LAÏCITÉ : DU LAÏCISME AU WOKISME 9/11

par Claude TIMMERMAN

L’Union sacrée est le nom donné au rapprochement qui a soudé les Français de toutes tendances (politiques ou religieuses) par patriotisme lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le terme fut utilisé pour la première fois à la Chambre des députés le 4 août 1914, par le Président de la République, Raymond Poincaré, dans son message aux Assemblées. Cela fut le cas immédiatement car l’ensemble des organisations syndicales et politiques de gauche, essentiellement la CGT et la SFIO, se rallièrent au gouvernement. (On notera que lors du deuxième conflit mondial, il se produisit exactement l’inverse : les communistes et apparentés s’appliquant à saboter l’effort de guerre, en s’alignant sur le pacte germano-soviétique !)

La foule attendant l’arrivée des parlementaires, le 4/08/1914 –

Par la circulaire du 2 août 1914 du ministre de l’intérieur, Louis Malvy invite les préfets : « à suspendre l’exécution des décrets de fermeture ou de refus d’autorisation pris par application de la loi de 1901, des arrêtés de fermeture pris en exécution de la loi de 1904 et de toutes mesures généralement prises en exécution desdites lois ». Cela fait revenir d’exil, par pur patriotisme 9 323 religieux pour être mobilisés : 1 237 d’entre eux seront blessés et 1 571 perdront la vie dans les combats.

À l’issue de la guerre, beaucoup de congrégations reviennent en France, confiantes en l’ouverture créée qui sera suivie par la reprise des relations avec le Saint-Siège en 1921. Toutefois, le 2 juin 1924, le nouveau président du conseil, Édouard Herriot, annonce la relance de l’expulsion des congrégations ainsi que la suppression de l’ambassade auprès du Saint-Siège et l’application de la loi de séparation de l’Église et de l’État à l’Alsace et à la Moselle. En réponse à ces menaces, deux mois plus tard, la ligue des Droits du religieux ancien combattant (DRAC) est fondée par le franciscain François-Josaphat Moreau et, en octobre, le jésuite Paul Doncœur publie une lettre ouverte à Herriot « Pour l’honneur de la France, nous ne partirons pas ». Le gouvernement renoncera très vite à ses prétentions et aucun religieux ne quittera plus jamais le territoire français…

A la veille de la seconde guerre :

Plaque 69 avenue Victor-Hugo (Paris).

Le décret-loi du 16 janvier 1939 de Georges Mandel, ministre des colonies, permet à chaque culte de créer dans les territoires d’outre-mer une mission avec un Conseil d’Administration, ayant la « personnalité civile», permettant par exemple à la mission catholique des Îles Marquises de conserver la propriété de toutes ses terres. Un nouveau décret-loi du 6 décembre 1939 de Mandel modifie certains articles du précédent.

En 1940, les 43 pères chartreux expulsés en 1903 attendent toujours en Italie l’autorisation de rentrer en France, où les hommes politiques de droite font campagne afin que « la Chartreuse soit rendue aux Chartreux ». Le Vatican demande à la France le retour à la liberté pour les congrégations religieuses. Finalement, la Seconde Guerre mondiale permet aux Chartreux de reprendre provisoirement pied en France : le 10 mai 1940, l’Allemagne envahit la France, les moines sont menacés d’être expulsés d’Italie si Mussolini attaque également la France. Le 29 mai 1940, espérant du pape Pie XII une pression sur Mussolini pour que l’Italie n’entre pas en guerre contre la France, le ministre de l’intérieur Georges Mandel autorise les congrégations à revenir sur le sol national. On a donc même utiliser les moines comme moyen de chantage : la gauche ne recule décidément devant rien ! Le 9 juin 1940, Georges Mandel autorise enfin le retour des chartreux et leur réinstallation en France. Il aura donc fallu cinquante ans et deux guerres mondiales pour venir à bout de la haine laïcarde !

L’ordre nouveau du maréchal Pétain, de Laval et de Darlan va chercher à liquider, tout ce qui, de près ou de loin, peut avoir un quelconque lien avec la franc-maçonnerie et sa volonté de persécution du christianisme depuis cinquante ans.

Le cardinal Pierre Gerlier – primat des Gaules – reçoit à Lyon le maréchal Pétain chef de l’Etat Français :

Si pour le maréchal Pétain, un juif n’est jamais responsable de ses origines, un franc-maçon l’est toujours de son choix. Les chiffres, sont éloquents : 3 000 fonctionnaires perdent leur emploi, plus de 1 000 seront assassinés par les Allemands et 64 000 francs-maçons sont fichés mais on reste encore très loin du fichage systématique du temps du général André !

La loi du 13 août 1940 s’attache également à légiférer sur le sort du patrimoine des sociétés secrètes. Le dépouillement de l’Ordre de tous ses biens se fait au profit de l’administration générale de l’Assistance publique pour la capitale et des bureaux de bienfaisance pour la province. Plus tard, les immeubles seront également attribués aux Scouts de France ainsi qu’aux œuvres scolaires et sportives. Cette loi s’attache en premier lieu à mettre au pas la fonction publique. L’article 5 stipule : « Nul ne peut être fonctionnaire, agent de l’État, des départements, communes, établissements publics, colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat français, nul ne peut être employé par un concessionnaire de service public ou dans une entreprise subventionnée par l’État ou par une des collectivités publiques ci-dessus désignées :

1° S’il ne déclare pas sur l’honneur, soit ne jamais avoir appartenu à l’une des organisations définies à l’article 1, soit avoir rompu toute attache avec elle ;

2° S’il ne prend l’engagement d’honneur de ne jamais adhérer à une telle organisation, au cas où elle viendrait à se reconstituer.

La déclaration et l’engagement prévus par le présent article sont constatés par écrit. »

La loi du 11 août 1941 ordonne la publication au Journal officiel des noms et rangs des dignitaires et hauts gradés de la franc-maçonnerie. Cette loi prive des milliers de francs-maçons de leur emploi et de leur mandat d’élu. Ainsi, Jules Émile Crapet, maire d’Abbécourt, est dans l’obligation de démissionner et Fernand Amandio cesse ses fonctions de professeur de musique à Saint-Quentin le 31 juillet 1941 sans pouvoir être réintégré l’année suivante. (https://archives.aisne.fr/documents-du-mois/document-les-lois-de-vichy-sur-la-franc-maconnerie-65/n:85).

L’interdiction de la maçonnerie aidant, dès l’été 1940, l’épiscopat réitère auprès du nouveau gouvernement les demandes d’aide à l’enseignement libre pour lesquels des pourparlers avaient été engagés avec le gouvernement Daladier. De plus, l’Église veut que les congrégations soient considérées comme des associations, ce qui les soumettraient à une simple déclaration. L’interlocuteur de l’épiscopat est alors Jacques Chevalier, responsable de l’Instruction Publique au gouvernement qui fait paraître, dès septembre 1940, une série de lois et décrets.

Raphaël Alibert, détail d’une photographie du gouvernement du régime de Vichy, 18 juillet 1940.

La loi abroge dans son intégralité la loi du 7 juillet 1904 qui interdisait aux religieux d’enseigner dans le public, y compris dans les écoles privées. Elle abroge l’article 14 de la loi du 1er juillet 1901 qui interdisait l’enseignement aux congrégations non autorisées. Désormais, les congrégations enseignantes peuvent revenir en France. Elles ont le droit de fonder des établissements (par exemple, les Frères des Écoles chrétiennes peuvent reprendre leurs activités d’enseignement dans leurs établissements.)

La loi du 25 décembre 1942, modifie l’article 19 de la loi de 1905 et permet aux collectivités publiques d’apporter des aides financières aux édifices de cultes des associations cultuelles. Les budgets de 1942, 1943 et 1944 prévoient une subvention pour les Instituts catholiques ainsi que pour trois facultés protestantes.

Le 19 novembre 1940, le cardinal Gerlier (photo ci-dessus) prononce, à la primatiale Saint-Jean de Lyon, en présence du maréchal Pétain une phrase qui lui sera plus tard reprochée : « Car Pétain, c’est la France et la France, aujourd’hui, c’est Pétain ! » Malgré les récriminations de la gauche communiste à la libération, les services rendus par le cardinal Gerlier tant à la résistance qu’aux juifs durant la guerre lui permit :

– de conserver sa position de Primat des Gaules (le premier des évêques de France) jusqu’à sa mort en 1965

– d’être reconnu par le monde juif et inscrit comme Juste parmi les nations à Yad Vashem à titre posthume le 15 juillet 1980.La personnalité de Pierre Gerlier, cardinal papabile de surcroît, explique que les velléités anticléricales dans l’après-guerre et inscrit comme Juste parmi les nations à Yad Vashem à titre posthume le 15 juillet 1980.


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

En savoir plus sur METAINFOS.COM

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur METAINFOS.COM

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture