par Yves MONTENAY
Le 20 janvier est entré en fonction le 47e président des États-Unis, l’homme le plus puissant du monde. C’est un revenant, mais est-il bien connu pour autant ? On peut en douter quand on lit les discussions à son sujet, qui vont de l’admiration dithyrambique à la critique d’un mégalomane ignare.
Il faut au contraire le regarder froidement.
La presse de droite occidentale, mais aussi celle des pays communistes ou quasi, sont louangeurs voire dithyrambiques, car ils apprécient ses déclarations « musclées » qui sont aussi celle des dictateurs de leur propre pays. La majorité de la presse occidentale le présente par contre comme un fou furieux.
Trump se veut pragmatique, et opérer par « deals » au cas par cas. Rappelons que ce mot signifie un accord dans le domaine des affaires après une discussion rude, par exemple pour le rachat d’une entreprise. Certains sont choqués que l’on applique à la gouvernance les mœurs des affaires, d’autres craignent que cette méthode n’aboutisse à des résultats profondément injustes et antidémocratiques. Je vais donc passer en revue plusieurs domaines de politique extérieure.
Une première indication : qui est invité à l’investiture ?

La presse occidentale, notamment de gauche, a remarqué l’invitation de Giorgia Meloni, Viktor Orbán et de Javier Milei qu’elle regroupe sous le vocable commun de « dirigeants populistes ». C’est discutable, car au vu de leurs actions on pourrait également classer la première dans une droite assez classique, le second chez les russophiles et le troisième chez les libertariens. Par libertarien, on entend le moins possible d’État et d’inondation monétaire de l’économie, ce que l’on peut analyser comme l’inverse des deux premiers. Donc trois options assez différentes mais que l’ignorance généralisée l’économie fait souvent confondre. Il est d’ailleurs possible que le nouveau président ne soit pas lui non plus très au courant de ces différences. La presse occidentale souligne le contraste entre ces invitations et celles que n’ont pas reçues les alliés historiques des États-Unis tels que le Canada, la Grande-Bretagne ou la France…
Mais si cela nous éclaire (un peu) sur les pensées du « Trump d’aujourd’hui » ça ne nous dit pas grand-chose de sa réaction face à l’expansionnisme de Poutine et du président chinois Xi. D’autant qu’il leur ressemble un peu.
Trump, Poutine et Xi, des compères ?

Ces trois dirigeants sont « des réactionnaires » en ce sens qu’ils veulent redonner à leurs pays une grandeur passée, réelle ou magnifiée. C’est le « Make America Great Again » pour Trump, le retour à l’URSS pour Poutine et à la Chine impériale d’avant l’arrivée des Occidentaux pour Xi.
Les deux premiers souhaitent dominer (ou dominent déjà) leurs petits voisins :
- Biélorussie, Géorgie, Moldavie et Ukraine pour Poutine,
- La mer de Chine du Sud, le Tibet, les Ouighours, Hong Kong et demain Taiwan pour Xi
Trump lui, pense au Canal de Panama, au Canada et au Groenland.

Il lance l’idée pour faire pression obtenir « un bon deal » sans aller jusqu’à l’usage de la force, qu’il n’écarte néanmoins pas complètement. Mais, ce faisant, il renforce la légitimité des prétentions de Poutine et de Xi.. Un cynique pourrait imaginer un accord du genre : « Chacun laisse faire l’autre dans sa zone géographique » par exemple le Canada pour Trump, l’Ukraine pour Poutine et Taiwan pour Xi. Je n’irai pas jusque-là du fait de mon optimisme indéracinable. Il devrait se rendre compte de lui-même, ou sous la pression de ses conseillers, de la nécessité de ne pas heurter ses alliés, et d’en rester à une mise sous pression pour arriver aux meilleurs deals possibles. Mais ce genre de soucis semble réservé aux Européens :
L’Europe s’inquiète de l’arrivée de Trump

Une enquête menée par le Conseil européen sur les relations internationales (ECFR) et l’Université d’Oxford révèle en effet que l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis ne fait pas si peur partout : il suscite de l’incertitude en Europe, où 40 % des personnes interrogées ne savent pas si ses politiques seront bénéfiques pour leur pays mais dans des pays comme l’Inde, la Russie, la Chine et le Brésil, une majorité perçoit positivement son élection.

Un démarrage brutal ?

Autant la première mandature de Trump avait débuté dans la confusion, autant cette fois cette fois, il est prêt. Il a nommé la totalité de son cabinet en dix-huit jours. Il déclare avoir prévu de signer plus d’une centaine de décrets dès son premier jour. Du bluff ? Nous verrons. En tout cas il se vante d’avoir participé à la solution d’un casse-tête : le cessez-le-feu à Gaza.
Parmi les objectifs prioritaires proclamés, il y a une salve de droits de douane contre les partenaires des Etats-Unis. Il a passé au crible les chiffres du déficit américain pour déterminer qui « fait les poches » des États-Unis.
Le Mexique et le Canada sont les premiers visés, mais également l’Union européenne et le Japon, dont les économies dépendent en partie des exportations vers l’Amérique. Le montant des droits ? 10 % ou 20 %, à fixer suivant le déroulement des négociations Mais surtout, il vise la Chine, et parle de lui imposer des tarifs de 60 % à 100 %..

Les économistes s’accordent à dire que la mise en place de ces droits de douane aura des conséquences néfastes, non seulement pour les pays visés, mais aussi pour les Etats-Unis. Son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a lui-même averti qu’il fallait les utiliser modérément, sous peine de créer « un choc économique ». Mais, pour Donald Trump, les droits de douane sont une arme économique qui lui permet d’obtenir des concessions politiques.
Ainsi, quand il menace le Mexique, il demande en réalité la fermeture de la frontière, par laquelle affluent tous les ans des millions d’immigrés illégaux, ce qui nous mène à la politique intérieure. L’immigration est mal vue dans tous les pays et il est tentant de se faire élire en adoptant une attitude anti-immigrés. C’est le cas de Trump comme de bien d’autres. Mais ça peut lui coûter le soutien des milieux économiques qui savent à quel point cette immigration est indispensable.
Vers une avalanche de désinformation ?

Dans son discours d’adieu, le président Biden a déclaré que le pouvoir était entre les mains d’un « très petit nombre de personnes ultra-riches ». Il a également fait part de ses inquiétudes concernant un « complexe technologique et industriel » qui ensevelit les Américains sous « une avalanche de désinformation ». Il est en effet frappant de voir la coïncidence entre l’arrivée de Donald Trump et l’abandon de la vérification des faits par les grands réseaux sociaux, au nom de la liberté totale d’expression, qui est effectivement prévue dans les textes fondateurs des États-Unis. Un principe américain qui contraste avec la limitation, par exemple française, d’interdiction « d’incitation à la haine ». Reste à savoir comment des réseaux mondiaux peuvent s’adapter à des normes différentes suivant les pays. La Chine l’a fait, mais du coup s’isole.

Une partie de l’opinion occidentale s’inquiète de l’état de son alliance avec les États-Unis, notamment en matière de respect de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde. Il y a eu beaucoup d’exceptions à cette vue un peu naïve de Washington, mais la différence reste quand même énorme par rapport aux régimes autoritaires. Un test sera son attitude vis-à-vis de Cuba et du régime Maduro qui se maintient de force à Caracas après une élection truquée. J’ai choisi cet exemple parce que les États-Unis ont les mains plus libres que dans le cas un peu analogue de la Géorgie, voisine de la Russie. Ce n’est qu’après le choc entre le réel et son caractère que l’on verra de quel Trump il s’agit. Il a revendiqué comme un premier fait d’armes sa participation pour cessez-le-feu à Gaza.. Il soulage à la fois les pays arabes pris entre leur opinion publique et leurs intérêts de gouvernants et les Européens pris entre leur culpabilité dans la Shoah qui les fait soutenir Israël et leur désapprobation de la violente répression des Palestiniens qui va très au-delà de la guerre avec le Hamas et le Hezbollah. Reste à voir la suite. N’oublions pas que Trump est le président des États-Unis et qu’il faudra apprendre à vivre avec !
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