par Franck BULEUX
Le ministre de l’Intérieur est, en même temps, le président de LR (Les Républicains) depuis quelques mois. On peut penser qu’il pratique un exercice d’équilibriste… quitte à choir !
En effet, contrairement aux périodes de 86-88, 93-95 et 97-2002, nous ne sommes pas en période de cohabitation (avec un gouvernement qui s’oppose au président de la République) mais de « coalition », c’est-à-dire une forme de bicéphalisme du pouvoir totalement novateur sous la Ve République. En effet, le pouvoir est partagé entre des partis qui n’ont pas pratiqué l’union (même au second tour) lors des législatives.
Aussi, le gouvernement est formé d’une coalition entre le « bloc central » et LR, sachant que les partisans d’Emmanuel Macron sont excessivement divisés dans de multiples chapelles du centre, plutôt de centre droit ou de centre gauche, selon leur provenance… Aussi, nous avons Renaissance (le parti-officiel), le Mouvement démocrate (Modem) du Premier ministre Bayrou, Horizons (le parti de centre droit d’Édouard Philippe) mais aussi les Radicaux et l’UDI (Union des démocrates et des indépendants), ces deux derniers mouvements, certes plus modestes en matière de militants, détiennent un certain nombre de municipalités et quelques parlementaires.
Un peu plus à droite de ce « bloc » composite, il y a LR, qui semble se porter plutôt bien en matière électorale : gain de la commune de Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne face au député LFI Louis Boyard – même si la ville était dirigée déjà à droite- et de deux circonscriptions dans les Hauts-de-Seine et la Saône-et-Loire. Le bloc central n’est pas à plaindre non plus en matière d’élections partielles puisqu’ils ont gagné deux circonscriptions, une dans l’Isère face à LFI et l’autre dans les Ardennes face au RN.
Au-delà de ces partielles (et il faudra suivre les trois législatives à partir de la fin du mois de septembre), il y aura les municipales en mars 2026.

Et là, dans les moyennes et grandes villes, que va faire le parti de celui qui se présente pratiquement comme le « meilleur opposant » à Macron, c’est-à-dire le locataire de la place Beauvau ? Celui qui semble devenu le meilleur « à droite » depuis les déboires judiciaires de la leader du RN. Mais Retailleau va devoir prouver ce « leadership » tant convoité !
Car, de deux choses l’une, soit il favorise des listes estampillées LR face au « bloc central » et son parti se compte, soit comme en 2020 (dans la grande majorité des communes), LR s’allie aux partis du bloc central, qu’il s’agisse d’Horizons (dont la plupart des élus viennent d’ailleurs de LR), du Modem ou de Renaissance de l’ambitieux Gabriel Attal.
Si l’union des centres avec LR s’avère la règle générale (il y a toujours des exceptions sur le nombre de communes françaises), en quoi le rôle d’opposant de Retailleau sera-t-il crédible ?

L’ancien numéro 2 de Philippe de Villiers à Combat pour les valeurs (mouvement souverainiste de droite auquel succéda le Mouvement pour la France au milieu des années 1990) osera-t-il affronter les listes proches de Macron, quitte à diviser les voix du centre-droit, qui devront, le plus souvent, se battre aussi sur deux fronts, face à une ou deux listes de gauche (y compris les écologistes détenteurs d’un certain nombre de grandes villes comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy et Colombes) et une liste du Rassemblement national (RN) en association avec le parti de Ciotti, l’UDR.

Il apparaît peu probable, ne serait-ce que du point de vue électoral, que Retailleau provoque des listes LR marquées à droite, sans s’associer aux autres mouvements, dont les électorats sont, de surcroît, bien souvent identiques. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les résultats de LR et du bloc central dans l’ouest parisien. Le vote Macron a succédé au vote UMP (puis LR) et ce dernier semble en passe de reprendre la main au sein de cet électorat bourgeois. Le duel Michel Barnier versus Rachida Dati est, à cet égard, emblématique lors de la législative partielle à venir.

Bref, pour que Bruno Retailleau soit jugé crédible par l’électorat qui s’oppose à Macron, il va falloir qu’il prouve son « envie d’opposition » lors des municipales. Sinon, il sera considéré comme un supplétif du président et son parti comme le marchepied du système. Alors, Retailleau est-il un opposant réel dans cette « coalition » ou s’agit-il d’un faux-semblant qui essaiera de faire oublier ses accords municipaux pour passer, rapidement, à l’élection présidentielle.
La balle est dans le camp de Retailleau. Il sera une nouvelle fois scruté sur ses actes.

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Un article intéressant qui appelle cependant un point de vue un peu différent. L’auteur considère que LR est distinct du » bloc central » là où l’on pourrait aussi bien soutenir que LR fait partie du » bloc central « . Tout comme le RN d’ailleurs qui, s’il n’en fait pas encore entièrement partie, rêve secrêtement d’y être intégré. Ce qui amène à la conclusion qu’il existe désormais un » bloc central » et la gauche plus ou moins extrémiste. La dédiabolisation du FN, puis du RN a eu pour conséquence que la droite nationale n’a plus de représentation politique.