ACCORD TOGO/RUSSIE : LE RÔLE DU PORT DE LOMÉ

par Claude Timmerman

Vue aérienne du port de Lomé, montrant des conteneurs empilés et des installations portuaires, illustrant son rôle crucial dans le commerce maritime en Afrique.

Lomé est devenu le 4eme port d’Afrique et est noté en 2024 comme 92eme port mondial pour le trafic conteneurs :

Vue aérienne du port de Lomé avec des conteneurs empilés et des grues de chargement, illustrant l'activité portuaire dynamique.

Après l’indépendance du Togo, un accord de coopération économique et technique entre la République Fédérale d’Allemagne et la République Togolaise est signé pour la construction du Port de Lomé le 20 juillet 1960. Les études de faisabilité sont confiées au Cabinet Lackner. (https://www.togo-port.net). Le port comportait initialement un môle unique a deux quais qui permettent l’accostage simultané de 4 cargos.

Vue aérienne du port de Lomé, montrant plusieurs navires à quai et des installations portuaires en construction.
Le Port de Lomé sera inauguré le 26 avril 1968 et la date du 1er mai 1968 est reconnue comme date de démarrage officiel de l’exploitation du Port de Lomé. Cependant, le 21 janvier 1967 demeure la date marquante dans l’histoire du Port qui voit pour la première fois arriver la « Birte Hugo Stinnes », son premier bateau à quai. La configuration du Port de Lomé à ce moment comprenait un môle constitué d’une dalle en béton armé sur pieux en béton précontraint centrifugé de 75 cm de diamètre et de 12 cm d’épaisseur battus à la sonnette.

Les marchandises alors étaient essentiellement transportées en vrac, sacs, etc.

Une image en noir et blanc d'un quai étendu, avec des cargaisons sur des wagons, à côté d'une plage, et des figures humaines se trouvant dans l'eau et sur le sable.

Le développement du trafic par containers a changé la donne et a révolutionné localement la manutention dès le début des années 80.

Vue aérienne du port de Lomé, montrant les installations portuaires en développement, avec des quais, des bateaux et la végétation environnante.
En 1980, un second môle est construit et est constitué de 525 m de rideau de palplanches avec couronnement en béton armé. Ainsi le Port de Lomé était fin prêt à accueillir tous les types de navires et de marchandises.

Un troisième quai, dédié aux porte containers de grande taille, à fort tirant d’eau, et un triplement des surfaces de stockage ont donc été décidés et ont été finalisés fin 2013.

Vue aérienne du port de Lomé, montrant des grues et des conteneurs, avec une annotation sur la profondeur de 17 mètres.

Pour un investissement total estimé à 300 milliards de F CFA et entièrement financé par BAL, le troisième quai, réalisé par Vinci, a une longueur de 450 mètres avec un tirant d’eau porté de 12 à 16 mètres de profondeur, ceci afin de pouvoir accueillir des porte-conteneurs de 7 000 équivalent vingt pieds (EVP). Il est équipé de cinq portiques de déchargement.

Vue aérienne du port de Lomé avec plusieurs navires amarrés et des installations portuaires.

En 2019, le  MSC JOSSELINE a accosté : c’érait alors le plus grand porte containers (366 m – 14 300 containers) jamais venu à Lomé. Son tirant d’eau est de 16 m !

Une photographie historique du port de Lomé, Togo, montrant un long débarcadère en bois sur l'eau, entouré de verdure et de bâtiments en arrière-plan.
A la fin de la Première Guerre mondiale, une opération conjointe franco-britannique force les Allemands, retranchés à Atakpamé (capitale de la région des Plateaux), à capituler dès le mois d’août 1914. Le Togo est placé sous mandat de la Société des Nations (SDN). Sur décision de la SDN prise le 10 juillet 1919, la France et l’Angleterre se partagent l’occupation du territoire togolais. C’est ainsi que les Français construisent un autre wharf dont l’exploitation démarre en 1928. C’est en 1959, que les Autorités Togolaises d’alors décident de doter le Togo d’un port en eau profonde, vu l’incapacité du wharf français…

Les responsables de la compagnie Mediterranean Shipping Company (MSC) veulent faire du Port autonome de Lomé, une zone d’interface unique, privilégiée par sa position spatiale et ses infrastructures de communication Il sera le seul arrêt en Afrique de l’Ouest pour ses navires en provenance d’Asie.

Carte des pays de l'Afrique de l'Ouest, incluant le Mali, le Burkina Faso, le Niger et les pays voisins, avec des zones colorées pour indiquer leurs frontières.

Si le transbordement a le vent en poupe, Lomé semble avoir pris quelques longueurs d’avance sur ses voisins, concurrents directs, que sont : Abidjan, Cotonou, Tema et bien sûr Lagos (Nigeria).

Vue des grues de déchargement et des conteneurs au terminal du port de Lomé, Togo.

Passé de 380 000 EVP en 2014 à un peu moins de 1,4 millions d’EVP en 2018, la capitale togolaise la principale plateforme à conteneurs de la sous-région, le trafic conteneur est fortement dominé par les opérations de transbordement ou reprise de charge par containers entiers qui permet de transférer les marchandises sur des navires de moindre tirant d’eau et donc de rallier les ports côtiers moins équipés…

Un navire porte-conteneurs, le Kota Singa, aux côtés d'un bateau pilote dans un port, avec des conteneurs colorés visibles sur le navire.

Autrement dit faute de liaison terrestre routière ou ferroviaire opérationnelle adaptée, le cabotage permet de ventiler les cargaisons venant ici essentiellement d’Asie : c’est le pari de MSC…

Un navire porte-conteneurs, MSC Caterina, est amarré au port de Lomé, avec des conteneurs colorés empilés sur le quai et des grues de chargement en arrière-plan.

Le Port de Lome couvre aujourd’hui une superficie de 900 hectares et son bassin atteint une profondeur de 16,60 m à l’accostage du troisième quai. Il est répertorié avec 16, 60 m de fond comme le port de le plus profond d’Afrique de l’Ouest…

Ce port a donc un rôle essentiel pour le désenclavement des pays du Sahel (Burkina Fasso, Niger, Mali, et même le Tchad) qui étaient jusqu’à l’implantation ces équipements nouveaux uniquement desservis par Abidjan, Tema et Cotonou voire Lagos, tous notoirement saturés.

– tant sur le plan ferroviaire (la ligne du nord Togo devait être reprise depuis Anié et prolongée jusqu’à Ouagadougou ce qui ne se fera pas car le barrage de Nangbéto a créée une zone de lacs et marécages rendant l’installation de la voie vers le nord impossible [ tracé pointillé rouge entre Anié et Issati]) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Nangbéto)

Carte du Togo indiquant la ville de Lomé et ses axes de transport, avec des repères pour Atakpamé et d'autres localités.

C’est donc l’option béninoise, le tracé béninois Parakou -Namey qui sera mise en oeuvre.

Carte illustrant la boucle ferroviaire reliant Lomé, Cotonou, Niamey, Ouagadougou et Abidjan, mettant en avant les tronçons à réhabiliter et ceux à construire.

– que sur le plan routier la route bitumée depuis cinquante ans doit être refaite et élargie à 4 voies. (La distance routière Lomé – Cotonou est de 150 km.)

Bolloré avait prévu un maillage ferroviaire sur toute l’Afrique de l’Ouest. Mais la corruption qu’il avait mise en place a conduit les différents pays concernés à se désengagera du projet Bolloré, à commencer par Le Bénin où le président Achilles Talon à commencer le détricotage pour en confier finalement la réalisation en totalité aux entreprises chinoises. (https://www.medias-presse.info/la-boucle-ferroviaire-du-golfe-de-guinee-sans-vincent-bollore/91159/) Que va désormais faire MSC de ce projet de boucle ? « La Chine est extrêmement efficace dans la construction des infrastructures, observe Bernard Aritua. En revanche elle est beaucoup moins performante sur l’opérationnel, sur la gestion des lignes. »

Par ailleurs il ne faut pas oublier que ce « fond » du Golf du Bénin a toujours été considéré comme une zone de surveillance internationale ! Poutine ne peut pas l’ignorer en un temps où le Vénézuéla appelle à l’aide face aux rodomontades américaines. C’est ce qui a conduit au déploiement d’un porte avion chinois dans les eaux atlantiques où Trump menace tous azimuts le Canada, le Groenland, Panama, etc. Trump cherche par ailleurs à reprendre pied en Afrique de l’Ouest où les ex-colonies françaises ont toutes choisi – à tort ou à raison – de se débarrasser de la tutelle française. C’est là que Poutine s’est rappelé visiblement rappelé les leçons de l’Histoire : la station de Kamina. (https://www.goethe.de/ins/tg/fr/kul/sup/dsi/pla/20809013.html?srsltid=AfmBOoqKTrLP66GV00xbTP6mXX6ouNg1hQCZeORQgqiDQXg9Atd1EI2n)

Vue ancienne de la station télégraphique de Kamina au Togo, montrant le bâtiment principal et des poteaux de télécommunication.

Lorsque les Allemands ont entrepris la colonisation de l’Afrique (vers 1875) ils ont compris d’emblée le rôle stratégique de surveillance internationale qui devait être associée notamment aux côtes. Les colonies allemandes, en 1910 en Afrique, recouvraient le Togoland ghanéen,  l’actuel Togo, le Cameroun, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et la Namibie… C’est l’époque où la communication est assurée par le télégraphe et où la radio commence à se développer…

Anciennes pièces de matériel ferroviaire rouillées et abandonnées dans un environnement naturel, entourées de végétation.

L’armée bien entendu s’en empare et partout les ondes radio sont traquées pour le renseignement militaire. L’atlantique sud est un immense terrain de jeu où chaque bâtiment constitue un problème pour le suivre et le détecter. L’Empire allemand comprend très vite qu’il faut disposer d’une station télégraphique centrale pour toute l’Afrique. C’est ainsi que le choix d’implantation s’est porté sur la zone littorale du Togo. Le site choisi fut celui de Kamina (à 10 Km d’Atakpamé) et la réalisation en fut confiée à Telefunken. Beaucoup plus que la surveillance de l’Afrique, le premier rôle de Kamina était donc le contrôle de l’Atlantique sud !

Vue intérieure d'une ancienne installation technique avec des machines et des équipements de mesure, probablement liée à des opérations logistiques ou industrielles.

Le début des travaux remonte à février 1911 et la mise en service au 20 juillet 1914. Kamina était en liaison avec la station de Windhoek au Sud-Ouest africain, avec celle de Tabora (Tanzannie), et en liaison prévue avec celle du Cameroun : une plaque tournante donc de la communication du Reich colonial. Sa mission était de renseigner Berlin, à 3 450 miles de distance, par l’entremise de la station de Nauen (aux environs de la capitale allemande), et aussi de servir de relais aux bâtiments allemands croisant dans l’Atlantique sud.

Cette station, incroyable prouesse technique à l’époque, fut détruite par les Allemands eux-mêmes après seulement un mois de fonctionnement, le 25 août 1914, afin qu’elle ne tombe pas entre les mains des Britanniques, ou pire, entre celles des Français.

Réunion entre deux leaders discutant sur un canapé, avec un homme en costume bleu et un autre en costume sombre, au fond neutre.

Appréciant la stabilité politique du pays (acquise parfois au prix d’une répression féroce) Poutine veut

– S’assurer d’une base logistique potentielle pour sa flotte (et/ou celles de ses alliés) dans l’océan atlantique grâce à un port, disposant d’un bassin en eau suffisamment profonde pour accueillir les navires de guerre en cas de besoin, et promis à moyen terme à une desserte ferroviaire ralliant toutes les capitales d’Afrique de l’ouest

[Des prolongements de ce réseau ferroviaire international vers Bamako (Mali) et N’Djamena (Tchad) sont déjà à l’étude ainsi qu’un projet de liaison  ferroviaire côtière Abidjan Cotonou via Lomé.]

– Pouvoir par-là assurer un approvisionnement militaire stratégique des pays enclavés du Sahel

– ‟Occuper le terrain” pour y interdire une nouvelle colonisation américaine de ces territoires par débarquement et éviter à terme toute velléité d’occupation de l’OTAN par l’intermédiaire d’instances africaines locales telles la CEDEAO voire l’OUA qui pourraient risquer de céder à de nouvelles sirènes atlantistes…

En résumé, pour ceux qui s’en étonnent encore de cette démarche de Poutine :

– Le port de Lomé est aujourd‘hui classé parmi les tous premiers ports de l’Afrique, et présente un tirant d’eau permettant l’accueil de navires militaires d’assez grande taille.

– L’initiative d’une implantation militaire de Poutine est pour le TOGO un gage d’indépendance vis-à-vis de la menace d’opérations américaines voire d’une colonisation/occupation comme on en a vu les effets dévastateurs récents en Syrie, Irak, Afghanistan, etc…

Image de cérémonie avec une personne en costume, entourée de militaires en uniforme, sous une forte pluie.
POUTINE A LOME, TOGO

                                                         

                                                             

                                                                     


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4 commentaires

  1. Is this article trying to suggest that Togo is more developed in maritime than every other West African country?

  2. C’est entre la Russie et le Président seulement, parce que nous, Togolais, ne sommes au courant de rien.

  3. Interesting article. But I doubt the extent of Putin’s interest to actuality. Togo is still under French influence, as stated, and Russia is at a confrontation with all of Europe. Isn’t that counterproductive?

    1. No! French influence is limited now! Togo joined The Commenwealth such as Gabon… Ici.Lome.com, togolese webzine, originally a french media has articles published in englich now!
      The europeen influence has moved from the freench aera to the english one…

Les commentaires sont fermés.