L’ACCÉLÉRATION DE L’HISTOIRE

par Alexandre DOUGUINE

Vladimir Poutine et Xi Jinping échangent un sourire amical lors d'une rencontre.

Donald Trump contribue à la formation d’un monde multipolaire, même contre sa volonté (ndt: Carl Schmitt aurait dit: « Ein Beschleuniger wider Wille », soit « un accélérateur involontaire »). Après son arrivée au pouvoir, il aurait pu accepter cette nouvelle réalité et tenter de reconquérir une position dominante pour les États-Unis dans un système multipolaire. Au lieu de cela, Trump a choisi la voie de l’agression, et ses actions — ses attaques contre la Chine, ses lourdes taxes imposées à l’Inde, sa pression sur le Brésil et ses menaces contre les pays BRICS, ainsi que la poursuite de l’agression américaine contre la Russie en Ukraine — accélèrent immanquablement la création d’un monde multipolaire. Trump ne fait pas cela volontairement, mais par contrainte. En tentant de faire échouer la multipolarité et de préserver l’hégémonie américaine, il précipite en réalité la chute de celle-ci.

L’importance de ce glissement ne réside pas seulement dans la rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, qui symbolise à elle seule l’unité de deux grands Etats-civilisations et de deux puissances nucléaires, mais aussi dans la présence, lors du sommet de l’OCS, du Premier ministre indien Narendra Modi, que Trump a profondément froissé par son comportement. À Pékin, lors du sommet de l’OCS, arrivent en fait trois pôles majeurs du monde multipolaire: la Chine, la Russie et l’Inde.

Vladimir Poutine, Narendra Modi et Xi Jinping se rencontrent lors d'un sommet, discutant de questions de coopération internationale.

Le destin de l’humanité dépend de la capacité de ces trois pôles à parvenir à une compréhension mutuelle dans ces nouvelles conditions historiques, et non pas de ce que dit ou fait Trump. Sa mission est déjà accomplie : il a poussé la Russie dans les bras de la Chine, et maintenant il y a aussi jeté son propre partenaire récent — l’Inde.

Trois dirigeants, Vladimir Poutine, Narendra Modi et Xi Jinping, discutent lors d'un sommet, symbolisant des relations diplomatiques entre Russie, Inde et Chine.

Aujourd’hui, ces trois grandes civilisations-États s’unissent. Leur potentiel combiné — économique, démographique, politique, géopolitique, en ressources et en puissance nucléaire — dépasse celui du monde occidental. Voilà la véritable multipolarité, inattendue, mais qui est désormais la réalité.

L’Occident, qui aspirait à un monde unipolaire avec son OTAN, sa pitoyable Union européenne et son Israël idiot qui tente d’affirmer sa grandeur en Occident, se trouve face à une contrepoids eurasien d’une dimension exceptionnelle. Et personne n’y résistera. À ce nouvel ordre multipolaire, incarné par la Russie, la Chine et l’Inde, se joindra aussi le monde islamique — et en premier lieu, les chiites d’Iran. Ceux qui hésiteront perdront peu à peu toute pertinence, même au niveau régional. Trump voulait y faire obstacle, mais il y a finalement contribué lui-même à promouvoir ce nouvel état de choses.

Leaders seated in a formal setting, appearing engaged in discussion or contemplation.

La prochaine visite de Vladimir Poutine en Chine, pour le sommet de l’OCS, n’est pas seulement une nouvelle rencontre avec Xi Jinping et Narendra Modi. La situation a changé. L’Occident n’a pas voulu accepter la multipolarité, ce qui signifie que la multipolarité, désormais, « houspille » l’Occident et le forcera à occuper sa place dans cette hiérarchie, qui ne sera plus en premier plan.

Trump a commencé avec le slogan « Rendons l’Amérique grande à nouveau », promettant la grandeur aux autres pays aussi : les rendre eux aussi « à nouveau grands ». Mais il n’a pas tenu cette mission, et il a sombré dans une politique sale et basse, celle des néocons. En essayant de préserver l’hégémonie, il l’a en fait terminée, et nous a transmis l’initiative.

Un homme en costume bleu et cravate rouge, pointant du doigt, se tient sur un terrain gazonné.

Lors du sommet, se retrouvent de véritables grandes puissances — Russie, Chine et Inde. Et ce sont elles qui décideront du destin de l’humanité. Que cela vous plaise ou non, l’avenir appartient à Xi Jinping, Modi, et Poutine. Ensemble, nous définirons la prochaine ère de l’humanité. Nous implantons dans ce monde multipolaire nos propres visions. C’est là toute la signification unique de cette rencontre au sommet de l’OCS.

Source : http://euro-synergies.hautetfort.com/


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Un commentaire

  1. Bernard Plouvier
    Énième vaticination de Mr Douguine (sans la ritournelle, habituelle chez lui, consacrée à la religion orthodoxe), sur la fin de l’Occident centré sur l’Atlantique.

    Or, il était évident – déjà bien avant le putsch judéo-ukrainien de 2014 à Kiev – que les USA et leur tantôt patron tantôt satellite israélien perdraient l’hégémonie (et perdraient aussi la face) devant la coalition disparate et probablement transitoire d’orthodoxes russes, de mahométans de tous poils, d’hindouistes assurés du caractère cyclique de l’histoire – contrairement aux précédents qui en ont une conception linéaire -, de Chinois sceptiques, stoïciens et délicieusement racistes, de Mongols nostalgiques de leur passé. Et nul ne parle trop des ex-Dragons d’Asie (Japon, Corée du Sud, Singapour), qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre.

    Toute coalition est chose fragile, surtout lorsqu’elle est aussi disparate aux plans racial et religieux que le Groupe de Shangaï ou les Brics : l’intérêt et un ennemi commun paraissent suffisants sur le court terme pour s’associer, mais l’histoire a démontré que ce type de convergence (du style « Entente cordiale », le plus grand piège à crétins de l’histoire de France) est à la fois une source de guerre(s) et casse en moins d’un demi-siècle.

    L’histoire n’est nullement « terminée » comme l’écrivaient les fumistes des universités nord-américaines, il y a une trentaine d’années. L’histoire se renouvelle de façon irrégulière et totalement imprévisible : après tout, si en 1939-40, les Britanniques (qui traînaient les Français, désemparés depuis la retraite de Raymond Poincaré) avaient compris qu’Adolf Hitler ne visait qu’à détruire l’URSS bolchevique à l’horizon 1943-44, l’histoire mondiale aurait été toute différente.

    Wait and see… et on risque de rigoler en Europe marginalisée – c’est l’unique avantage de rester sur la touche ou sur les gradins, pendant que les « costauds » s’étripent

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