LAÏCITÉ : DU LAÏCISME AU WOKISME 10/ 11

par Claude TIMMERMAN

La libre pensée est un groupuscule obsessionnel dont le seul but est la suppression de tout élément religieux dans l’espace publique et de toute référence religieuse dans la culture. Il se manifeste par de perpétuelles récriminations et des procès à répétition contre les manifestations d’expression chrétienne voire maintenant musulmanes. On soulignera que face aux manifestations ostensibles de l’expression du judaïsme la libre pensée est étrangement silencieuse !

Ainsi, ériger une statue de personnalité chrétienne emblématique devient interdite, ce fut le cas pour une statue de Jean Paul II érigée en Bretagne, et conserver des statues de saints devient de plus en plus problématique… Maintenant, ce sont les calvaires qui ornent nos routes parfois depuis des siècles sont directement  menacés.

Il est clair que la liberté de pensée et la tolérance religieuse pourtant inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[1], sont contraires à la loi de 1905 régulièrement invoquée par ces fanatiques : il est donc temps d’adapter les lois et de réviser celle de 1905 pour la mettre en conformité avec la Déclaration Universelle  de 1948 à laquelle la France a souscrit ! Des écrivains et universitaires rationalistes comme Marcellin Berthelot, Anatole France, Alexandra David-Néel ou Jean Rostand, se revendiquent de ce sectarisme, ce qui peut paraître étonnant de la part de gens qui supposés cultivés qui ont tous fait profession d’humanisme et de tolérance. On peut s’en étonner. La Libre Pensée a ainsi saisi la justice contre l’implantation d’une statue de Saint Michel aux Sables-d’Olonne en 2021et d’une statue mariale à La-Flotte-en-Ré en 2022. Bien qu’une consultation ait eu lieu où 94,51 % des participants se prononçaient pour le maintien de la statue de Saint Michel, le tribunal administratif de Nantes a donné raison, en première instance, à l’application de la loi française sur la laïcité et à la Fédération nationale de la libre pensée.

Toute présence de crèche dans un édifice publique (mairie, préfecture) donne lieu à des actions judiciaires auprès des tribunaux administratifs, en revanche les menoras géantes de hanoucca fleurissent un peu partout sans que la bienpensance laïcarde y trouve à redire !

Là où la bêtise atteint des sommets c’est lorsque certains veulent s’en prendre aux cloches des églises.

De nos jours, pour l’essentiel, les cloches ne sonnent pas l’annonce d‘offices religieux, d‘ailleurs de plus en plus rares, mais sont l’expression sonore des horloges qui ornent les clochers : elles sonnent les heures et parfois les demis selon les mécanismes. Mais peut être qu’indiquer le temps est devenu la marque d’une manifestation religieuse intolérable ? Après tout, les tribunaux acceptent bien aujourd’hui d’entendre des gens qui reprochent aux coqs de chanter !

Fondé en février 1991 par Claude Nicolet, à l’initiative du Grand Orient de France, à la suite de « l’affaire du voile » à Creil, le « Comité Laïcité République » intervient régulièrement dans les médias afin d’alerter sur ce qu’il considère être des manquements au respect de la loi de séparation des églises et de l’État de 1905 ou à sa conception de la laïcité. Il exerce une veille quotidienne à travers sa revue de presse en ligne et édite une lettre d’information mensuelle. Il est ensuite tour à tour présidé par Henri Caillavet, franc-maçon du GODF, Philippe Foussier, grand-maître de cette obédience, Jean-Marie Matisson. Grand-maître adjoint et Patrick Kessel, également grand-maître. Depuis décembre 2017, ce comité est présidé par Jean-Pierre Sakoun (photo ci-dessous), qui intervient régulièrement dans la presse et les médias nationaux, mais n’hésite pourtant pas à signer des tribunes dans des journaux spécifiques de sa communauté ethnoreligieuse d’origineoù il est piquant de le voir traiter les autres de « fanatiques »[2] : un bel exemple d’inversion accusatoire !

Celui-ci écrivait le 22 avril 2019 : « « Les racines catholiques ou chrétiennes » de la France sont une double imposture. Tout est faux dans cette expression. Les peuples n’ont pas de racines, ils ont une histoire, qui les constitue et les institue. Et peut-être peut-on voir dans la richesse et l’importance de l’histoire de France l’une des principales raisons de la réticence de ce peuple à se fondre dans le grand tout du consumérisme post-politique que lui propose le monde contemporain. Et cette histoire, si elle est chrétienne, est aussi bien d’autres choses. »b (https://fr.sputniknews.com/actualite/201312251022723261-jacques-attali-la-france-n-est-pas-specialement-chretienne). Coïncidence ?  On avait déjà vu cela avec Jacques Attali : « La France n’est pas spécialement chrétienne. » Quand l’idéologie va trop loin, elle nie l’histoire, et surtout plonge dans la sottise.

Elle est, en 2013, l’œuvre d’un marrane catalan naturalisé, devenu premier ministre,: Manuel Valls. Tout comme le monde hospitalier, le monde carcéral a été soigneusement « oublié » de la vindicte laïcarde. Le monde carcéral féminin a toujours été contrôlé, administré et encadré par des religieuses. Une présence historique tant pour la congrégation religieuse des sœurs de la Miséricorde de Bordeaux (fondée en 1823) que pour celle des sœurs de Marie Joseph du Dorat (fondée en 1841) que l’administration pénitentiaire a appelées dans toutes les grandes prisons de France depuis leur création, au début du XIXème siècle.

La congrégation des « sœurs de Marie-Joseph de la Miséricorde » est née le 1er mars 1971 de la fusion des deux ordres précédents. A Paris, ces religieuses qui vivaient sur place, en cellule carcérale comme les détenues, ont assuré seules toutes les tâches d’accueil, de surveillance et d’administration des écrouées depuis le 15 août 1865 (le dépôt ayant ouvert l’année précédente), jusqu’en 1999 à l’arrivée de policières avec lesquelles elles ont partagé le travail jusqu’en avril dernier. Mais leur rôle ne s’est pas limité à celui de surveillantes de prison, statut qu’elles avaient jusqu’en 1973 : elles avaient développé tout un système d’écoute et d’assistance des prévenues (surtout les premières incarcérations)  et des prisonnières dans la perspective de leur réinsertion. (En 1905, lors de la loi de séparation de l’Église et de l’État, les religieuses sont renvoyées des établissements dépendant de l’administration pénitentiaire générale, mais pas des prisons parisiennes relevant strictement de la Ville de Paris, comme l’étaient la Roquette, Saint-Lazare ou le dépôt du palais de justice.) Une « clémence » administrative à leur endroit qui fut surtout dictée par des motifs économiques : l’indemnité versée à la congrégation par la préfecture de police a toujours été très largement inférieure à la rétribution d’un personnel pénitentiaire laïque.

C’était, historiquement, le dernier bastion institutionnel occupé par des religieuses dans l’administration française… Il reste évidemment à régler la question épineuse de l’Alsace – Moselle où la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’existe pas : les départements concernés ayant échappé à la tutelle française de 1871 à 1918 !

Nous terminerons avec trois remarques emblématiques du nouveau laïcisme français:

–  C’est à la demande insistante du président Jacques Chirac que la référence aux « racines chrétiennes » de l’Europe » fut finalement retirée en 2004 du projet de préambule de la Constitution européenne.

– Malgré l’hystérie anti-chrétienne de la IIIème république, il a fallu attendre la constitution de la IVème république pour que la mention « laïque » figure explicitement dans la définition de la constitution, en 1946 : « Article 1. – La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

Cette formule sera intégralement reprise dans la rédaction de la constitution de la Ve république en 1958. C’est sans doute la raison pour laquelle la chapelle du Palais de l’Elysée, fut respectée jusque-là par tous les régimes même si sa nef fut amputée de moitié pour faire de la place, à la demande du président Vincent Auriol, lors du réaménagement des lieux qu’il organisa après sa prise de fonction en 1947. Une (petite) chapelle restait donc bien présente. C’est Nicolas Sarkozy, plus de soixante ans plus tard, qui supprimera définitivement la chapelle du palais de  l’Elysée, transformée en salon d’attente du bureau de Carla Bruni , la « première dame » ! C’est vrai qu’elle n’a pas forcément un look très religieux, « notre » Carla:

La Grande Bretagne a pu apprécier sa plastique éditée par tous les tabloïdes britanniques lors du voyage officiel sarkozien à Londres (26 mars 2008). Après, on cherchera à faire respecter la France … et accessoirement la république !


[1] Déclaration universelle des Droits de l’Homme

Article 18

 Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

[2] https://www.tribunejuive.info/2019/11/07/fanatiques-nesperez-rien-de-nous-jean-pierre-sakoun/


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Un commentaire

  1. Bernard Plouvier
    Ce feuilleton de l’été est en tous points passionnant, mais
    ce chapitre VII se termine par l’art 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui est un article dangereux, anti-humaniste !
    Le sentiment religieux est, comme la sexualité, une affaire PUREMENT privée.
    L’expression physique de cette intime conviction – phénomène mental – doit TOUJOURS rester discrète
    On ne peut accepter la fin de cet article :  » implique… la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ».
    Ces manifestations collectives doivent être strictement réservées aux édifices ad hoc (églises, temples, mosquées, synagogues etc) et l’enseignement se faire de la même façon : discrète.
    On a du mal à comprendre qu’en certains pays, les mahotans hurlent leurs prières grâce à des moyens fort bruyants, alors qu’il est écrit dans le Coran que la prière doit être faite « à voix moyenne ».
    De la même façon, les processions ne devraient se faire que dans les enclos paroissiaux, dans les églises ou dans des propriétés privées.
    La « liberté de manifester…. » est une formulation vague, imprécise, donc dangereuse, qui ouvre la voie à toutes les expressions du fanatisme et de l’hystérie collective.
    La Loi de séparation des Églises et de l’État est une loi humaniste – en principe, à vocation ubiquitaire et diachronique -, qui n’a de sens que si elle est intégralement respectée.

Les commentaires sont fermés.

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