par Dionysos ANDRONIS
- A Propos de Mes Prisons suivi Des Devoirs des Hommes, de Silvio Pellico éditions Delloye, Paris, 1846, 338 pages.

Il s’agit sûrement du plus ancien roman que nous présentons ici sur le site. Sa première édition italienne date de 1832. Dans les pages de ce roman Silvio Pellico (1789-1854) nous raconte ses souvenirs en tant que prisonnier dans les geôles italiennes et puis autrichiennes entre 1820 et 1830.

Il était italien, nationaliste et militant contre l’invasion autrichienne d’une partie de son pays, au début du dix-neuvième siècle. La prison autrichienne Spielberg est la dernière pour notre héros : « L’amour dont je brûlais pour ma patrie n’allait qu’à désirer pour elle un gouvernement national et l’expulsion des maîtres étrangers chez elle » (op.cit., page XVIII).

Même si ce roman baigne dans un sentiment très catholique propre aux Italiens, nous avons apprécié quelques arguments de Pellico (portrait ci-dessous) qui renvoient en particulier aux moeurs de Sparte si appréciées par Jean-Jacques Rousseau :

Puisque le paganisme grec a préparé la civilisation européenne, nous allons vous reproduire trois citations de l’essai qui suit Mes prisons et titré « Des devoirs des hommes » qui fait suite au roman ci-dessus :
« Dans l’ancienne Sparte, c’était une loi pour les jeunes gens de se lever à la venue d’un vieillard, de se taire quand il parlait, de lui céder le pas quand ils le rencontraient » (op.cit., pp. 283-284).

« Un vieillard athénien cherchait place aux jeux olympiques et tous les gradins de l’amphithéâtre étaient remplis. Quelques jeunes étourdis, ses concitoyens, lui firent signe de s’approcher et quand, cédant à leur invitation, il fut parvenu à grand peine à côté d’eux, au lieu d’un accueil obligeant, il ne trouva que d’indignes risées. Le pauvre vieillard, repoussé d’un lieu à l’autre, gagna la place où siégeaient les habitants de Sparte…Les Athéniens connaissent la politesse, les Spartiates la pratiquent » (op.cit. page 284).

« Alexandre de Macédoine (le département grec, pas le pays nouveau Skopje – NdR) et ici je donnerais volontiers le titre de grand, bien que les plus hautes faveurs de la fortune eussent conspiré à l’enorgueillir, savait néanmoins être humble à l’aspect de la vieillesse. Arrêté un jour dans le cours de ses triomphes par une masse extraordinaire de neige, il fit brûler un peu de bois, et il se chauffait assis sur son banc royal, il voit parmi ses guerriers un homme accablé par l’âge et qui tremblait de froid. Il s’élance vers lui et de ce bras indicible qui avait renversé l’empire de Darius, il prend le vieillard engourdi et le porte sur son propre siège » (ibid).

C’est vrai qu’en Autriche ils parlent la même langue que Hitler mais en Italie ils parlent la langue de Mussolini. Même si nous sommes plusieurs décennies avant la naissance de Mussolini, ce roman avait préparé sans aucun doute l’esprit révolutionnaire du fascisme mussolinien. Face à l’invasion musulmane, nous tenons à diffuser aujourd’hui (deux siècles après Pellico) le slogan « Pour notre Europe blanche« .

La France réserva un accueil enthousiaste à la traduction du récit de Silvio Pellico (1789-1854), Le mie prigioni. Les mémoires romantiques de ce « martyr de la liberté » italien, incarcéré pendant dix années sous les Plombs de Venise et dans la geôle autrichienne du Spielberg, furent réédités plus de cent cinquante fois en langue française de 1833 à 1914 . Nous cumulons pour atteindre ce chiffre, les traductions de Mes prisons, les traductions augmentées de chapitres inédits, les traductions augmentées du texte Des devoirs des hommes, les œuvres complètes de Pellico. Les principales traductions fréquemment rééditées furent les suivantes : Mes prisons, Mémoires de Silvio Pellico, traduction de N. Thiel, Paris, Limoges, 1840 ; Mes prisons, traduction du Comte H. de Messey, Paris, Garnier, 1844 ; Mes prisons, traduction de l’abbé Bourassé, Tours, Mame, 1838 ; Mes prisons, traduction de Mme Woillez, Tours, Marne, 1846 ; Mes prisons, traduction d’A. de Latour, Paris, Charpentier, 1833. On se réfèrera au Catalogue général de la Bibliothèque nationale et à la Bibliographie de la France. On peut le lire via le catalogue projet Guttemberg : https://www.gutenberg.org/ebooks/69561
Il présente de véritables qualités littéraires en un des récits les plus réalistes sur l’incarcération avec une finesse dans les sentiments, dévoilant tout ce qu’un être humain peut subir et comment malgré tout il peut en sortir grandi. Pour donner un exemple de la teneur de ce texte, nous en donnons ici un extrait du début, de l’avant-propos de Silvio Pellico :
« Ai-je écrit ces mémoires par vanité de parler de moi ? Je désire que cela ne soit pas, et, d’autant qu’on puisse se constituer son propre juge, il me semble avoir eu de plus hautes visées : celle de contribuer à réconforter quelques malheureux avec le tableau des maux que j’ai soufferts et des consolations que, par expérience, j’ai vu qu’on peut obtenir dans les plus grandes infortunes; celle d’attester qu’au milieu de mes longs tourments je n’ai cependant pas trouvé l’humanité aussi inique, aussi indigne d’indulgence, aussi pauvre de grandes âmes, qu’on a coutume de la représenter; celle d’inviter les nobles cœurs à aimer beaucoup, à ne haïr aucun mortel, à n’avoir de haine irréconciliable que pour les basses tromperies, la pusillanimité, la perfidie, toute dégradation morale; celle de redire une vérité déjà bien connue, mais souvent oubliée : c’est que la Religion et la Philosophie commandent l’une et l’autre une énergique volonté et un jugement calmé, et que, sans ces conditions réunies, il n’ y a ni justice, ni dignité, ni principes assurés. »


- Silvio Pellico (titre original : Silvio Pellico (Il martire dello Spielberg)) est un film muet italien réalisé par Livio Pavanelli, sorti en 1915 et qui met met en scène l’écrivain italien Silvio Pellico (1789–1854).
2. Mes prisonse est un dramatique de la télévision italienne tournée en 1968 :

https://journals.openedition.org/criminocorpus/1946?lang=en


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