LAÏCITÉ : DU LAÏCISME AU WOKISME 8/11

par Claude TIMMERMAN

  1. L’affaire des fiches : délation maçonnique er épuration anticatholique de l’armée

La condamnation de Dreyfus en 1894 entraîne une nouvelle flambée de haine laïciste accusant le monde catholique, et singulièrement l’armée, d’antisémitisme. C’est là que s’est tristement illustré le général André :

Le général Louis Andréministre de la Guerre de 1900 à 1904.

Polytechnicien, directeur de l’école en 1893, spécialiste de l’artillerie, libre penseur disciple de Littré et proche de la maçonnerie, sans paraît-il y avoir appartenu, Louis André va s’appliquer à purger l’armée du catholicisme et de sa tradition monarchique. C’est un bourgeois issu d’une famille aisée, totalement étranger à la tradition aristocratique du recrutement qui prévaudra pourtant jusqu’à la seconde guerre mondiale dans l’armée et notamment dans la cavalerie et la marine. C’est « l’amitié de Sadi Carnot, président de la République, pour son camarade de promotion Louis André […] » qui explique l’accession au généralat de cet officier. Sa promotion au grade de général, qui est même tardive (il allait avoir 56 ans) dans ce contexte, n’est que le fruit du copinage !

Il est nommé ministre de la Guerre par Waldeck-Rousseau, président du Conseil, le 28 mai 1900, en remplacement du général de Galliffet, démissionnaire. Il lui est donné pour tâche de « rapprocher le corps des officiers de la nation républicaine. » En accord avec le président du Conseil, il va s’attacher à rétablir la « discipline » dans l’armée où nombre d’officiers avaient pris position publiquement contre Dreyfus. Son premier acte sera de décider du remplacement de trois responsables de bureaux à l’état-major, ce qui va déclencher une vive réaction des généraux Jamont, vice-président du Conseil supérieur de la guerre, et Delanne, chef d’état-major de l’armée qui l’accuseront de désorganiser l’armée. André explique ainsi ses raisons à son camarade Émile Mayer : « Avant l’affaire Dreyfus, l’origine de mes subordonnés, tout comme celle de mes camarades, m’était indifférente, et aussi leurs croyances, leurs doctrines philosophiques ou le parti auquel ils pouvaient appartenir. Mais tout est changé aujourd’hui : le pacte est rompu. Je suis appelé à accomplir une œuvre déterminée ayant pour objet d’introduire dans l’armée des mœurs nouvelles, de changer sa mentalité. » À sa nomination rue Saint-Dominique, Louis André disposait de deux listes d’officiers qu’il avait lui-même constituées avec l’aide des loges, pour classer les officiers : « Corinthe » et « Carthage ».

–     La première désignait les républicains (« non licet omnibus adire Corinthum », « Il n’est pas permis à tous d’aller à Corinthe »), dont l’avancement sera systématiquement favorisé.

–     La seconde désignait les « réactionnaires », en référence au mot de Caton l’Ancien, (« delenda est Carthago« , « Il faut détruire Carthage. ») dont l’avancement sera systématiquement freiné. Il s’agit en priorité évidemment de ceux qui soutiennent voire professent la foi catholique, leur appartenance monarchique. (Ceux issus de l’aristocratie sont sa première cible : André pratique – sans le dire – la ségrégation sociale). Pour ce faire, il va utiliser des renseignements sur les opinions politiques des officiers obtenus avec l’aide du Grand Orient de France qui disposait de loges dans les villes de garnison. Au lieu de s’en tenir aux opinions politiques, les loges s’attacheront aussi aux pratiques religieuses des officiers.

D’où les annotations restées célèbres sur les fiches des intéressés :

VALM       (va à la messe)

VALMAL  (va à la messe avec livre)… (Ce qui devait aggraver son cas ?).

Caricature de L’Assiette au beurre faisant référence à la préférence donnée par le général André aux officiers républicains en matière d’avancement.

C’est le maçon Jean Baptiste Bidgain, sous-secrétaire du grand Orient, écœuré par les pratiques inquisitoriales, le fichage et le sectarisme de ses frères, qui avertir de ces pratiques le député Jean Guyot de Villemeuve. Celui-ci en décembre 1901, officier de tradition, avait démissionné de l’armée après vingt ans de carrière et écrit au général Louis André, le nouveau ministre de la Guerre, pour lui présenter les raisons de son départ et détailler tout le mal qu’il pense des réformes que ce dernier a entreprises pour républicaniser l’armée à marche forcée. Le ministre, mesquinerie typique, pour se venger de cet affront, le placera dans la réserve militaire avec le grade de sergent.

Caricature de L’Assiette au beurre décrivant l’influence maçonnique au ministère de la Guerre : le ressort comique vient du fait que le général éconduit prend ce frère du Grand Orient pour un membre du clergé catholique

Le Grand Orient protestera même par lettre sur des nominations effectuées alors qu’il avait fourni des informations « défavorables ». Le général André se retrouvera en porte-à-faux à la Chambre des députés lors d’un débat très houleux révélant cette pratique des fiches : la fameuse « affaire des fiches ». Ce fut un scandale énorme politiquement… et moralement…! A l’issue de ce débat, le général André sera giflé en pleine séance par le député nationaliste Gabriel Syveton :

Le général André évacué de la Chambre des députés pendant la bagarre déclenchée par la gifle qu’il a reçue du député nationaliste Gabriel Syveton.

Le 12 novembre 1904, Guyot de Villeneuve est l’un des deux témoins de Syveton lors du duel au pistolet qui l’oppose au capitaine Jean de Gail, qui avait flétri la gifle de Syveton dans une lettre. Lorsque Syveton est retrouvé mort, en décembre 1904, à la veille de son procès, Guyot de Villeneuve accusera les franc-maçons de l’avoir assassiné. André démissionne le 15 novembre 1904, soit après quatre années et demi passées au ministère de la Guerre, longévité exceptionnelle à l’époque.

Le petit lever de Son Excellence, caricature du général André par L’Assiette au beurre.

Pratiquement aucune des réformes menées par André dans l’armée, qu’il sera toujours et violemment accusé de « désorganiser » et surtout de » désocialiser » le milieu militaire, ne seront jamais remises en cause par ses successeurs :

– suppression de la dot des femmes d’officiers au moment de leur mariage ;

– fin des commissions de classement qui, décidaient des promotions des officiers ;

– suppression des « inspections générales » dans les corps d’armée puisque ;

( pour Louis André, l’inspecteur général des troupes ne peut être que celui qui les commande !).

C’est donc la fin de l’avancement obtenu dans l’armée par la seule compétence militaire jugée par ses pairs, au profit d’un avancement administratif et politique, obtenu surtout au « mérite idéologique ». C’est le début de ce qu’on appelle depuis « la Grande Muette » :

La Grande Muette, caricature de L’Assiette au beurre faisant référence à la délation entre officiers encouragée par le cabinet André.

Les dégâts consécutifs à un avancement des officiers supérieurs fondé plus sur l’idéologie que sur la compétence militaire se feront cruellement sentir lors de l’entrée en guerre dix ans plus tard… (Il est intéressant de voir combien sa fiche Wikipédia cherche pourtant à le glorifier aujourd’hui :

Lors des Grandes manœuvres de l’est en 1901, le général André accueille Nicolas II dans le cadre de l’Alliance franco-russe.

Quinze ans plus tard, on mesurera dans la direction déplorable des armées en 1915 l’impact de cette théorie de l’avancement par la bien-pensance maçonnique.

André démissionne le 15 novembre 1904, soit après quatre années et demi passées au ministère de la Guerre, longévité exceptionnelle à l’époque.

Pratiquement aucune des réformes menées par André dans l’armée, qu’il sera toujours et violemment accusé de « désorganiser » et surtout de » désocialiser » ne seront remises en cause par ses successeurs :

– suppression de la dot des femmes d’officiers au moment de leur mariage ;

– fin des commissions de classement qui, décidaient des promotions des officiers ;

– suppression des « inspections générales » dans les corps d’armée puisque ;

( pour Louis André, l’inspecteur général des troupes ne peut être que celui qui les commande !).

C’est donc la fin de l’avancement obtenu dans l’armée par la seule compétence militaire jugée par ses pairs, au profit d’un avancement administratif et plus politique, obtenu au « mérite idéologique ».

Léon Roze : Le général André caricaturé avec le ministre de la Marine, Camille Pelletan

Quinze ans plus tard, on mesurera dans la direction déplorable des armées en 1915 de l’impact de cette théorie de la bien-pensance maçonnique. En pleine débâcle, il ne fut pas alors question de savoir qui «  allait à Corinthe », mais bien désigner qui « allait à Limoges. » !

On retrouvera cela à l’époque de la « promotion résistance » des années 45 – 60 où l’épuration a vidé l’armée de tous ses cadres au profit d’aventuriers pour qui mieux avait valu s’illustrer dans des bureaux  à Londres ou des activités de camping au maquis plutôt que de suivre les voies de l’honneur, du sacrifice, et du devoir toujours promues par l‘éthique et les traditions militaires face à un ennemi vainqueur avec lequel il avait fatalement fallu composer.

Le XIXeme siècle dit du « rouge et le noir » ou plus vulgairement du « sabre et le goupillon » se trouva ainsi balayé par l’idéologie laïciste judéo-maçonnique à la veille de la première guerre mondiale.


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