par Michel LHOMME
Comme au Maroc, à Madagascar, en Indonésie, au Népal, la génération Z est en marche au Pérou. Des manifestations violentes ont éclaté mardi dans la capitale péruvienne, Lima, alors que les protestataires exigeaient la démission du président intérimaire José Jerí et des membres du Congrès, ainsi que l’abrogation de lois qu’ils jugent favorables à la criminalité. (https://fr.euronews.com/video/2025/10/16/des-manifestations-eclatent-au-perou-les-protestataires-demandent-la-demission-du-presiden)

Dans la nuit de mercredi à jeudi, un jeune manifestant a été tué apparemment et ce, si on se fie aux caméras de surveillance de la Plaza Francia où a eu lieu le drame par un policier en civil (ce que semble attester aussi la Coordination nationale des droits humains, principale ONG péruvienne en la matière et ce qu’on espère l’enquête déterminera), deux autres jeunes hommes sont actuellement dans le coma à l’hôpital Loayza en pronostic vital critique tandis qu’on dénombre 78 blessés graves parmi les forces de l’ordre, forces qui furent vite dépassées par l’ampleur des heurts et faibles en nombre car une grande partie est actuellement mobilisée à Arequipa pour le 10ème congrès international de la langue espagnole en présence du roi d’Espagne Felipe VI. La violence des manifestations fut de toute évidence préparée en amont par les forces d’extrême-gauche en marge d’une manifestation qui se voulait en effet citoyenne et pacifique appelée par les organisations et comités de jeunes.

Le jeune manifestant décédé victime collatérale en faisait partie et était en train de se retirer au moment où il voyait que la manifestation dégénérait. Le motif au départ de ce mouvement était la protestation contre les extorsions qui gangrènent toute la vie économique du pays depuis quelques mois et réclamait la démission du nouveau président Jorge Jeri installé depuis vendredi à la tête de l’État par un coup de force constitutionnel des congressistes péruviens. Cette mobilisation répondait notamment à l’appel de la « Gen Z », un mouvement de jeunes manifestants qui se répand à l’international.

C’est l’une des manifestations de la jeunesse contre le nouveau gouvernement, la plus suivie depuis des années. Près de sept millions de nouveaux électeurs, soit 23 % de la population péruvienne de cette génération Z seront appelés aux urnes au printemps prochain pour les élections présidentielles officielles et dont personne aujourd’hui ne peut prédire le vote décisif pour l’avenir du pays.

Ce sont donc des milliers de jeunes qui ont défilé mercredi à Lima, mais aussi en province (Cusco et Puno, cette dernière ville étant particulièrement mobilisée par l’extrême-gauche) face à une vague sans précédent d’extorsions et d’assassinats, visant surtout les transports, en particulier les chauffeurs avec au moins 47 chauffeurs de bus assassinés depuis janvier mais aussi des artistes de variété de la cumbia locale, des entreprises de bâtiments et des petits commerces, tous ceux qui ont pour un titre ou un autre une petite affaire commerciale.
Il s’agit depuis quelques mois d’une véritable crise sécuritaire que traverse le pays et chaque matin, en ouvrant la quatrième chaîne, la chaîne de télévision la plus suivie sur place, on est effaré par cette violence à balles réelles, à coups d’assassinats avec décès à l’appui qui frappe tous les secteurs d’activité économique et surtout les petits commerçants et les jeunes entrepreneurs des quartiers populaires, ceux qui survivent au jour le jour. Le phénomène de l’extorsion a pris des proportions délirantes au Pérou depuis 2022, sans que le gouvernement réagisse.

Le phénomène de l’extorsion a pris des proportions délirantes au Pérou depuis 2022, sans que le gouvernement réagisse. Les plaintes pour racket ont bondi de 540 %, et même de 900 % dans certains quartiers de la capitale. Nous avons ainsi rencontré une famille de jeunes hôteliers qui venaient d’ouvrir leur affaire dans un quartier très populaire de Lima (Ate Vitarte) et qui six mois après se sont vus réclamer une extorsion de 30 000 soles (environ 7500 euros) qu’ils étaient incapables de fournir ayant évidemment emprunté pour pouvoir investir. Ils avaient reçu des menaces d’exécution sur eux et leurs enfants par téléphone portable jusqu’à cette nuit, où l’on tira à balles réelles sur leur porte d’entrée. L’hôtel est désormais fermé. Ils ont en effet préféré tout perdre pour sauver leur vie et celle de leurs enfants Pour d’autres, hélas, cela se termine le plus souvent en veillée mortuaire et au cimetière.

C’est cette vague de violence et ces extorsions qui ont précipité la destitution expresse par le Congrès péruvien de la présidente Dina Boluarte ce vendredi :

Cette destitution est cependant le véritable fruit des combines d’une classe politique vieillissante, corrompue et surtout incompétente. Dans l’intérêt général du pays, il ne restait en effet plus que neuf mois à la présidente pour remettre officiellement son mandat et on aurait sans doute par précaution dû attendre le résultat des futures élections prévues pour avril 2026. Mais de vieilles querelles internes, on fait que son propre camp (la gauche) a voté son départ. C’est donc alors comme le veut la constitution, le président du Parlement péruvien, José Jeri qui a repris la présidence du pays par intérim jusqu’en juillet 2026 :

De droite libérale ( du parti Somos Peru), la gauche wokiste, féministe réclame maintenant sa tête manipulant ainsi sans scrupule une partie de la jeunesse péruvienne. Ce mercredi, les organisations féministes faisaient ainsi partie du cortège, mobilisées facilement contre le nouveau président parce qu’il a fait l’objet d’une plainte pour viol lors d’une fête avec ses amis dans une villa de Canete, plainte pourtant classée sans suite. Les militantes ont déployé un grand drapeau péruvien sur lequel était inscrit en lettres noires « José Jeri, président du Pérou, violeur ».

Certes mais dans la lignée des précédentes manifestation, la mobilisation de mercredi, qui était prévue avant le changement inattendu de président, répondait notamment à l’appel de la « Gen Z », un mouvement de jeunes manifestants qui se répand à l’international, identifiable au drapeau One Piece qu’on a vu brandir épisodiquement dans les rues de Lima.

Comme partout ailleurs (sauf en France où la génération Z paraît apathique face à la crise de régime que traverse le pays) la jeunesse péruvienne veut se faire entendre pour dire son ras-le-bol de la classe politique et du crime organisé. Depuis un mois, les manifestations de jeunes ne font que s’intensifier dans tout le pays. Comme énoncé plus haut, la génération Z est celle qui fera l’élection prochaine du Pérou alors qu’à Paris, crise démographique oblige, ce sont les retraités, les fameux boomers de l’inepte Bayrou qui iront aux urnes soutenir peut-être encore dans l’imbécillité un front républicain.

Nous soulignons plus haut le nombre sans précédent d’assassinats et de cas de rackets imputés au crime organisé à Lima et en province. Ils ont en réalité toujours existé dans le pays sauf qu’on les appelait au temps du terrorisme des « coupons révolutionnaires » ce que la gauche bien pensante se garde bien aujourd’hui d’avouer ! Nonobstant, deux faits sont à signaler sur ce nouveau terrorisme, le « terrorismo blanco » comme on l’appelle là-bas : premièrement autrefois, ce pourcentage que devait verser nombre de commerçants à la mafia locale était disons raisonnable et n’excédait pas les possibilités vitales du commerce affecté, la police le savait et d’ailleurs se servait et touchait sa part de commission au passage. Deuxièmement, le milieu contrôlait son quartier sans aucune interférence d’autres bandes. Cela ne semble plus le cas aujourd’hui où règne par conséquent une certaine anarchie dans la délinquance organisée. Aujourd’hui, un commerçant peut ainsi se faire racketter plusieurs fois par des groupes de délinquants différents et la police, effet négatif sans doute de la lutte anti-corruption ne contrôle plus grand-chose sauf peut-être dans les beaux quartiers qui restent sous la tutelle des partis politiques qui dirigent la municipalité.

Ce qui est certain c’est que ces manifestations violentes qui suivent la chute de Dina Boluarte illustre l’effondrement d’un système politique en crise depuis des années. Jeudi dernier, le parti de droite Renovación Popular, dirigé par le maire de Lima, Rafael López Aliaga, a lancé le processus de destitution de la présidente Dina Boluarte au congrès péruvien. Dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 octobre, une large majorité d’élus dont les élus du propre camp de l’ex-présidente ont voté sa déchéance pour « incapacité morale permanente ». À la suite du vote, le président du Parlement, José Jeri, a annoncé « Aujourd’hui, j’assume humblement la présidence de la République, par succession constitutionnelle. »

Ironie du sort, Dina Boluarte avait prononcé elle-même la même formule en décembre 2022, après la destitution de son prédécesseur, Pedro Castillo dont elle était la vice-présidente ! En fait, depuis la chute de Pedro Castillo (ancien syndicaliste de gauche) après sa tentative de coup d’état ratée de 2022, le Pérou connaît des vagues de protestations qui, au départ, ont été très puissantes et menées par des collectifs sociaux, en particulier du sud andin. Ces marches s’étaient ensuite essoufflées à cause de la forte répression du gouvernement —avec des dizaines de morts et de blessés. Elles ont reprises avec force depuis quelques semaines par l’aggravation de l’insécurité dans tout le pays et la précarité économique qui en découle.

Hier ce sont trois grands blocs qui ont structuré plus ou moins dans la rue la contestation : les collectifs sociaux historiques, les syndicats de transport, et cette nouvelle génération, la Gen Z, qui redonne un vrai souffle nouveau à la contestation populaire. Vendredi le jour de la destitution, cette jeunesse s’était déjà spontanément montrée présente, appelée par les réseaux sociaux (TikTok, Facebook, Instagram, Telegram) devant les portes de l’ambassade d’Equateur pour empêcher la fuite de l’ex-présidente. Lucide, la jeunesse éclairée de Lima a très bien compris qu’à quelques mois des élections générales, la destitution de Boluarte qui aurait dû se faire plus tôt après par exemple la répression sanglante d’Ayacucho (11 manifestants de tués) n’est qu’un calcul politique du Congrès, pour pouvoir rester en place en se détachant d’une présidente devenue trop impopulaire. Comme en France, c’est bien le Parlement péruvien plus peut-être que l’exécutif qui est responsable de la crise de régime présente. Ainsi, la destitution de la présidente ne paraît avoir été qu’un simple jeu de façade orchestré par les élites politiques ?

Les jeunes n’en sont donc pas dupes et refusent de crier victoire avant la bataille électorale des urnes qui s’annonce plus qu’incertaine et décisive avec près de quarante partis prêts à se présenter devant les électeurs qui montrent qu’au-delà du rejet de la figure présidentielle, c’est tout le système de représentation démocratique qui est en crise ajoutée à la captation des institutions par des intérêts illicites et réellement mafieux, certains partis fonctionnant essentiellement comme des machines politiques au service du lobbying d’entrepreneurs privés voire de bandes criminelles.

N’oublions pas que le pays a connu six présidents en neuf ans, tous emportés par des scandales de corruption. Comme presque tous ses prédécesseurs, l’ex-Présidente Boluarte est poursuivie par sept enquêtes pénales ouvertes à son encontre, risquant ainsi d’être incarcérée à Barbadillo, le Pérou étant ainsi peut-être le seul pays au monde à disposer d’une prison réservée aux ex-présidents : Fujimori, Toledo, Humala, Castillo, même Vizcarra, Alan García s’étant suicidé pour ne pas affronter la justice.
Lima, 16 octobre 2025

En savoir plus sur METAINFOS.COM
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Bernard Plouvier
En voilà un article passionnant : on y parle
– d’une classe politique corrompue et incompétente
– d’une prison réservée à la pourriture politicienne
– de racket et d’extorsions
– d’une jeunesse autochtone furieuse
– et de vieux cons dans l’électorat pour conforter les politicards ineptes et inaptes
… on ne sait plus très bien si Michel évoque un pays d’Amérique latine ou le nôtre !
En tous cas, l’idée d’une prison pour les politicards est à retenir… à moins que le Conseil d’État ne poursuive ses opérations de blanchiment des politicard(e)s dépensiers comme il l’a fait avec la mairesse de Paris et ne réserve d’autres surprises à un électorat français désabusé et désillusionné
Au fait, condamner les uns et blanchir les autres pour des délits très voisins, ça s’appelle comment en Macronie ?