ISRAËL / IRAN, LA GUERRE DES 12 JOURS

Par Yves MONTENAY

La bataille a été brève, Israël a gagné mais la guerre n’est pas finie. Presque tous les problèmes demeurent. Une fois de plus les opérations militaires ont spectaculairement prouvé la supériorité d’Israël sur l’Iran, avec toutefois l’appui de quelques grosses bombes américaines… Mais qui va gagner la guerre ? On ne le sait pas aujourd’hui car tant Israël que l’Iran ont leurs faiblesses. Commençons par un rappel historique, alors qu’Israël et l’Iran étaient encore des pays amis…

Homme parlant dans un microphone avec des drapeaux d'Israël et d'Iran en arrière-plan, représentant le conflit entre les deux pays.

Depuis la création d’Israël en 1948, l’Iran, monarchie pro-occidentale, avait établi des relations discrètes mais cordiales avec l’État hébreu. Les deux pays collaboraient notamment dans le domaine énergétique et militaire. Le régime du Shah était moderniste, un peu comme  celui d’Atatürk ou de Bourguiba. Le pays se développait du fait de l’action du souverain et d’une bourgeoisie occidentalisée et francophone.

Portrait du Shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, vêtu d'un uniforme militaire blanc orné de médailles, assis sur une chaise ornée, avec un fond bleu.

Mais cette dernière ne supportait pas l’autoritarisme du souverain et sa police politique. Son action en Occident a peu à peu fait perdre ses soutiens politiques au Shah, et le président Giscard d’Estaing a même hébergé en France son principal opposant, l’ayatollah Khomeini (photo ci-dessous). Les Occidentaux ont fait pression sur l’Iran pour que ce dernier puisse revenir au pays. Le Shah part en exil.

Une réunion historique en noir et blanc, montrant un groupe de personnes assises en cercle, écoutant un homme en habit traditionnel devant un arbre.

Les premiers gouvernements après la chute de la monarchie ont été confiés à la bourgeoisie francophone (et notamment à un centralien), mais très vite la Révolution est devenue islamiste. Un nouveau régime dictatorial plus sanglant que celui du Shah se met en place, éliminant ou imposant le silence à une élite très occidentalisée et largement francophone. Rétrospectivement, le refuge que l’ayatollah Khomeiny a trouvé dans la France de Giscard, avant la révolution islamique, apparaît incompréhensible !

A person holding a portrait of Hassan Nasrallah with a red rose in front of palm trees during a demonstration.

En 1979, l’Iran rompt ses relations avec Israël, qualifié désormais de « tumeur cancéreuse » à éradiquer, par solidarité avec les Palestiniens. C’est le début du soutien de l’Iran aux groupes armés comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas à Gaza. C’est aussi celui d’une prise de pouvoir des milices chiites en Irak (pays à légère majorité chiite) et par Bachar el-Assad en Syrie, représentant la minorité alaouite, chiite, mais avec seulement 8 à 10 % de la population. Israël réussit à signer la paix avec ses voisins égyptiens et jordaniens et, plus tard, signera les accords d’Abraham avec l’Arabie et les Emirats. Israël a même tout récemment signé un important contrat gazier avec l’Égypte.

Depuis 2023, les piliers régionaux du régime iranien se sont affaiblis :

– En Palestine, le Hamas, après sa guerre contre Israël depuis octobre 2023, est militairement exsangue.
– Au Liban, le Hezbollah libanais a perdu son chef et de nombreux cadres dans des frappes ciblées.
– La Syrie a changé de camp après la chute du régime de Bachar el-Assad pour rejoindre les puissances sunnites que sont la Turquie et l’Arabie.
– L’Irak est agité par une contestation populaire contre les milices chiites inféodées à Téhéran.

À l’intérieur, la pression sociale et économique mine le régime des mollahs. Les sanctions occidentales, le boycott commercial, les coupures d’électricité et la répression religieuse étouffent la population, dont une partie commence à réclamer ouvertement un changement de régime. L’histoire démontre néanmoins que tout changement de régime nécessite la neutralité ou le ralliement partiel des forces armées à la population. Ce n’est pas le cas pour l’instant : il n’y a pas que l’armée, il y a aussi « les gardiens de la révolution » non seulement puissante force militaire et policière, mais aussi force économique par le contrôle des frontières et la corruption massive qui en découle.

Des manifestants portent des drapeaux iraniens tout en tenant des images de Donald Trump lors d'une manifestation en Iran.

Le 28 juin, l’Iran finit par accepter un cessez-le-feu sans conditions, sous la pression des Etats-Unis et de sa propre population. Israël annonce la réussite de ses objectifs militaires. La bataille a été brève, mais la guerre n’est pas finie car les mêmes problèmes demeurent.

Des membres des Houthistes au Yémen levant le poing en signe de défi, armés de fusils, lors d'un rassemblement.

Un des alliés de l’Iran, le Yémen des Houtis (chiites) continue le combat (photo ci-dessus), non seulement sur le front face aux Emirats et à l’Arabie, mais aussi en envoyant des missiles sur l’Arabie et les bateaux commerciaux transitant par la mer Rouge. L’approvisionnement de l’Occident doit donc faire le tour de l’Afrique, ce qui le renchérit et prive l’Égypte d’une grande partie des recettes du canal de Suez, mettant en péril ce pays déjà très appauvri.

Des manifestations éclatent à Ispahan, Chiraz et Téhéran. Les slogans visent non pas Israël, mais le régime iranien. L’armée régulière hésite à intervenir contre les civils, tandis que les pasdarans (gardiens de la révolution islamique) les répriment violemment.

La défaite militaire et la perte de crédibilité du régime accélèrent la désaffection populaire. Un scénario à la 1989 (chute du bloc soviétique) devient envisageable. Mais l’issue reste incertaine : le régime peut s’effondrer… ou se radicaliser davantage. Il faudrait que tout ou partie des militaires rejoigne les insurgés. Comme en Égypte (prise de pouvoir par Nasser), en Irak (prise de pouvoir par Saddam Hussein), en Syrie (l’armée à prédominance alaouite a porté Hafez el Assad, père de Bachar, au pouvoir et le basculement récent vient d’une armée islamiste appuyée par l’Arabie et la Turquie). Et on peut remonter aux exemples de l’armée rouge de Mao et à l’exécution d’officiers de l’armée impériale par les communistes dans la Russie de 1917.

Une réunion du gouvernement israélien avec des membres du cabinet, mettant en avant un homme aux cheveux gris et en costume, regardant fixement l'objectif.

En Israël, le gouvernement sort renforcé à court terme. Mais les divisions internes persistent. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou est accusé de perpétuer la guerre pour raisons personnelles :  garder son immunité face au procès de corruption en cours et se maintenir au pouvoir sans être validé par de nouvelles élections. Cela le soumet au chantage de l’extrême droite israélienne, dont l’objectif est la disparition des Palestiniens. Elle menace à tout moment de se retirer de la coalition, ce qui déclencherait des élections. A cela, il faut ajouter les tensions entre ultra-orthodoxes et laïques, et la question palestinienne, toujours sans solution. Bref la guerre des 12 jours se termine par une victoire tactique, mais qui ne résout rien. Et tant qu’il n’y aura pas de paix, Israël sera de moins en moins un refuge pour les Juifs du monde entier.

L’émigration d’israéliens vers les États-Unis va continuer et peut-être s’accélérer, diminuant la population d’âge adulte qui est nécessaire à l’armée, qui voit démissionner de plus en plus de réservistes pour des raisons économiques. Et l’immigration juive vers Israël est ralentie par la guerre avec l’Iran ainsi qu’avec les Palestiniens : il est difficile d’expliquer à un juif français ou britannique qu’il sera plus en sécurité en Israël que dans son pays actuel ! Or n’oublions pas que, face à 8 millions d’israéliens, il y a 8 millions de Palestiniens, 90 millions d’iraniens et près de 300 millions d’Arabes. Et Israël a toujours été très attentif à maintenir un équilibre démographique en essayant de faire venir les Juifs du monde entier. A mon avis, il n’y aura de véritable changement au Proche Orient que s’il y a un triple changement de régime : en Iran, en Israël mais aussi en Palestine. L’autorité palestinienne est aujourd’hui très faible et le Hamas a mené Gaza à la ruine.

Un homme, parlant à un microphone, pointe son doigt en l'air, avec des débris en arrière-plan, dans un cadre qui semble être une zone de destruction.

Sur le plan international, les équilibres des alliances changent :

  • L’Arabie saoudite et les Émirats resserrent leur coopération avec Israël.
  • La Turquie, face à un Iran affaibli, se pose plus que jamais en leader du monde musulman.
  • La Russie et la Chine, théoriquement alliés de l’Iran, ne bougent pas. La Russie a appris à fabriquer les drones qu’elle achetait à l’Iran, la Chine peut bénéficier du pétrole russe.

L’Europe reste en retrait, inquiète d’un nouvel afflux de réfugiés et de possibles ruptures d’approvisionnement énergétique. La France appelle à une conférence internationale sur la sécurité régionale, sans écho concret.

Illustration d'une conclusion générale avec des ampoules suspendues sur un fond sombre, mettant en avant le texte 'CONCLUSION GENERALE' en lettres blanches et dorées.

Le conflit israélo-iranien a franchi un seuil avec la guerre de juin 2025. Si Israël en sort militairement victorieux, la stabilité régionale reste fragile. La chute du régime iranien pourrait ouvrir une nouvelle ère, mais sa survie actuelle a déjà entraîné une répression accrue et une radicalisation. Enfin, la question palestinienne reste entière. Aucune des causes profondes du conflit n’a été résolue.

Source : yvesmontenay.fr

https://lediplomate.media/2025/06/grand-entretien-alain-chouet-ex-dgse-iran-israel-guerre-ombre/roland-lombardi/editos


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Un commentaire

  1. Bernard Plouvier
    Excellente présentation (as usual avec M. Montenay)
    mais – et c’est aussi la conclusion de cet article lumineux – on retire de cette affaire (où Trump s’est engagé de façon assez stupide, probablement pour des raisons de politicialle intérieure aux USA) l’impression que l’Iran a perdu non pas « une guerre », mais une simple bataille par inférorité d’artillerie aérienne et de SR (agit.-Prop.)
    Chacun sait la puissance du Mossad en Iran (comme d’ailleurs en Turquie)
    Or, la guerre des drones et des explosifs, comme la guerre secrète sont des jeux pas trop coûteux qui peuvent se jouer à plusieurs
    Les Israéliens auraient tort de croire que la victoire que leur a offert Trump est décisive : elle ne fait qu’aggraver leur position … face à 1,4 ou 1,5 milliard de mahométans, car on retire une autre impression – cette fois-ci tirée de l’observation des quarante dernières années : Sunnites et Chiites (et peut-être aussi Druzes et Ismaéliens) semblent être unis contre le Sionisme

Les commentaires sont fermés.