l’acteur Volodomyr Zelensky, très connu pour sa série télévisée sur la corruption de tous les hommes politiques, dans le rôle d’un professeur élu par hasard Président de la République, devient réellement Président de l’Ukraine. Lors de sa campagne électorale, Zelinsky promet de terminer la guerre dans le Donbass et de nettoyer le système de gouvernement dominé par les oligarques, en accusant le très riche Petro Porochenko, alors Président, de cacher ses biens dans des paradis fiscaux à l’étranger.  Mais une fois élu Président, Zelensky fait tout pour alimenter et conduire à la guerre, dirigée en fait par l’OTAN, afin d’attaquer la Russie. En ce qui concerne son second engagement d’éliminer la corruption, et plus particulièrement l’exportation de capitaux dans les paradis fiscaux, les faits parlent d’eux-mêmes, dans une enquête documentée par « The Guardian » : Zelensky est copropriétaire de trois sociétés avec siège et capitaux au Belize, aux Iles Vierges Britanniques (Amérique Centrale) et à Chypre. A travers ces sociétés il reçoit plus de 40 millions de dollars d’obscurs financiers. Un documentaire d’investigation réalisé par Scott Ritter, militaire de carrière dans les Marines US, spécialisé dans le Renseignement, qui avait été à la tête des inspecteurs ONU en Irak de 1991 à 1998, montre les luxueuse villas que Zelensky possède à Miami (villa d’une valeur de 34 millions de dollars), en Israël, en Italie à Forte dei Marmi, à Londres, en Géorgie, Grèce et autres pays. »[7]

      Conclusion : Le suivisme de l’Allemagne et des Européens dans le conflit ukrainien aura été sidérant ! Tout est permis aux USA ! L’Europe vassalisée gobe tout et légitime toutes les agressions des États-Unis (sabotage du gazoduc Nordsream, expansion sans fin de l’OTAN). L’Europe fanatisée par la propagande atlantiste est prise, selon Emmanuel Todd, d’un « vertige nihiliste ». Cette guerre aura été faite contre les intérêts des Européens, avec une économie en ruines, et contre les Ukrainiens sacrifiés, détruits surplace, alors qu’on aura prétendu les soutenir !

      Quant au traitement médiatique infligé à la Russie, c’est aussi la honte ! La presse européenne dans son ensemble s’est complètement déconsidérée en mentant et en pratiquant la mauvaise foi. L’analyse logique de faits avérés aura laissé place à la propagande atlantiste et états-unienne.[8]


      [1] Georges Henri Soutou – La grande rupture – 1989- 2024 – De la chute du mur à la guerre d’Ukraine- p.219 – Tallandier – Octobre 2024

      [2] Réseau international – Site de réflexion et de ré-information – Les révélations sur l’escalade des agressions contre les russophones du Donbass qui a provoqué l’opération spéciale russe – 25 Mai 2025 

      [3] Samuel Charap et Sergey Radchenko – « The talks that could have ended the war in Ukraine – Foreign Affairs – 16 avril 2024

      [4] Georges -Henri Soutou – Ibid -p 243

      [5] Georges Henri Soutou – La grande rupture – 1989 -2024 – De la chute du mur à la guerre d’Ukraine – pp 219-220 – Tallandier – octobre 2024

      [6] « The partnership : The secret history of the war in Ukraine » – New York Times – 29 mars 2025

      [7] Manlio Dinucci – Ukraine : les preuves effacées – Réseau Voltaire – Rome – 6 décembre 2025

      [8] Chantal Allier – Par quelles méthodes l’impérialisme US entend perpétuer son hégémonie sur le monde – Stratpol – 29 septembre 2023


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