LE JOUR DE TRUMP EST ARRIVÉ

par Yves MONTENAY

Après plusieurs rebondissements cet été, le jour de Trump est finalement arrivé avec ses nouveaux « tarifs » pour les importations américaines : que va-t’il se passer maintenant ?

Le 7 août, les droits de douane de Trump entrent en application. Cette annonce a entraîné la panique depuis le 1er août : les chefs d’entreprise européens rivalisent d’alarmisme, la bourse baisse. Donald Trump y voit un moyen de protéger l’économie nationale, générer des revenus budgétaires et rééquilibrer la balance commerciale. Il espère notamment forcer les entreprises à installer des usines aux États-Unis et à y créer des emplois. Pourtant, l’analyse économique et l’histoire montrent que les effets réels peuvent être très différents. Pour cela, rappelons la théorie du libre-échange, revenons sur l’histoire du protectionnisme et analysons les conséquences probables des mesures récentes annoncées par Trump.

Un homme s'exprimant au micro avec des lunettes, vêtu d'un costume, à côté d'une image de Donald Trump avec une expression sérieuse. Texte sur l'image: 'LE JOUR DE TRUMP EST ARRIVÉ'.

Portrait de David Ricardo, économiste britannique du XIXe siècle, présenté avec le titre de son livre 'L'économiste capital'.

Au début du XIXe siècle, David Ricardo (1772-1823), économiste britannique, a démontré que le libre-échange permettait la spécialisation des producteurs, donc une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Ce qui permettait une baisse des prix pour les consommateurs et un accroissement général de la richesse. Le libre-échange favorise aussi la concurrence, l’innovation et la diffusion des technologies. Les économistes classiques et néoclassiques en sont donc partisans, arguant que les droits de douane élèvent les prix des produits importés, introduisent des distorsions dans les échanges et nuisent à l’efficacité économique. Malgré ces avantages, le libre-échange a toujours été menacé par la pression des industriels craignant la concurrence étrangère.

Nonobstant, les États-Unis eux-mêmes ont longtemps été un pays protectionniste.
Dès le XIXe siècle, ils ont protégé leurs industries naissantes, notamment avec le « Tariff of 1828 », surnommé «Tariff of Abominations » par ses détracteurs et destiné à casser la concurrence britannique et européenne.

Graphique illustrant les taux moyens de droits de douane aux États-Unis de 1821 à 2016, montrant les tendances des importations totales et des importations imposables.
Average tariff rates in the U.S. (1821–2016)

Ce protectionnisme américain s’est poursuivi au début du XXe siècle avec des lois comme le tarif Hawley-Smoot de 1930, qui a élevé les droits de douane américains sur plus de 20.000 produits. Or cette mesure a contribué à l’aggravation de la Grande Dépression en provoquant des représailles commerciales et en réduisant fortement le commerce mondial. Forts de cette expérience, les États-Unis sont ensuite redevenus libre-échangistes.

Deux hommes en costume se tenant debout à l'extérieur, l'un à gauche a une expression sérieuse et l'autre à droite a une posture plus formelle.
Rencontre de Willis C. Hawley et Reed Smoot peu après la signature du Smoot-Hawley Tariff Act.

En Europe

En Europe, le protectionnisme a aussi été largement pratiqué, notamment dans les périodes de crise. L’entre-deux-guerres a vu le retour massif des barrières douanières et la plupart des pays ont cherché à protéger leurs marchés intérieurs au détriment de leurs voisins.

Une affiche politique représentant une pieuvre avec un drapeau américain et des symboles de dollars, accompagnée du texte anti-colonial sur la France.

Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec la création du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) en 1947, puis de l’Organisation Mondiale du Commerce en 1995, que la logique du libre-échange a été progressivement réaffirmée à l’échelle mondiale. Mais Trump a quitté l’OMC… Que va-t-il se passer maintenant ?

Des droits de douanes de +10% à… +50% !

Infographie sur les tarifs douaniers entre l'Europe et les États-Unis, indiquant un tarif de 15 % sur les exportations de l'UE, 600 milliards de dollars d'investissements de l'UE aux États-Unis, et 750 milliards de dollars pour le gaz naturel liquéfié américain, avec un emphase sur le terme 'non-fédéral' en Europe.

Le 7 août, date à laquelle s’appliqueront les nouveaux droits de douane, ces derniers vont augmenter de 39 % pour la Suisse, 35 % pour le Canada, 25 % pour l‘Inde, 20 % pour Taïwan et le Vietnam, 15 % pour l’union européenne, 19 % pour l’Indonésie, 15 % pour la Corée du Sud… et « seulement » de 10 % pour le Royaume-Uni. Mais ils vont exploser à 50 % pour le Brésil, gros fournisseur de produits alimentaires, car ce pays a déplu au président américain en s’attaquant à  son « ami » Bolsonaro, l’ex-président du pays,dont les idées politiques et sociétales sont voisines des siennes. Souvenons-nous que, dès 2018, Donald Trump était revenu au protectionnisme, notamment à l’égard de la Chine. L’objectif était déjà de réindustrialiser les États-Unis et de rééquilibrer sa balance commerciale. Mais les fournisseurs étrangers ont souvent répercuté les droits de douane sur leurs prix, au détriment des consommateurs, tandis que la production nationale américaine n’a pas pu s’ajuster. Ce qui fait que les produits importés restent achetés malgré la hausse de leurs prix.

Ursula von der Leyen et Donald Trump se serrent la main lors d'une rencontre officielle, avec un vase de fleurs blanches en arrière-plan.

Les iPhones assemblés en Chine, bien que conçus aux États-Unis, ont un prix pour les consommateurs américains qui reflète le bas coût de la main-d’œuvre asiatique, 10 à 12 fois inférieurs à ceux de la main-d’œuvre américaine. De même, les terres rares, essentielles à l’électronique ou aux énergies renouvelables, sont majoritairement extraites et transformées en Chine. L’adaptation est théoriquement possible à long terme, mais, en attendant, cela revient à freiner la transition énergétique aux États-Unis. Et, à long terme, toutes sortes de nouveaux événements peuvent arriver et changer totalement la situation. Il en va de même pour de nombreux produits non substituables : certains produits tels que les fruits tropicaux, l’aluminium ou l’acier.

Des figurines miniatures de travailleurs sur des pièces de monnaie, avec un symbole de Bitcoin en arrière-plan.

Enfin et surtout, les pénuries de main-d’œuvre, tant qualifiée que non qualifiée, va rendre quasiment impossible toute augmentation de l’offre. En effet, le chômage est au plus bas aux États-Unis avec 400.000 offres d’emploi non satisfaites et ces pénuries de main d’œuvre sont aggravées par la chasse aux migrants et les 100.000 expulsions menées depuis six mois. Et ça ne va pas s’arranger avec la révocation par l’Administration Trump du statut légal de plus de 500 000 migrants, institué sous Joe Biden, qui autorisait les ressortissants de 4 pays – Venezuela, Cuba, Nicaragua et Haïti – à résider aux Etats-Unis en raison de la situation des droits humains dans ces Etats.

Immédiatement, il ne se passera pas grand-chose car pendant les discussions avec les États-Unis, les importateurs ont multiplié les stocks, ce qui explique que l’on constate une progression économique dans certains pays, dont la Chine. L’inflation ?  Dans les mois et années suivantes, il y aura d’abord une hausse de l’inflation. Cette inflation, si elle n’est pas compensée par une hausse équivalente des salaires, pèsera sur le pouvoir d’achat des ménages américains. Et si les pénuries de main-d’œuvre facilitent cette hausse de salaire, alors l’inflation s’accélérer

Trump aura beau exercer une forte pression sur le patron de la banque centrale américaine pour baisser les taux d’intérêt, il est probable que cette institution exercera sa mission en les augmentant pour combattre l’inflation. Dans quelques mois, Trump pourra – peut-être – nommer un président à sa botte qui baissera les taux… et fera redoubler l’inflation ! Le déficit commercial américain va-t-il vraiment diminuer ? Nous avons vu que les importations de biens, que ne peut produire l’Amérique, resteront stables en volume, mais que leur valeur augmentera en raison des nouveaux droits de douane. De même pour les biens qu’elle pourrait physiquement produire mais à des prix bien plus élevés, du fait du niveau des salaires américains.

Enfin, devant cette masse d’effets négatifs, je pense que de nouvelles négociations finiront par s’imposer. On l’a vu avec la Chine, les deux pays ont été contraints de trouver des compromis. On peut donc parier que les droits de douane imposés dans un premier temps finiront par être abaissés via des accords bilatéraux. Et beaucoup de productions du Canada et du Mexique voisins sont intimement liées au fonctionnement de l’économie américaine, ce qui a généré et générera encore des exceptions pour tel ou tel produit. Tout cela illustre l’instabilité qu’engendrent les politiques protectionnistes. Elles perturbent les chaînes de valeur mondiales, créent de l’incertitude pour les entreprises et ne produisent que rarement les effets escomptés. En résumé, le protectionnisme, devrait se heurter aux réalités de l’interdépendance mondiale.

Illustration de plusieurs ampoules suspendues avec le texte 'CONCLUSION GENERALE' en jaune sur fond sombre.

Les droits de douane renchérissent les produits pour les consommateurs et pèsent sur le niveau de vie, donc sur la croissance, non seulement des pays producteurs mais aussi des États-Unis, tout en empoisonnant les relations commerciales. L’histoire du protectionnisme et l’analyse économique invitent à la prudence. Je crains notamment un ralentissement de l’innovation. Mais comme tout cela est bien connu, je pense que le problème se simplifiera après le départ de Trump… et même probablement avant, l’intéressé n’en étant pas à une contradiction près .

Source : https://www.yvesmontenay.fr/


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