AGRICULTURE : LES PRODUCTIVISTES SONT DE SORTIE

par Claude TIMMERMAN

« Les agriculteurs manifestent dans toute la France contre l’accord UE-Mercosur »

Il n’est pas question de reprendre ici les désastreuses conséquences de la fameuse loi d’orientation agricole dite loi Pisani qui a signé en 1964 la fin de l’agriculture et de l’élevage français, voulus par la Communauté Européenne. (http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2016/07/03/Edgar-Pisani%2C-mort-du-fossoyeur-de-la-paysannerie)

Edgar Pisani (1918-2016) ici en Nouvelle-Calédonie, ancien gaulliste et un des pires apparatchiks de Mitterrand

La FNSEA s’est révélée être le pire ennemi de l’agriculture et du monde paysan…

C’est elle qui a fait confondre « cultiver » et « exploiter« , ce qui a transformé l’élevage en monde concentrationnaire, et, qui a détruit le couvert végétal et les paysages traditionnels, dont le bocage, qui ont fait la France depuis les défrichements des abbayes au Moyen Age et surtout depuis Sully. Depuis des années cinquante, les instances dirigeantes du syndicat se réunissent la veille du conseil des ministres pour dicter leurs desiderata (pour ne pas dire leurs ordres) au gouvernement.

Les ministres de l’agriculture durant des années furent d’ailleurs issus des rangs de la FNSEA ou au moins adoubés par elle ! C’est tellement vrai que le conseil des ministres ayant initialement lieu le jeudi, la FNSEA se réunissait le mercredi. Mais lorsque le conseil des ministres s’est déplacé au mercredi, on a vu la FNSEA se réunir le mardi !

Et « ils » osent nous dire aujourd’hui que ce sont eux qui « sauvegardent nos paysages !«  (http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2011/02/24/Mort-du-bocage-faute-de-haies)

Le pire c’est que cette agriculture productiviste qui détruit la flore et la faune locale conduit à des productions de qualité médiocre, sinon de franchement mauvaise qualité, qui trouvent difficilement preneur sur le marché mondial. Cela les « agriculteurs productivistes » en sont seuls responsables se faisant complices depuis trente ans des lobbyistes et affairistes bruxellois : une agriculture standardisée, mécanisée à outrance, imbibée de chimie (pesticide et engrais) où le productiviste est l’esclave smicard (au mieux !)  des banques pour le compte des industriels producteurs de machinisme, d’engrais et surtout de pesticides, et même maintenant des semenciers. Une production qui est la cible des centrales d’achats qui régentent les circuits de distribution !

L’idée étant de diffuser des variétés « améliorées » dont les critères sont très clairs : produire plus, plus vite, n’importe quoi pourvu qu’il y en ait beaucoup à mettre sur le marché.

  • Augmenter d’abord les rendements,
  • Diminuer autant que faire se peut les besoins alimentaires (engrais, aliments du bétail, etc.)
  • Avoir une résistance aux parasites et une forte tolérance aux intrants chimiques notamment aux pesticides (fongicides, insecticides et herbicides)
  • Obtenir une aptitude supposée à la conservation et aux aléas du transport et des manipulations. (C’est ainsi qu’au jourd’hui, miraculeusement, les fruits et légumes dits « frais » présentés le plus souvent en sachets pourrissent très généralement en 48 heures !)
  • Conserver tout de même un aspect visuel acceptable pour le con-sot-mateur.

On voit ainsi que notamment pour les produits d’alimentation directe (non transformés) le goût n’est en aucun cas un critère retenu. Et cela se vérifie tous les jours : les fruits à noyaux sont devenus des balles dures et sans goût de toutes tailles de la balle de golf à la balle de pelote basque à texture rigide et insipide. (On voit même aujourd’hui des tomates qu’il faut éplucher tant la peau est dure !)

Mais les agriculteurs ont massivement adhéré aux délires des instituts de recherche dite agronomiques, à commencer par l’INRA que l’on a reconverti aujourd’hui en INRAE en y ajoutant l’Environnement pour « faire bien« , notamment sous l’influence de la FNSEA. Le pire a sans doute été envisagé en zootechnie : c’est ainsi qu’on a vu des recherches authentiquement menées pour obtenir des œufs cubiques plus faciles à stocker ou sur des poulets aux ailes transformés en pattes plus rentables en carcasse ! Evidemment rien de tout cela n’a heureusement abouti. Mais pour l’honneur paysan, tout le monde n’est pas d’accord avec ces techniques, ces perspectives et ces productions ravageuses de l’environnement et particulièrement nocive pour nos sols.

On a donc deux agricultures aux pratiques contradictoires dans ce pays

– Une agriculture de qualité, pluraliste dans ses productions, confondue plus ou moins, à tort, avec l’agriculture biologique, mais dont le premier souci est de parvenir à produire suffisamment pour satisfaire la demande toujours croissante où les praticiens le disent : « On s’en sort plutôt bien. »

– Une agriculture standardisée qui ne vit que des subventions, promue par Bruxelles, dont la production, insipide, est imposée aux consommateurs par la grande distribution – sinon elle ne trouverait pas forcément preneur.

C’est aussi un paradoxe que de voir aujourd’hui ces agriculteurs s’en prendre à la grande distribution qui imposent leur production et leur permet de l’écouler sur le marché national au grand dam des consommateurs qui doivent s’en contenter. C’est cette impasse que promeut la FNSEA, première complice de la grande distribution, qui a étouffé, voire éradiqué, les commerces de bouche : disparition des crémiers – fromagers, bouchers et charcutier notamment.

Sur le plan céréalier, on ne peut pas concurrencerles productions de grandes zones agricole qui sont en Amérique (USA, Canada, Argentine, Brésil),en Australie, et en Europe de l’est (Pologne, Ukraine, Russie).

Les productivistes prennent aujourd’hui le monde paysan en otage pour leur imposer leurs pratiques en dénonçant d’abord ceux qui les contrôlent et qui tentent de limiter leurs excès. Ne nous leurrons pas : les manifestations agricoles actuelles n’ont qu’un seul but: faire sauter la protection du milieu et des consommateurs face à la chimie agricole en supprimant les normes « environnementales ».

Ce sont en effet les objectifs cachés des manifestants : faire disparaître les protections environnementales et faire autoriser par « souci d’égalité » dans la concurrence, les fameux pesticides interdits en France et généralement en Europe à cause de leur toxicité, mais inexplicablement autorisés aux Amériques (et souvent en Ukraine d’ailleurs). Les agences de l’office français de la biodiversité sont les premières cibles ! Un hasard sûrement !

(https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/des-individus-cagoules-saccagent-l-agence-francaise-de-la-biodiversite-a-saint-genies-de-malgoires-1545211641) et https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/19h20-politique/colere-des-agriculteurs-yannick-jadot-sidere-qu-il-n-y-ait-pas-de-message-du-gouvernement-apres-la-degradation-de-locaux-de-l-office-francais-de-la-biodiversite_6879956.html

Haro sur l’écologie, c’est devenu aujourd’hui très à la mode. La France rurale risque ainsi d’être définitivement livrée aux ravageurs productivistes. Vive la destruction du milieu naturel, faune comme flore !

Si la réalité d’empoisonnement aux pesticides est confirmée aux USA, en France on en est très loin ! Ainsi les plaintes des Antillais contre le chlordécone n’aboutissent miraculeusement toujours pas quand la toxicité du produit est largement reconnue depuis 2009 (https://www.senat.fr/questions/base/2019/qSEQ19010587S.html).

Les lobbies de l’agriculture productivistes et de la chimie agricole pèsent de tout leur poids pour que la question de la responsabilité des empoisonneurs en France ne soit jamais évoquée, et leur premier combat est de lutter contre les contraintes environnementales restreignant voire interdisant les épandages. Ils rencontrent là une complaisance des pouvoirs publics jamais démentie depuis quarante ans, quel que soit le régime en place. A chaque fois qu’une tentative de protection contre ces produits est mise en place, le lobbying agricole ressort l’arme absolue : « dérogation ». C’est dire que l’empoisonnement durable des populations par les pesticides, notamment ceux à effets neurotoxiques pourtant clairement avérés, n’est pas près de s’arrêter. (https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/sante/scandale-du-chlordecone-les-antillais-demandent-des-sanctions-contre-l-etat_AV-202205170347.html)

En France on avait timidement essayé de créer des zones de protection des pesticides en interdisant les épandages à moins de 100 m des maisons. Mais le lobbying veillait et les distances finalement retenues tiennent du gadget : entre 5 m et 20m des maisons (https://agriculture.gouv.fr/distances-de-securite-pour-les-traitements-phytopharmaceutiques-proximite-des-habitations)

Et que dire des saccages faunistiques jamais réprimés comme ils le devraient :

un « salopard » et son employé ont empoisonné un pygargue à queue blanche qui hantait leur étang de pisciculture et ils ont eu le culot de dire que ce n’était pas leur intention : c’est vrai que lorsqu’on met des appâts empoisonnés ce n’est pas dans le but de nuire ! (On constate d’ailleurs que les prédateurs habituels de poissons cormorans, hérons sont aussi des espèces protégées susceptibles d’ingérer ces poisons.) Le tribunal ne leur a finalement infligé que des amendes de quelques centaines d’euros à verser aux dites associations au lieu des 200 000 euros au titre d’un préjudice écologique qu’elles réclamaient. A ce prix-là, on aurait tort de s’en priver !

La lettre agriculture et environnement de Rivière Vekstein, média du lobbyisme productiviste et proche de la FNSEA pavoise : (https://www.agriculture-environnement.fr/2024/10/30/condamne-empoisonne-espece-protegee)

Ce sont ces gens-là qui manifestent aujourd’hui sur les routes !

La question est simple peut-on soutenir, doit-on soutenir, des gens ayant ces objectifs ? Le chantage consiste à dire : « vous aurez » des aliments importés et non plus « français » Soit et alors ?

D’abord il est évident que l’autosuffisance alimentaire va disparaître dans les années à venir compte tenu de la frénésie démographique. De 40 millions d’habitants en 1945, on arrivera à 68,5 millions à la fin de l’année. Brandir l’autosuffisance alimentaire, quand les surfaces agricoles se réduisent chaque année et que la surface du pays n’est pas extensible, est stupide et à terme injustifiable ! Mais il est vrai aussi que les fous de Bruxelles, qui comptent des nutritionnistes, « anticipent » et viennent de faire autoriser les farines d’insectes ! (https://www.quechoisir.org/actualite-alimentation-les-insectes-progressent-dans-nos-assiettes-n105722)

Là on peut être rassurés : on n’ira pas les chercher aux Amériques ! Ensuite il est clair que les quantités importées au titre de cet accord correspondent à moins de 2% de la production bovine française ! Pas de quoi fouetter un syndicaliste agricole.

A titre personnel, je suis angoissé par cette viande argentine dénoncée comme « bourrée d’hormones et de pesticides » ce qui explique les « problèmes sanitaires multiples » auxquels immanquablement la population américaine doit être confrontée (?)… Cela ne nous a pas échappé… Pourtant

je rêve d’une pièce de viande grillée provenant d’un de ces bœufs de la Pampa ou du Texas, élevés en extensif qui n’ont jamais vu une stabulation de leur vie, comme les bœufs de mon enfance. Le résultat est autre chose que cette viande, blanchâtre, jamais saisie à la cuisson, pleine de flotte, liée à l’engraissement forcé pratiqué en stabulation à l’ensilage de maïs et aux tourteaux de soja qui viennent d’ailleurs d’Argentine ou du Brésil car la France (paradoxe) les en importe ! J’en sais quelque chose ; je vis aujourd’hui en pleine zone d’élevage charolais où la viande immangeable, pourtant certifiée « locale » mise sur le marché par la grande distribution, suit ce mode d’élevage et d’alimentation. Ces agriculteurs anti-mercosur sont donc les premiers à utiliser des produits qui viennent de ces pays ! Assez d’hypocrisie : le bœuf français est nourri au soja argentin voir aussi au maïs nord-américain.

Pendant ce temps, des milliers d’agriculteurs, persécutés par les productivistes, luttent comme ils peuvent pour s’opposer au productivisme et promouvoir une agriculture de qualité dont leur clientèle raffole. Mais je sais aussi depuis très longtemps que toute vérité non seulement aujourd’hui n’est pas bonne à dire, mais n’est surtout plus idéologiquement admissible !

                                                               


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