Par Michel LHOMME
Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan (l’ancien « machin » de l’incompétent Bayrou) alerte sur la baisse du niveau scolaire et le manque d’attractivité des enseignants dans deux notes conjointes qui dressent un bilan alarmant de l’état de l’éducation nationale en France. La première, rédigée par Mme Johanna Barasz, adjointe au directeur du département Société et Politiques sociales du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, a examiné la dégradation de l’attractivité du métier d’enseignant, tandis que la seconde, confiée à M. Pierre-Yves Cusset, chef de projet au Haut-commissariat analyse la baisse du niveau des élèves. Croisant les données quantitatives et qualitatives, nationales et internationales, ces travaux convergent vers un même constat : l’école républicaine est confrontée à deux déficits structurels majeurs, affectant à la fois la qualité de l’enseignement dispensé et la capacité du système à attirer et maintenir les professionnels qui en assurent la mission. Proposant une synthèse inédite des résultats des grandes enquêtes internationales standardisées (PISA, TIMSS, PIRLS) et des dispositifs nationaux (CEDRE, LEC), offrant une vision cohérente de l’évolution des compétences des élèves français sur plusieurs décennies, la seconde note démontre une chute significative des acquis en mathématiques, en particulier à l’école primaire. Ainsi, entre les élèves nés au milieu des années 1970 et ceux des années 2000, le niveau en calcul a chuté de plus d’un écart-type, soit une baisse comparable aux gains obtenus dans les expérimentations de dédoublement de classes. Les données issues de l’enquête TIMSS 2023 confirment que les élèves français de CM1 affichent un retard de 41 points par rapport à la moyenne internationale en mathématiques, et présentent également un retard en sciences. Ces retards persistent, bien que moins marqués, au collège.
Le recul est d’autant plus préoccupant qu’il concerne l’ensemble du spectre scolaire. La baisse des performances ne se limite pas aux élèves les plus en difficulté, ni à ceux issus des milieux défavorisés : elle touche également les meilleurs élèves, les filles comme les garçons, les enfants de cadres comme ceux d’ouvriers. Les comparaisons internationales montrent que la France se situe parmi les derniers pays de l’OCDE pour les acquis en mathématiques et en sciences au primaire. En lecture, les résultats PIRLS de 2021 confirment également une performance inférieure à la moyenne européenne.
Le diagnostic est donc global : il s’agit d’un affaiblissement transversal des fondamentaux scolaires, qui compromet à terme l’efficacité du système éducatif dans son ensemble. Malgré cette tendance, la note précise que le niveau des adultes français, mesuré notamment via les tests PIAAC, reste stable, y compris chez les 16-24 ans. Toutefois, cette stabilité relative ne saurait être rassurante, dès lors qu’elle s’accompagne d’un allongement du temps nécessaire pour atteindre un niveau donné de compétences. En d’autres termes, la productivité du système scolaire diminue. Le phénomène, documenté par le Conseil d’analyse économique, se traduit par un coût social et économique accru : plus d’années de scolarité pour des résultats équivalents, sinon moindres.
Une crise structurelle d’attractivité du métier d’enseignant

La première note met quant à elle en évidence une autre dynamique structurelle défavorable : la chute continue du nombre de candidats aux concours d’enseignement, conjuguée à une augmentation inédite des démissions. Alors que 3200 postes restaient vacants à la rentrée 2024, la proportion de candidats par poste, indicateur clé de la sélectivité des concours, est en chute libre. En 2024, seules deux académies dépassaient le seuil de quatre candidats par poste dans le premier degré ; certaines comme Créteil ou Versailles affichaient même un ratio inférieur à un. Dans le second degré, les concours de mathématiques et de lettres modernes sont particulièrement délaissés. Cette crise ne s’explique plus par les seules variations démographiques ou des effets conjoncturels, mais par une perte d’attractivité durable des carrières enseignantes.
Les départs volontaires, longtemps marginaux, augmentent de façon régulière depuis 2013. En 2022, ils représentaient plus de 15 % des sorties de la profession, contre 2 % dix ans plus tôt. Les démissions concernent désormais majoritairement des enseignants en poste depuis plus de cinq ans. L’enquête qualitative conduite dans le cadre de la note identifie plusieurs facteurs explicatifs : sentiment de déclassement, déficit de reconnaissance, conditions de travail dégradées, formation initiale jugée inadaptée. Seuls 7 % des enseignants considèrent que leur métier est valorisé dans la société, un ratio quatre fois inférieur à la moyenne OCDE. La perte de sens ressentie est moins une remise en cause de la vocation que des conditions concrètes de son exercice.
Les viviers de recrutement sont également en contraction. La baisse des inscriptions en masters MEEF (-23 % entre 2016 et 2023) témoigne du désintérêt croissant pour les formations spécifiques au professorat. Les INSPE ne sont plus les seules voies d’accès, mais la diversification des profils,(salariés en reconversion, fonctionnaires d’autres ministères) ne suffit pas à compenser la désaffection globale. La montée en charge des contractuels, passés de 13 % à 18 % dans le public entre 2015 et 2022, apparaît comme un palliatif plus que comme une solution.
Une formation initiale en question

Les deux notes convergent sur un point : la formation initiale des enseignants constitue un levier essentiel mais insuffisamment exploité. En France, elle reste particulièrement courte et théorique comparée aux standards européens. Ce décalage contribue au sentiment de non-préparation ressentie par les jeunes enseignants, ainsi qu’à une difficulté persistante d’adaptation au métier. L’étude suggère que la structure actuelle du parcours de formation, avec un concours tardif, peu de stages professionnalisants et une responsabilité pédagogique assumée très tôt, accroît le décrochage précoce.
La réforme engagée par le ministère en mars 2025 (concours à Bac+3, formation professionnalisante sur deux ans, multiplication des stages) est saluée dans les deux notes comme un pas dans la bonne direction. Mais elle devra être accompagnée de mesures d’attractivité plus globales : revalorisation salariale, amélioration des conditions de travail, reconnaissance institutionnelle accrue, politique de logement, accompagnement des mobilités, etc. C’est par un ensemble cohérent de politiques publiques que la dynamique de désaffection pourra être inversée.
Articuler excellence pédagogique et reconnaissance professionnelle

Les deux diagnostics réalisés par le HCSP rappellent que les performances éducatives sont indissociables de la qualité du corps enseignant. Les pays affichant les meilleurs résultats scolaires sont ceux où les enseignants sont les mieux formés, les plus soutenus et les plus reconnus. En France, c’est le lien entre dégradation du niveau et déclassement du métier qui se confirme. Restaurer l’attractivité de la profession enseignante et renforcer les fondamentaux scolaires ne constituent donc pas deux chantiers parallèles, mais bien deux volets d’une même politique de refondation.
Le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan Clément BEAUNE, appelle ainsi à une mobilisation nationale pour une « excellence républicaine« . « Il n’y a pas une crise de la vocation, il y a une crise du métier », souligne-t-il. Si les enseignants restent massivement fidèles à leur engagement initial, c’est la structure même de leur environnement professionnel qui doit être repensée. La reconstitution des viviers, la valorisation symbolique et matérielle du métier, l’exigence de formation et de soutien sont autant de conditions pour permettre à l’école de jouer pleinement son rôle d’intégration, d’émancipation et de performance économique.
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Main basse sur l’Éducation nationale…
Les éditions du Cerf viennent de publier un essai de Joachim Le Floch-Imad intitulé Main basse sur l’Éducation nationale – Enquête sur un suicide assisté. Diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne, Joachim Le Floch-Imad, enseignant et essayiste, est déjà l’auteur de Tolstoï, une vie philosophique (Cerf, 2025).

Dos de couverture :
« Chute du niveau, mépris de la transmission, explosion des violences, entrisme militant, crise des vocations. Où va l’école ? Les réformes se succèdent. L’effondrement se poursuit. Comment l’expliquer ? Quelle est la responsabilité de l’État profond ? L’Éducation nationale peut-elle encore être réformée ? Et à quelle fin ? Voici l’autopsie d’un chaos annoncé. Voici comment sauver notre école. La « crise de l’école » est d’abord et avant tout une crise du politique, affirme Joachim Le Floch-Imad. Dépourvus de vision, de courage et de sens du temps long, les ministres de l’Éducation nationale abdiquent aussitôt nommés, lorsqu’ils n’aggravent pas la situation. Pendant ce temps, un État dans l’État, mêlant bureaucrates installés, experts autoproclamés, syndicats, associations et lobbies, en profite pour prendre le pouvoir et imposer des choix éducatifs aux antipodes des besoins réels des élèves et des attentes des Français. Interrogeant enseignants et hauts fonctionnaires, scrutant réformes et contre-réformes, confrontant rapports et directives, Joachim Le Floch-Imad dévoile l’envers du décor et décrypte les mécanismes de la ruine. Comment enrayer et renverser cette catastrophe nationale ? Une enquête détonante. Un livre de vérité. «
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