Par Michel LHOMME
Le Pérou a élu mercredi un nouveau président par intérim, dans un contexte d’instabilité politique chronique, après la destitution éclair de José Jeri (photo ci-dessous) à deux mois de la présidentielle et après seulement 130 jours à la tête de l’Etat.

Les parlementaires ont choisi le nouveau président du Parlement, appelé à diriger le pays jusqu’à l’entrée en fonctions du prochain chef de l’État le 28 juillet, comme l’avait fait José Jeri après la destitution de Dina Boluarte en octobre et sans réelle surprise, il est issu des rangs de la gauche. On notera que le Pérou fut pendant plus de 24 heures sans président, cas unique et inédit dans l’histoire récente du pays.

Quatre personnes, José Balcazar, Hector Acuna, Edgar Reymundo et Maria del Carmen Alva se sont portées candidates mardi. Ancienne présidente du Parlement en 2021 et actuelle porte-parole parlementaire, cette dernière, membre du parti centriste Accion Popular, apparaissait comme l’une des principales prétendantes mais c’est finalement José Balcazar ‘photo ci-dessous), un vieux briscard, parlementaire retors de gauche aux positions controversées âgé de 84 ans qui fut désigné, preuve qu’il s’agissait bien de règlements de compte internes au Parlement l’un des plus corrompus d’Amérique latine dû au fait que l’ancien président intérimaire venait de la droite. Il a été destitué après un peu plus de quatre mois au pouvoir, lors d’un vote du Parlement réuni en session extraordinaire, par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, bien au-delà du seuil requis de 58 votes.

Cette destitution, la dernière en date, illustre en tout cas une instabilité institutionnelle chronique depuis 2016, une crise politique intérieure profonde caractérisée par un Parlement dominant face à un exécutif fragilisé. Parmi les sept derniers présidents du pays andin, quatre ont été destitués par le Parlement et deux ont démissionné avant de subir le même sort. Un seul a mené à terme son mandat intérimaire.

Or, le pays qui a pourtant de bons résultats économiques est en train de basculer dans une insécurité croissante avec extorsions des commerces et des entreprises de transport privées. Dans tout le pays, on ne croit plus aux politiques et 39 candidats se présentent aux futures élections présidentielles ! Le changement constant de président crée de fait une forte instabilité qui menace déosrmais les investissements intérieurs et étrangers. La demande et le nombre des départs du pays pour les Etats-Unis, le Canada et l’Europe s’intensifient depuis quelques mois.

José Jeri était visé par plusieurs demandes de destitution déposées par la minorité de gauche et un bloc de partis de droite, qui l’accusaient d' »inconduite fonctionnelle » et « manque d’aptitude » à exercer ses fonctions suite à des campagnes de presse orientées l’accusant ouvertement de recruter des prostituées au palais présidentiel et de signer des contrats juteux en secret avec le représentant des services secrets chinois. Jamais citée ou dénoncée, la presse orientée pour ne pas dire pour certains de ses journalistes militante et wokiste (en particulier la quatrième chaine de télévision locale) est sans doute l’ « institution » actuellement la plus néfaste pour le pays.

Le parquet avait ouvert depuis janvier deux enquêtes préliminaires pour « trafic d’influence » visant l’ancien président par intérim de 39 ans, des procédures qui ont contribué à précipiter sa chute. La première concerne une rencontre secrète avec un homme d’affaires chinois lié à des contrats avec l’État. La seconde, ouverte vendredi, porte sur son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement. « Je n’ai commis aucun délit. J’ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence de la République », s’était défendu dimanche José Jeri lors d’un entretien télévisé. Sans doute maladroit, l’ex-président Jeri nous paraissait pourtant pour une fois compétent et un bon représentant du pays qui est de toute façon pilotée en sous-main par les militaires et indirectement par les Etats-Unis.

Pour les élections présidentielles, tout laisse penser que le candidat de Trump (comme celui du Vatican !) est celui qui actuellement se trouve en tête des sondages, à savoir le candidat de Renovacion Popular (parti de droite classique) Rafael Lopez Aliaga dit Porki (photo ci-dessous), lié à l’Opus Dei très influente au Pérou (la congrégation y a une de ses universités, l’Université de Piura au Nord). On notera que Lopez Aliaga avait appelé à la démission de José Jeri, affirmant que celui-ci était « l’opérateur de dizaines de groupes chinois » au palais présidentiel mais pire, c’est lui qui a permis l’élection de l’inculte gauchiste José Balcazar compromis dans de louches affaires depuis des décennies en lui apportant ses voix au deuxième tour du scrutin. On peut dès lors hypothéquer qu’une partie des électeurs de droite sauront le lui faire payer. Le scrutin d’avril 2026 reste donc plus que jamais ouvert.

Les élections présidentielle et législatives sont prévues le 12 avril, avec un nombre record de de 39 candidats en lice pour la magistrature suprême.

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