Par Michel LHOMME
- A propos de Jenny Erpenbeck, Je vais, tu vas, ils vont, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, Paris, Fayard, 2022 et Kairos, Gallimard, 2025.

- Rodolphe Cart, Faire légion. Pour un réveil des autochtones, Paris, Editions du Royaume, 2024 et De quoi, Louis Sarkozy est-il le nom ?, Paris, Perspectives Libres, 2025.

Comme en Nouvelle-Calédonie, on s’arme aujourd’hui dans les campagnes françaises et certains se prépareraient à l’affrontement (https://www.facebook.com/reel/8990299574400234) ! Les autorités en ont conscience mais tétanisées par ce qu’ils appellent désormais avec la pire canaille politique qu’a connu Matignon, François Bayrou, la « submersion migratoire », les autorités se taisent. Les faits donnent pourtant raison à l’expression puisque selon les données d’Eurostat, la France est devenue le premier pays de destination des demandeurs d’asile de l’UE en février de cette année avec 13 065 demandes enregistrées. Jusqu’à présent, c’était l’Allemagne qui arrivait en tête, cette dernière n’étant plus qu’en troisième position derrière la France et l’Espagne. Ce ne sont pas moins de 8,5 millions de primo-demandeurs d’asile qui ont ainsi été reçus dans l’Union européenne entre 2014 et 2024, ce qui équivaut démographiquement à un nouvel État membre. Pour la septième année consécutive, les Marocains ont représenté en 2024 dans l’hexagone la première nationalité bénéficiaire des nouveaux titres de séjour (+37 000). Sur deux générations, cela représente environ 1,6 million de personnes. Le taux de chômage des immigrés marocains et tunisiens est pourtant le double de celui des immigrés européens – et cinq fois supérieur à celui des immigrés d’Asie du Sud-est. En Autriche, selon une enquête scolaire récente (ayant pris en compte 112 600 élèves), dans les écoles primaires et secondaires de Vienne, 41,2 % des élèves se présentent comme musulmans. La proportion d’élèves de confession chrétienne est de 34,5 %. En Italie, dans le nord de la péninsule, à Monfalcone, municipalité de 30.000 habitants, tandis que le premier parti islamiste du pays s’est présenté aux élections municipales sans toutefois les remporter, la ville concentre le plus haut pourcentage d’immigrés résidents d’Italie, soit 34 % des habitants. Quant au coût de l’immigration, nous renvoyons à : https://ripostelaique.com/constat-implacable-sur-lenrichissement-que-nous-apporte-limmigration.html

Tout ceci avait été anticipé par Jean Raspail dans Le Camp des Saints.

S’il n’est pas au premier plan sur les tables des « coups de cœur » des libraires, on ne trouve pas non plus ce roman dans les boîtes à livres, preuve que ses lecteurs soit gardent précieusement leur exemplaire chez eux, soit le font circuler entre connaisseurs. Mais alors qu’y trouve-t-on dans ces boîtes et que sélectionne donc les libraires sur leurs présentoirs de rentrée ?

Par exemple, Je vais, tu vas, ils vont, le roman de Jenny Erpenbeck, écrivaine allemande du moment, l’International Booker Prize 2024 pour son pavé Kairos sur l’Allemagne de l’Est qui vient tout juste de sortir en traduction chez Gallimard dans la collection « Du monde entier » et est recensé dans tous les cahiers livres de rentrée : (https://www.liberation.fr/culture/livres/jenny-erpenbeck-romanciere-allemande-raconter-avant-et-apres-la-chute-du-mur-20250919_NGAATE266NB3PJREGTAIAE3SG4/) et (https://www.telerama.fr/livre/kairos-de-jenny-erpenbeck-quand-l-amour-va-droit-dans-le-mur_cri-7040309.php)
En 2022, son précédent roman Gehen, ging, gegangen (Go, Went, Gone dans sa version anglaise) fut traduit immédiatement chez Fayard, fait assez rare pour une œuvre germanique. Comment l’expliquer ? Mais c’est qu’elle convient comme un gant à l’idéologie arc-en-ciel du moment, aux rentrées littéraires guimauves. Alors faut-il remettre vite tous ces pavés dans leurs rayons, se détourner des coups de coeur condescendants des libraires bien formatés et d’ailleurs – autocritique ! – pourquoi s’obstiner à vouloir commenter ici un tel navet en le mettant en parallèle avec le brillant et prophétique Camp des Saints de Jean Raspail dont le dernier numéro de Liv’arbitres, le numéro 50 invite à parcourir intelligemment toute l’œuvre de l’auteur ?

C’est que l’allemande Jenny Erpenbeck illustre à merveille la parenthèse littéraire faussement intellectuelle que nous vivons, l’abandon nationaliste, la collaboration lâche avec l’invasion du « débarquement » annoncé chez Raspail dans son roman de 1973, la politique laxiste des réfugiés de Merkel, l’indifférence collaborationniste à notre disparition ethnique déjà prévue pour les années 2050 – en Angleterre et en France, les autochtones, les « des souche » y seront minoritaires – et dont en Cassandre réaliste, Jean Raspail s’était de plus en plus ému dans tous ses entretiens avant de mourir.

Je vais, tu vas, ils vont, le roman allemand du renoncement européen commence le jour où son protagoniste, Richard, professeur de philologie classique à l’université Humboldt de Berlin et auteur du « concept du monde dans l’œuvre de Lucrèce » et de deux livres sur Sénèque se retire dans son jardin et débute sa retraite en observant les taupinières. Veuf et sans enfant, seul au monde (on ne comprend pas d’ailleurs pourquoi l’autrice n’a pas osé en faire carrément un homosexuel !), le vieux professeur érudit (ceci pour faire croire au lecteur qu’il est intelligent et lit un roman intellectuel !) va devoir meubler ses journées. Au début, il a des cartons à trier qu’il a ramenés du bureau de l’université, quelques rendez vous et des dîners à honorer, des invitations à des colloques à prévoir mais de moins en moins d’ailleurs. Alors « il ne peut pas s’arrêter de penser. La pensée est ce qu’elle est même si personne ne se soucie plus de ce qu’elle pense » ! À cet égard, il incarne l’un des stéréotypes de « le…, de « l’Allemand », à peu près de la même façon que le Français neurasthénique du Houellebecq dans Soumission incarnait le nouveau « type » du spleen hexagonal. Cet Allemand, cet e.…uropéen sait néanmoins une « petite » chose, à savoir qu’il est riche et privilégié c’est-à-dire « l’un des très peu nombreux dans ce monde qui soit en mesure de choisir leur réalité », convaincu par Hölderlin (ah les dégâts du romantisme allemand déjà dénoncés en leur époque par Pierre Lasserre, Carl Schmitt et Eugenio d’Ors !) que « la pensée du flux éternel et de la nature éphémère de toutes les constructions humaines » est réelle, persuadé ainsi du sentiment que tout ordre existant est vulnérable, qu’il ne saurait par conséquent y avoir d’éternité des choses et encore moins d’identité !

Dans un tel climat nihiliste et de délaissement, la question existentielle – et ce serait celle aujourd’hui de toute notre jeunesse ! – devient forcément limitée : quelle action vaut-elle vraiment le coup ? Rien qu’attendre et laisser faire. Jenny Erpenbeck suggère calmement – mais c’est tellement évident, n’est-ce pas ? – que son protagoniste est de fait un peu migrant puisqu’il avait été comme elle un Berlinois de l’Est, qui « en 1990, s’est soudain retrouvé citoyen d’un autre pays ». Dissolution de l’ethos national : « Maintenant que le Mur est parti, il ne sait plus où il en est ». Qu’être en effet, comment exister lorsqu’on a aboli les frontières ?

Dès le premier chapitre, le narrateur s’identifie à une image récurrente qui va se reproduire tout au long des pages et prétend nous hanter : à l’extérieur de sa maison, un lac, et au fond, un homme noyé dont le corps n’a pas encore été retrouvé… « Ils ont vu l’homme agiter le bras et ont pensé que c’était une blague », ce qui incite le narrateur en adepte de la déconstruction deleuzienne à se demander « ce qui sépare une surface de ce qui se trouve en dessous d’elle » ! Au fur et à mesure que le livre ainsi progresse, cette image devient évidemment la métaphore si facile de la Méditerranée et des migrants arrivant en nombre de diverses régions d’Afrique et Richard, le personnage principal semble étonné que les voisins qui l’entourent continuent leur vie comme si de rien n’était, indifférents à l’homme noyé – et à tous ces autres, ces « other » qui agitent leurs bras devant les rives européennes.

Ici, le schéma du Camp des Saints est inversé : l’invasion n’est plus physique mais psychologique, l’invasion en soi ne terrorise plus mais traumatise l’« hospitalité ». En versant dans un freudisme de bas étage, le narrateur rappelle au lecteur qu’« ils n’ont pas encore trouvé l’homme au fond du lac » car lui, comme lettré et philosophe « ne peut évidemment éviter de voir le lac quand il s’assoit à son bureau ». Si « peu importe que ce soit un poisson qui se décompose sous la surface du lac ou un être humain », le narrateur est obsédé par la valeur du noyé anonyme et singulier qui crie et que le monde absorbe tout simplement dans l’indifférence. Il a perdu tout sentiment patriotique et ne jure que par l’altruisme du secours d’urgence des individus, l’idolâtrie de l’accueil (http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2025/09/21/l-eglise-le-chagrin-la-pitie-et-des-tonnes-de-larmes.html)

Alors lorsque Richard traverse l’Alexanderplatz en passant devant un petit rassemblement de migrants en grève de la faim, il se retourne et découvre avec étonnement et effroi leur pancarte « un grand carton peint en blanc où l’on peut lire en lettres noires : We become visible. Dessous, quelqu’un a inscrit la traduction en plus petit, au feutre vert : Wir werden sichtbar. Nous devenons visibles ». On peut trouver cela ironique de l’avoir rédigé en anglais et non pas en allemand mais les Berlinois tout autour d’eux ne courent-ils pas au Fitness Center ? L’image d’Ulysse se faisant appeler « personne » revient alors à l’esprit du personnage quand les sans-papiers refusent de décliner leur identité à la police et aux autorités. Bon gré mal gré, Richard se rend compte qu’il ne peut rester éloigné, distant des immigrés et en conversant avec eux, découvre que nous sommes finalement tous des migrants existentiels semblables à ceux dont parle saint Augustin et comme avant lui et après lui toute la philosophie occidentale jusqu’à l’apothéose de l’escroc intellectuel Derrida ! Il transpose alors leurs récits de vie sur la place en paroles de personnages des mythologies européennes – Hermès, Apollon, Tristan –, et prétendant ainsi les rencontrer par métaphores, il commence à considérer autrement ces individus aléatoires jetés sur le Rhin depuis l’Afrique, prenant conscience que l’Afrique est composée de cinquante-quatre pays, devenant capable de situer sur la carte le Burkina Faso, de savoir que la capitale du Nigéria est Abuja et que le pays atteindra 440 millions d’habitants en 2050 ! Tant de révélations intellectuelles, pour que petit à petit sur l’Alexanderplatz, les visages des migrants se particularisent. Puis Richard jette un rapide coup d’œil sur les autres Berlinois militants assis en soutien des « Africains » dans une solidarité maladroite : « les sympathisants sont jeunes et pâles, ils se teignent les cheveux au henné, refusent de croire que le monde est un endroit idyllique et veulent que tout change ; c’est pourquoi ils mettent des anneaux dans leurs lèvres, leurs oreilles et leur nez. Les réfugiés, d’autre part, essaient de se faire admettre dans ce monde, essaient de gagner l’admission à ce monde qui leur semble idyllique ». Roman didactique, les lecteurs apprennent avec le personnage l’histoire des différentes migrations, leurs causes, leurs itinéraires, la complexité juridique de Dublin II et des lois italiennes sur le travail, les formalités labyrinthiques du droit d’asile européen, les raisons diverses qui ont conduit les migrants à quitter leur pays d’origine, la route qu’ils ont prise et le contenu des diverses lois nationales qui ralentissent leur assimilation. Las, le narrateur prévoit d’acheter une tondeuse à gazon, robot de luxe pour 3000 euros, puis se ravise : il acquerra plutôt un terrain pour héberger des Africains puisque c’est A Time to Make Friends. À la fin du roman, Richard fait enregistrer officiellement sa maison comme refuge et l’ouvre à douze Africains : Rufu, Abdusalam, Yaya, Moussa, Khalil, Mohamed, Ithemba, Apollo, Karon, Zair, Awad et Zani. Cherchant in fine l’équilibre que Sénèque a prêché, il trouve maintenant que « le lac restera toujours le lac dans lequel quelqu’un est mort, mais il demeurera néanmoins pour lui toujours très beau », tout comme Berlin devenue métissée…
Go, Went, Gone !… Je vais, tu vas, ils vont !…

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la réalité de l’immigration en Allemagne, nous renvoyons à : http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2025/09/02/dix-ans-depuis-que-merkel-a-tonitrue-nous-y-arriverons-les-sept-plus-grands.html
Reste à savoir avec tant d’épanchement et de convivialité généreuse et un roman à thèse si sirupeux – « désenchantement de la littérature » nous dirait Richard Millet – si Raspail avait raison dans son affirmation que l’immigration est un « problème absolument insoluble par nos normes morales actuelles » ou reprenons un peu plus de constance dans la parenthèse délétère que nous vivons et posons non pas sur la table de chevet, non pas dans la bibliothèque, non pas dans la boîte aux livres du quartier mais dans la poche du treillis à côté de la boîte de cartouches un autre titre beaucoup plus fédérateur, le Faire légion de Rodolphe Cart.

Tout à l’opposé de la dégénérescence de la pitié, de l’évocation romantique d’un passé idéal qui n’a jamais existé, d’une condescendance absente de tout jugement géopolitique, posons avec lui un projet supérieur de résistance et d’action en somme lisons Faire légion, poing fermé en digne héritier de Raspail car Rodolphe Cart au physique savoyard taillé dans le roc n’oppose pas seulement à la consommation sans frein, aux modes factices, à tout ce qui conditionne nos consciences pour les rendre banales, interchangeables, et constamment « hyper-connectées », les valeurs éternelles de Raspail celles qui ne mentent pas, simples, humaines, vraies, profondes, irremplaçables mais les active.

Face à l’urgence de l’engloutissement actuel de l’homme blanc, Faire légion reprend pour la conforter la résistance par isolats puisqu’il ne s’agit plus de réfléchir indéfiniment dans un roman à thèse sur notre liberté perdue mais de la reconquérir, refuser de renoncer à exister, un véritable appel à changer non la vie mais de vie, à non seulement agir mais à lutter, résister et nous rajouterons pour notre part en bon avironeur à ramer, non assis sur le banc de nage, mais à genoux, dans la position de la « prière de combat » ou du « combat en prière » pour offrir ce coup de talon vigoureux qui fait rebondir les noyés vers la surface alors que s’agitent sur la rive marécageuse les secours aux frontières sous le drapeau bleu, blanc, vert des peuples oubliés du prochain royaume, futurs peuples perdus, peuples témoins d’anciennes tribus devenues minoritaires mais qui ne capituleront pas dans leur noble attitude, ne capitulerons jamais par fidélité à leurs amitiés premières et à leurs camaraderies clandestines, ne seront jamais des hommes réformés mais au contraire déployant leurs vieux étendards de peuples méprisés chargeront avec panache contre toute politique électoraliste des demi-mesures forts d’une aristocratie éthique qui quoiqu’on prédise survivra au désastre.

En savoir plus sur METAINFOS.COM
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
