GAZA OU LA GÉOPOLITIQUE DE L’IMPUNITÉ

Par Michel LHOMME

Avec la famine organisée à Gaza, la destruction programmée et sans pitié en cours et d’ailleurs sans images de Gaza ville, c’est toute la promesse d’un système international qui puisse garantir les droits, la protection et la justice qui s’effondre sous nos yeux mais dans l’indifférence intellectuelle et philosophique générale.

Où sont donc passés nos humanistes professionnels, les Ferry, les Finkielkraut, la vieille garde pleurnicheuse des droits de l’homme ? Gaza ne connaîtrait donc pas de catastrophe humanitaire ?

HEBRON, WEST BANK – JUNE 25: Palestinians gather to inspect their burnt and destroyed houses after Israeli settlers set fire to Palestinian residential area in Susya village of Hebron, West Bank on June 25, 2025. As a result of the fire, some properties of Palestinians have become unusable.

Un projet politique d’élimination est en cours, à l’ombre des projecteurs des journalistes interdits sur le territoire ou assassinés par le gouvernement criminel de Benyamin Netanyahu. Les chiffres des morts, des blessés et des déplacés, bien que choquants, ne suffisent pas à décrire la situation. Ce qui se joue n’est pas seulement de la violence, mais une logique de dépossession durable qui n’a pas débuté en octobre 2023 et qui ne s’arrête plus d’ailleurs aux frontières de la bande de Gaza.

Le discours international dominant a tenté de présenter la guerre de Gaza comme un tournant, mais plus qu’un avant et un après, ce qui est révélé, c’est la consolidation d’un régime génocidaire soutenu par la fragmentation du peuple palestinien, l’impunité légale de son occupant et une architecture internationale qui, lorsqu’elle ne le protège pas, le tolère.

La même violence, devenue indéniable à Gaza, imprègne la Cisjordanie, s’intensifie contre les Palestiniens de 1948, déborde dans la diaspora et se réactive partout où le discours hégémonique vacille : universités, parlements, syndicats et médias. L’exceptionnalisme du génocide palestinien ne réside pas seulement dans son histoire, celle du sionisme depuis ses origines mais aussi dans le silence qu’il parvient encore à imposer.

Face à cela, les réponses d’une grande partie du Nord ont oscillé entre indifférence active et complicité ouverte. L’Europe et les États-Unis ont encore érodé leur légitimité en tant que référents normatifs en appliquant cyniquement une légalité sélective.

Pendant ce temps, dans les pays du  Sud global, une autre position commence à émerger : elle ne repose pas sur des calculs géostratégiques immédiats, mais plutôt sur une identification historique à la mémoire coloniale et aux inégalités structurelles. L’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, l’Amérique latine qui retire ses ambassadeurs, les groupes africains, asiatiques et caribéens qui réactivent leurs réseaux de solidarité : le débat sur le sens de la justice internationale est ouvert, et la Palestine s’y retrouve au cœur. C’est ainsi aussi par la morale que l’Empire, les Etats-Unis et ses alliés européens perdent peu à peu et de manière définitive leur hégémonie.

Par sa réaction excessive et inhumaine, non seulement contre le Hamas, mais aussi contre les habitants de Gaza et de Cisjordanie, et par d’autres opérations (Iran, Hezbollah), Israël a peut-être gagné du temps et du terrain, affaibli ses adversaires les plus proche mais gagnera-t-il vraiment en sécurité ? Cela reste à voir, car il a perdu la stature morale qui le soutenait autrefois. Bien que l’idée sioniste lui soit antérieure, la création de l’État d’Israël était une réponse au génocide nazi (malheureusement pour les Palestiniens, qui n’y étaient pour rien). Au-delà des considérations juridiques, avec la guerre de Netanyahou, Israël est devenu une force génocidaire, un promoteur du nettoyage ethnique et un violateur de divers droits et normes internationales. Il s’est placé dans le camp des bourreaux. Son avenir n’est pas assuré, malgré la recherche par ses dirigeants actuels d’une solution définitive, qui ne sera jamais trouvée.

En effet, bien que les guerres modifient les réalités, elles pèsent lourd et reviennent sans cesse, parfois sous des formes inédites et monstrueuses. Netanyahou n’effacera pas Gaza. Penser qu’Israël puisse vivre dans une paix certaine est illusoire car pour y parvenir, il ne suffit pas de gagner du temps ou du territoire, il demeure essentiel de retrouver la stature morale perdue mais cela ne concerne pas seulement Jérusalem mais aussi, nous, ces Européens qui, comme l’a dit Josep Borrell, « avons perdu notre âme à Gaza ».

https://www.france-irak-actualite.com/2025/09/gaza-villa-de-l-apocalypse-le-feu-le-glaive-la-decheance-de-l-occident.html

Des frappes israéliennes touchent la tour Mushtaha, le 5 septembre 2025 à GAZA


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Un commentaire

  1. Bernard Plouvier

    Court, concis, mais admirable ! Bravo Michel.

    Il est inutile d’imaginer ce qui se passerait dans les media et les déclarations officielles des « démocraties occidentales » si les faits étaient inversés : on l’a vu et entendu lorsque des fous furieux (officiellement chiites, sans qu’on sache qui manipulait ces assassins pervers) ont tué une centaine de Juifs d’Israël désarmés et emmené en otages à Gaza quelques centaines d’otages. Ce ne furent que pleurs et gémissements, hurlements et déchaînement de fureur vengeresse dans tout le monde où la presse juive est omnipotente (Amérique du Nord, « Europe des Économies Unies », Australie et Nouvelle-Zélande).

    Or il fallait véritablement être un abruti complet pour concevoir et préparer la logistique de cette attaque en zone contrôlée par Tsahal, puis amener les otages juste au Sud-Ouest d’Israël, soit pour narguer le pire des politiciens juifs corrompus et débauchés et le plus féroce, soit pour détruire le très fragile État palestinien.

    En plus du silence de plus d’une année des « autorités occidentales » (archi-pourries et vautrées devant le taureau d’or judéo-US) face au génocide (ou démocide, ou populicide, au choix de chacun) des mahométans et des chrétiens de Gaza, se pose la question non-résolue de savoir quel fut le troupeau d’andouilles criminelles qui a perpétré le crime initial, qui était le prétexte rêvé pour Netanyaou !

    Le Premier ministre israélien, fort compromis dans des scandales de fric et de fesses, eut ainsi l’occasion de prouver aux Juifs de la planète qu’il était leur Josué-Gédéon-David moderne et de repousser les poursuites judiciaires à son encontre.

    Ou bien les activistes mahométans sont réellement des débiles mentaux en plus d’être de lâches assassins de sujets désarmés, ou bien ces débiles ont été admirablement manipulés… dans la grande tradition des crimes sous faux pavillon.

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