par Bernard PLOUVIER
80 ans après la destruction des cités d’Hiroshima et de Nagasaki, par le seul usage guerrier connu jusqu’à présent de l’extraordinaire énergie libérée par la fission nucléaire, il serait peut-être temps de renoncer aux commentaires fortement teintés de considérations morales ou riches d’arrière-pensées géopolitiques & de se pencher sur les faits historiques réels, en abandonnant la légende née des procès de Nuremberg et de Tokyo.

Le drame – celui de l’utilisation déraisonnable de la recherche technico-scientifique – s’est joué en deux temps, s’étalant sur plus de six années. Et le plus curieux, dans cette triste affaire, réside dans un paradoxe : les « méchants nazis » se sont infiniment mieux comportés que les gentils chevaliers de noble Dame Démocratie, soit les merveilleux savants, techniciens et politiciens des USA.
Premier acte : De la « Maison des virus » au « Projet Manhattan »

En décembre 1938, dans le centre de chimie de l’Institut Kaiser Wilhelm de Berlin-Dahlem, Otto Hahn et Friedrich-Wilhelm « Fritz » Strassmann réalisent la première fission nucléaire expérimentale, en bombardant de l’uranium avec des neutrons émis par des cristaux de béryllium. Cela consterne tous les physiciens de la planète : ce sont des Allemands et, pire encore, des chimistes, qui ont réussi les premiers ce que toutes les équipes cherchent à faire depuis des années.
Dans un article, paru le 28 janvier 1939, les deux chimistes signalent que la réaction qu’ils ont observée doit dégager de nombreux neutrons, ce qui permet d’envisager l’hypothèse d’une réaction en chaîne. Cette hypothèse sera vérifiée au Collège de France, en mars, par Frédéric Joliot, qui a reproduit l’expérience et démontré la production de neutrons secondaires, qui – sauf volonté d’en faire un extraordinaire explosif – nécessitent un modérateur ralentissant leur vitesse pour canaliser cette réaction en chaîne (Bertrand Goldschmidt, 1967 et surtout Thomas Powers, 1993). Joliot fait breveter « sa » découverte dans les registres « production d’énergie » et « charge explosive » (Goldschmidt, 1967).

Mais en janvier, l’ex-collaboratrice juive de Hahn, Lise Meitner, émigrée volontaire à Stockholm depuis juillet 1938 et dévorée de jalousie, avait contesté dans une lettre adressée à Otto Hahn que le noyau ait pu être brisé par l’afflux de neutrons. Lorsqu’il s’avéra qu’elle s’était ridiculisée, elle trouva l’expression « fission nucléaire » pour qualifier la découverte, ce qui permettra à certains propagandistes de sa tribu, en 1944, de hurler lorsqu’elle ne sera pas associée au prix Nobel de Chimie décerné à Otto Hahn (Strassmann étant l’authentique lésé). Comme l’a écrit Hahn (photo ci-dessous), « les physiciens n’ont fait que retarder la découverte ».

Le meilleur modérateur connu de la réaction en chaîne est l’eau lourde, où le deutérium remplace l’hydrogène. Les laboratoires français en possèdent environ 200 grammes, alors que la Société Norvégienne de l’Azote (à capitaux français) en détient beaucoup plus : 185,5 kg que Raoul Dautry, ministre des Armements, fait acheter – avec l’autorisation de Daladier – au prix de 0,6 $-US le gramme (Goldschmidt, 1967). Les 26 bidons renfermant le liquide le plus onéreux de la planète arrivent en France le 16 mars 1940. Le 16 mai, alors que la Heer se rue vers la Manche en suivant la rive Nord de la Somme, Raoul Dautry et son Directeur de cabinet Jean Bichelonne chargent deux physiciens juifs (Hans Blumenstock von Halban et Lev Kowarski) d’en diriger le transport vers Clermont-Ferrand, puis Riom et Bordeaux. Le 17 juin, les deux hommes sont autorisés par Dautry et Bichelonne à exporter leur chargement en Angleterre, où il est stocké à l’Université de Cambridge (Vladimir Halpérin, 1997). Le stalinien Joliot refuse d’émigrer en Grande-Bretagne puisque l’URSS est alors l’alliée du Reich nazi dans l’Occupation de la Pologne.
Aux USA, poussé par Albert Einstein et Leo Szilard, deux Juifs qui n’aiment pas les Allemands – cas fréquent à l’époque, dans le cadre d’une haine ethnique où les torts sont partagés -, Franklin Delano Roosevelt (FDR) crée discrètement, en octobre 1939, un Comité Consultatif de l’Uranium, orienté vers la préparation de bombes utilisant la fission nucléaire. Adolf Hitler a considérablement freiné ce type de travaux, avec l’approbation de Werner Heisenberg (Albert Speer, 1969-71 ; Powers, 1993). Les fortes réserves d’uranium du Reich seront utilisées pour produire des radioéléments à visée médicale (cf. Plouvier, 2022-1 : Le Reich maudit) ou des munitions à uranium appauvri, lorsque manquera le wolfram (tungstène) pour produire des projectiles à fort pouvoir pénétrant.
Influencé par Frederick Lindemann (Lord Cherwell ou pour WSC : « Prof »), Churchill décide de faire cavalier seul dans la mise au point des bombes à uranium. Ainsi naît, au printemps 40, le MAUD Committee (Military Application of Uranium Disintegration) où l’on trouve une très forte concentration de chercheurs juifs (Goldschmidt, 1967). Les travaux débutés à Cambridge et poursuivis au Canada seront d’une stérilité totale. Mais lorsque l’on apprendra à WSC que les Français ont découvert du minerai d’uranium à Madagascar, il prétextera d’un « risque d’invasion de l’île par les Japonais » pour l’envahir.
Du 5 mai au 8 novembre 1942, le Gouverneur-général Armand Annet dirigera la défense de l’île avec 8 000 hommes dont seulement 2 000 Européens très mal armés, contre 15 000 Britanniques et une escadre de la Royal Navy, qui perdra deux navires plus tard renfloués, 3 sous-marins nippons s’étant invités au bal fin mai, parce que les rares opérations de transfert de documents ou de prototypes d’armes et de munitions entre Nippons et Allemands, une fois déclarée la Guerre du Pacifique, se font par sous-marins qui font surface et se rencontrent près de Madagascar (Mochitsura Hashimoto, 1955). Ces combats occasionneront 650 morts et blessés aux troupes françaises, 620 morts et blessés aux Britanniques pour fort peu de choses : la richesse de l’île en uranium fait partie du stock de fake news du « Prof » (cf. Adrian Fort, 2003).
Il est exact que les physiciens allemands ont ensuite tout fait pour éviter que l’expérience de Hahn et Strassmann ne débouche sur l’élaboration d’une arme de destruction massive. Car d’autres chercheurs allemands pensent en effet utiliser l’uranium 235 pour créer une bombe d’un nouveau type. Au service des recherches de l’artillerie, le projet est confié à Karl Diebner qui construit, l’été de 1941, la première pile atomique infra-critique jamais réalisée, dans une dépendance de l’Institut de Physique de Dalhem (Berlin). Pour écarter importuns et curieux, le modeste bâtiment, officiellement voué à la biologie, est appelé la « maison des virus ». En 1942, une pile produisant des neutrons fonctionne à Leipzig. En 1944, on construit sous la « maison des virus » un énorme Bunker, contenant une grande pile utilisant l’eau lourde comme modérateur, et, au printemps de 1945, une autre, en Souabe, à Haigerloch (David Irving, 1968).
On l’a compris : du côté allemand, la recherche est éparpillée et s’intéresse surtout aux travaux « sans rapport avec la conduite des hostilités » (Irving, 1968), singulièrement l’utilisation à des fins médicales des isotopes radioactifs, en exploration (cela s’appellera plus tard scintigraphie puis Pet-scan) et en thérapeutique anticancéreuse. Les plus grands expérimentateurs et théoriciens du Reich, tels Max v. Laue et Werner Heisenberg, refusent d’envisager la mise au point d’une arme utilisant l’énergie atomique, par souci d’éthique. En outre, Adolf Hitler déplore l’activité de ces chercheurs « qui risquent de mettre le feu à la planète » (cité par Speer, 1971).
Ce n’est guère ce scrupule qui inhibe Leo Szilard et Albert Einstein, on l’a signalé plus haut, lorsqu’ils ont poussé FDR à créer son Comité Consultatif de l’Uranium pour obtenir un explosif nouveau. Le « Projet Manhattan », soit la fabrication de bombes atomiques, sera autorisé par FDR, l’automne de 1941, le coût prévisionnel étant alors estimé à 500 millions de $ ; cette somme sera déjà largement dépassée en juin 1942, quand l’US-Army en prendra la direction effective (Powers, 1993). Le coût total semble avoir été d’1,845 milliard $ de l’époque (soit 32 ou 33 milliards $ de 2025).
On aboutit ainsi à la première explosion d’une bombe au plutonium, le 16 juillet 1945, dans le désert d’Alamogordo. Certains physiciens juifs du « projet Manhattan », de grands humanistes, auraient alors déploré qu’il est « dommage que cette bombe n’ait pas été prête à temps pour exterminer des Allemands » (Powers, 1993).
Deuxième acte : Pourquoi le président Truman a-t-il atomisé Hiroshima et Nagasaki ?

À la Conférence de Yalta, en février 1945, FDR est certes amaigri et très fatigué, mais il suit avec détermination son projet de rénovation de la vie politique, économique et financière de la planète : c’est ce que l’on nommera bien après sa mort une politique mondialiste et une économie globalisée. Pour cela, il lui faut en finir au plus vite avec la Guerre du Pacifique et celle de Chine pour imposer sa nouvelle donne en matière de relations internationales.
Sans en tenir informé son partenaire britannique, ni même le secrétaire d’État Edward Stettinius Junior, il accepte les demandes formulées par « Staline » (Joseph Djougashvili) à Téhéran, fin novembre et début décembre 1943 : les îles Kouriles, le sud de Sakhaline et même la zone de Port-Arthur en Mandchourie – les Chinois ne récupèreront la pleine souveraineté sur cette zone qu’en 1954, après le décès de « Staline ». FDR accepte même de placer la Corée sous une triple administration US, soviétique et chinoise (George Crocker, 1960). C’est le prix qu’il accepte de payer pour obtenir l’attaque soviétique contre le Japon, en un moment où la bombe atomique n’est toujours pas opérationnelle et où les opérations militaires coûtent des pertes sensibles aux forces armées des USA.
La diplomatie secrète des membres de « l’étrange alliance » des hyper-capitalistes et du seul État communiste de la planète, à l’époque, est assez particulière, comme vont l’apprendre à leurs dépens les Polonais qui avaient servi d’agents déclencheurs de la Seconde Guerre mondiale. Lors de la 2e Conférence de Moscou, le 19 octobre 1943, « Staline » avait promis aux seconds couteaux US (Cordell Hull) et britannique (Anthony Eden) qu’une fois vaincue la Wehrmacht, son Armée Rouge rejoindrait les alliés pour triompher du Japon (Hull, 1948-2) – avec lequel il avait signé un Pacte de non-agression le 15 septembre 1939, renouvelé pour 5 années le 13 avril 1941, qui avait évité à l’Union Soviétique d’être écrasée par une alliance germano-nipponne en 1941.
Lors de la 3e Conférence de Moscou (mi-octobre 1944), il avait même quantifié son aide devant le jobard Churchill : 60 divisions 3 mois après la fin de la guerre contre le Reich – alors que le Transsibérien ne pouvait alimenter la logistique que de 40 divisions au plus. Et le Bon Joseph demandait, pour cela, la livraison de 3 000 chars lourds, 5 000 avions, 75 000 camions et Jeeps, enfin 206 000 Tonnes de carburant supplémentaires (John-Richard Deane, 1947). Les Nord-Américains honorèrent cette demande à 80% avant le 30 juin 1945, date d’arrêt du Prêt-bail décidée par le successeur de FDR, Harry Truman. C’est avec ces armes que les troupes communistes de Mao Tsé-toung écraseront les troupes de Tchang Kaï-chek de 1947 à 1949, puis une partie d’entre elles servira aux Coréens communistes pour attaquer les Coréens du Sud et les Nord-Américains ! La stupidité se paie toujours.
En février 1945, l’empereur Hiro-Hito décide (le 14) de « mettre fin à la guerre, de façon honorable », c’est-à-dire après une victoire défensive. Le 20, il reproche vertement aux chefs de la Marine et de l’Armée de l’avoir abusé, en 1941, avec de fausses promesses et des mensonges. Le 7 avril, le général Tojo, parfait bouc-émissaire, est remplacé dans la fonction de premier ministre par le vieil amiral Kantaro Suzuki, qui s’était toujours opposé à la guerre contre les USA. En mai, l’ambassadeur soviétique en poste à Tokyo, Yakov Malik, est approché par Hirota Koki, un proche du ministre des Affaire Étrangères Shigenori Togo ; Malik en réfère à « Staline », via « Molotov », et en reçoit l’ordre de faire traîner les négociations. De même, l’ambassadeur nippon à Moscou, Naotake Sato, est repoussé par « Molotov ».
FDR est informé de tout cela par Joseph Grew (sous-secrétaire d’État et ex-ambassadeur à Tokyo), ainsi que par l’ex-Président Herbert Hoover, très apprécié des dirigeants d’associations caritatives internationales. FDR n’en a cure et ressasse son principe de Capitulation sans condition, énoncé en janvier 1943, qu’il méditait depuis l’affaire – fort complexe – de Pearl Harbor (Anne Armstrong, 1963). Le 7 juillet 1945, l’empereur nippon demande à « Staline » de recevoir un plénipotentiaire, le prince Fuminaro Konoe qui n’avait jamais été un foudre de guerre ; le bon Joseph attend le 22 pour répondre par une demande d’explications ! Le 27 juillet, au Conseil Suprême pour la Direction de la Guerre, tenu à Tokyo en présence de l’empereur, on refuse une nouvelle fois la capitulation sans condition, jugée déshonorante.
En juillet 1944, le principal conseiller militaire de FDR, l’Amiral de la Flotte William Leahy, avait tenté de convaincre son Big Boss de ne pas employer de produit chimique ou bactériologique pour détruire les récoltes des ennemis des USA – c’était l’idée du gang Morgenthau au Trésor -, ni la bombe nucléaire ou atomique, si l’on parvenait à la mettre au point (Leahy, 1950) : « Nous violerions toutes les lois admises de la guerre ». Les habitants de Tokyo connaîtront toutefois les affres d’un bombardement massif au napalm, dans la nuit du 9 au 10 mars 1945 (soit environ 100 000 morts), FDR étant encore en vie :

Le 16 juillet 1945, explose la première « bombe atomique » de 6,2 kg d’un alliage au plutonium, dans le désert d’Alamogordo (Nouveau Mexique), équivalant à 21 000 T. (ou 21 kilos-tonnes) de Tri-Nitro-Toluène (TNT). Henry Stimson, secrétaire à la Guerre, en informe le nouveau Big boss Harry Truman au début de la matinée suivante, où s’ouvre la Conférence de Potsdam (Stimson, 1947). En dépit de l’insistance de nombreux physiciens, ex-compagnons de route du défunt Komintern (Einstein, Szilard, Oppenheimer et quelques autres), le secret de fabrication de la bombe ne sera pas communiqué aux Soviétiques, ni d’ailleurs aux Britanniques dont les laboratoires de recherche sont truffés d’espions, souvent juifs, au service de l’URSS (Alexander Feklissov, 1999) et jusqu’en 1949, « Staline » sera ainsi « tenu en laisse ». C’est Truman qui a interdit, le 9 août 1945, la divulgation des « secrets atomiques », en ne laissant paraître, le lendemain, qu’un rappel historique du « Projet Manhattan » (Leahy, 1950).
Réclamée par Harry Truman, la Conférence de Potsdam (photo ci-dessous) est infiniment plus importante que celle de Yalta, qui fut la simple ratification des conférences de Téhéran et de Moscou. Les Français en ont été exclus parce que Truman est très irrité du comportement des troupes françaises dans la région de Stuttgart (pillages et viols de masse), ce qui a contraint Eisenhower à les en chasser (Truman, 1955-I-2 ; Arthur Funk, 1982). Truman veut clarifier la situation en Europe et arrêter au plus vite la guerre en Asie.

Depuis le 17 octobre 1944, la Campagne de reconquête des Philippines (qui ne sera close que le 2 septembre 1945 !) coûte cher : au total elle aura entraîné 62 000 pertes aux forces armées US (dont 14 000 morts) – et 200 000 morts aux civils Philippins, dont la moitié à Manille rasée par les forces aériennes US. En février 1945, la conquête d’Iwo Jima a provoqué 26 500 pertes US (dont 7 300 morts). La Bataille d’Okinawa (du 1er avril au 22 juin) vient de coûter aux Anglo-US 82 000 pertes, dont 14 000 morts. Il est exact que les pertes alliées (5 à 6 fois moindres que celles des soldats nippons) sont sans commune mesure avec l’énormité des pertes de la Campagne germano-soviétique de 1941-45, mais l’opinion des USA s’effare de leur ampleur, étant en outre effrayée par ce qu’il reste à conquérir : de la Birmanie orientale à la Malaisie, l’Insulinde (Indonésie), l’Indochine, une énorme partie de la Chine, avant même d’envisager une action directe sur Formose et la Corée puis l’archipel nippon (Stimson, 1947). Fabuleusement enrichis par la guerre chez les autres, les citoyens des USA ne veulent plus compter leurs morts, d’autant que l’on constate de plus en plus d’émeutes raciales aux USA.
Le 18 juillet, « Staline » annonce que les Japonais sont prêts à traiter. Truman veut d’abord et avant tout régler les innombrables problèmes européens. L’homme qui succédé à FDR, le 12 avril 1945, est certes très courtois, mais il ne lâche rien sur ses principes : il est antimarxiste, authentiquement démocrate, persuadé du bien-fondé de la capitulation sans condition des ennemis. C’est la raison de la réponse dilatoire de « Staline » aux Nippons, le 22 juillet.
Les échanges des 23 et 24 juillet, entre « Staline » et Truman sont parfaits sur la forme, mais l’opposition est totale sur la « liberté politique et l’indépendance des peuples européens libérés de la tyrannie nazie » (Funk, 1982). Le Tsar Rouge, fort de sa gigantesque armée, tente d’intimider le Président US, petit homme très myope du Missouri (mais héros de la Grande guerre), et il échoue totalement. Le 23, « Staline » se fait le champion de la domination soviétique exclusive sur l’Europe centrale et danubienne – au grand dam de Churchill qui lorgne les pétroles de Hongrie et les gisements de métaux non ferreux de Yougoslavie (in Éleuthère Dzelepy, 1972) ; le Soviétique refuse même le principe de la libre navigation commerciale sur le Danube et en Mer Noire.
Le Président des USA commence à croire que George Kennan, conseiller à l’ambassade de Moscou, a raison lorsqu’il affirme que la notion de démocratie n’a aucun sens pour les Soviétiques et que le seul langage qu’ils comprennent est celui de la force (James Byrnes, 1947). Le 24, à la fin d’une nouvelle réunion où le bloc USA-Grande-Bretagne (celle-ci étant à la dérive : le surlendemain, Churchill blackboulé aux élections laissera la place à Clement Attlee) s’est fermement opposé aux exigences soviétiques, Truman informe « Staline » que les USA sont en possession de ce qui paraît être alors l’arme absolue. Le soviétique n’y comprend goutte (c’est l’opinion de Truman, 1955-I-2) ; en réalité, il feint de ne pas comprendre – le programme atomique n’a jamais réellement décollé en URSS, en dépit des menaces de Lavrenti Beria sur les savants. Ce sont les Japonais qui vont faire les frais de la démonstration du Président US. Le 30 juillet, alors que la guerre en Orient est presque au point mort, Truman ordonne d’utiliser contre le Japon deux des 3 bombes atomiques restantes, une à l’uranium et l’autre au plutonium & pour faire comprendre au butor soviétique que sa position n’est pas aussi forte qu’il le croit.
Le 26 juillet, les Alliés énoncent leurs conditions : occupation militaire du territoire japonais ; jugement des criminels de guerre ; instauration d’un gouvernement démocratique. En cas de refus, le Japon est menacé « d’une destruction imminente et complète » (Harry Truman, 1955-I-2). Le 28, le refus japonais d’une proposition jugée déshonorante dans un pays à très forte tradition guerrière est exprimé par le premier ministre nippon Kantaro Suzuki, en accord avec l’empereur. Sans savoir ce que Truman réserve à l’humanité, « Staline » ordonne à l’Armée Rouge d’attaquer le 9 août avec 1,55 million d’hommes, 4 700 chars, 1 850 canons d’assaut, 4 000 avions de combat, en 3 Fronts (ou groupes d’armées) opposés à 700 000 Nippons avec un millier de chars légers et moyens et un millier d’avions… la résistance nipponne est très forte, mais cesse sur ordre impérial le 15. L’URSS a payé de 30 000 morts sa participation à la curée ; les Japonais ont perdu 83 000 hommes, mais seule la moitié des 610 000 prisonniers de guerre rentreront du Goulag dans les années 1950.

Hiroshima est atomisée le 6 août (une bombe de 64 kg d’explosifs dont de l’uranium 235, équivalant à 15 kg-tonnes de TNT) et Nagasaki le 9 (bombe au plutonium 239, équivalant à 21-23 kg-tonnes de TNT). Les deux villes sont pulvérisées : à Hiroshima (Quartier Général de la 2e armée), la mortalité immédiate et retardée semble avoir été comprise entre 80 000 et 140 000 individus (dont 14 000 disparus, réduits en énergie et en vapeur) ; à Nagasaki, la mortalité immédiate et retardée est estimée entre 35 000 et 80 000 personnes. Le 10 août, le gouvernement nippon fait savoir, par l’entremise des gouvernements suisse et suédois, qu’il accepte sa reddition, ce qui est refusé par Truman, qui exige une capitulation en règle avec subordination de l’empereur au Conseil Suprême Interallié. C’est accepté le 14 août et annoncé par l’empereur à son peuple grâce à une allocution radiodiffusée, le 15. La capitulation est signée le 2 septembre en baie de Tokyo et Douglas McArthur, qui préside comme un César, n’épargnera aux vaincus aucune humiliation.

Au Tribunal Militaire International de Tokyo, en 1946, l’un des 11 juges, l’Hindou Radhabinod Pal, fera sensation en affirmant une indéniable réalité (occultée par tant « d’historiens »), à savoir que le Gouvernement des USA, sous Roosevelt, avait tout mis en œuvre pour contraindre les Nippons à entrer en guerre ; puis, il blâmera l’usage de bombes utilisant la fission nucléaire, tout en condamnant la dureté des Nippons avec leurs prisonniers de guerre et les populations civiles occupées.
Les Juifs de l’ensemble de la planète ne cessent de pleurer la Shoah, la présentant comme le pire crime de l’histoire humaine. Les Nippons considèrent que les massacres « atomiques » d’Hiroshima et de Nagasaki furent « l’expérience la plus cruelle… le pire délire du XXe siècle » (Kenzaburô Ôé, 1965, un anarchiste francophone, admirateur du style de L. F. « Céline », lauréat du Nobel de Littérature en 1994) et s’intéressent peu aux tueries des Juifs en Europe nazie, étant donné le nombre ahurissant de Juifs ayant travaillé à la mise au point des bombes utilisant l’énergie dégagée par la fission atomique.
Les communistes et les « compagnons de route » de l’URSS durent attendre près d’un lustre pour applaudir leur vraie patrie, lorsqu’au Paradis des Travailleurs, on parvint à faire exploser une bombe au plutonium équivalant à 22 kg-tonnes de TNT, le 29 août 1949, dans le désert kazakh. Malgré l’apport de Frédéric Joliot, membre du PCF, informé par Hans v. Halban des principaux éléments théoriques du mode de fabrication, les Soviétiques durent attendre l’effet des trahisons de l’après-guerre (Feklissov, 1999) pour mettre au point leurs armes atomiques et faire entrer en 1949 l’humanité dans « l’équilibre de la terreur », principal résultat durable de la Seconde Guerre mondiale.
Bibliographie très sommaire :

A. Armstrong : Capitulation sans conditions, Presses de la Cité, 1963
J. F. Byrnes : Speaking frankly, Harper, New York, 1947
G. N. Crocker : Roosevelt’s road to Russia, Regentry, Chicago, 1960
J. R. Deane : L’étrange alliance, Stock, 1947
E.-N. Dzelepy : Le secret de Churchill. Vers la Troisième Guerre mondiale-1945…, Le Pavillon/Roger Maria Éditeur, 1972
A. Feklissov, S. Kostine : Confession d’un agent soviétique, Éditions du Rocher, 1999 (Alexander Feklissov, colonel du KGB, était l’officier traitant des espions, souvent juifs, trahissant les secrets atomiques des USA et de Grande-Bretagne)
A. Fort : Prof. The life of Frederick Lindemann, Jonathan Cape, Londres, 2003
A. Funk : De Yalta à Potsdam. Des illusions à la guerre froide, Éditions Complexe, Bruxelles, 1982
M. Hashimoto : Les sous-marins du Soleil Levant. 1941-1945, Presses de la Cité, 1955
C. Hull (and A. H. Berding) : Memoirs, volume 2, Mac Millan, New York, 1948
D. Irving : La maison des virus, Laffont, 1968
W. D. Leahy : J’étais là, Plon, 1950
V. Halpérin : Raoul Dautry. Du rail à l’atome. L’aventure sociale et technologique de la France dans la première moitié du XXe siècle, Fayard, 1997.
K. Ôé : Notes de Hiroshima, Gallimard, 1996 (primo-édition japonaise en 1965).
B. Plouvier : Le Reich maudit, volume 1 : Une société et un chef d’État diabolisés, Déterna, 2022

T. Powers : Le mystère Heisenberg. L’Allemagne nazie et la bombe atomique, Albin Michel, 1993
A. Speer : Au cœur du Troisième Reich, Fayard, 1971 (primo-édition allemande en 1969)
E. R. Stettinius Jr : Roosevelt and the Russians, Doubleday, Garden City (New York), 1949
H. J. Stimson, Mc G. Bundy : On active service in war and peace, Harper, New York, 1947
H. S. Truman : Mémoires, Tome I : L’année des décisions, volume 2 : De Potsdam à Hiroshima. 1945-1946, Plon, 1955 :

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