LAÏCITÉ : DU LAÏCISME AU WOKISME 7/ 11

par Claude TIMMERMAN

  1. L’interdiction des congrégations enseignantes en 1904 :

Le coup final est porté aux congrégations enseignantes par la loi du 7 juillet 1904. L’article 1er stipule : « L’enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations. Les congrégations autorisées à titre de congrégations exclusivement enseignantes seront supprimées dans un délai maximum de dix ans. Il en sera de même des congrégations et des établissements qui, bien qu’autorisés en vue de plusieurs objets, étaient, en fait, exclusivement voués à l’enseignement à la date du 1er janvier 1903. Les congrégations qui ont été autorisées et celles qui demandent à l’être, à la fois pour l’enseignement et pour d’autres objets, ne conservent le bénéfice de cette autorisation ou de cette instance d’autorisation que pour les services étrangers à l’enseignement prévus par leurs statuts. »

Près de 2 000 écoles furent fermées, et des dizaines de milliers de religieux qui avaient fait de l’instruction leur terrain d’action privilégié se trouvaient interdits d’exercer leur profession et confrontés au choix entre reconversion, abandon de l’état régulier, et exil. Certains se sécularisent, à l’appel des évêques, pour assurer la survie de leur œuvre, mais beaucoup choisissent la fidélité à leur vocation et donc l’exil, de préférence le plus près possible de la France, dans l’espoir d’un retour possible. 30 à 60 000 religieux français partent ainsi fonder des établissements à l’étranger : Belgique, Espagne, Suisse, mais aussi la voie « missionnaire ». Ainsi, environ 1 300 débarquent au Canada entre 1901 et 1904, marquant la société québécoise :

C’est une immense perte intellectuelle pour l’enseignement français ! On notera que les gouvernements judéo-maçons ont soigneusement épargné les congrégations à vocation soignante et hospitalière que les instances publiques du temps étaient incapables de remplacer par du personnel qualifié (et accessoirement à devoir rétribuer par l’état !)

  • 2. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat 1905

La loi de 1905 supprime les établissements publics du culte et leurs structures de fonctionnement. Ces dernières sont :

– les fabriques des églises chargées d’administrer les paroisses de 1801 à 1905.

Elles sont gérées par un « conseil de fabrique » de 5 ou 9 membres. Le curé ou desservant et le maire sont membres de droit de ce conseil. Les autres membres ont été nommés par l’évêque lors de la création des fabriques ensuite, les remplaçants des membres sortant sont élus par les membres restants.

– les menses curiales destinées à assurer les dépenses personnelles et pastorales du curé.

La loi de 1905, véritable spoliation du clergé, transfère les biens de l’Eglise aux communes. Longtemps considérées comme bénéfiques, ces spoliations qui impliquaient la mise à disposition des lieux de culte aux fidèles s’avèreront très vite des charges considérables pour les communes. De nos jours des officines laïcardes œuvrent en sous-main pour affranchir les communes de ses charges d’entretien ce qui conduirait à des dégradations irréparables impliquant alors l’interdiction de rassemblement au prétexte de sécurité et par suite abandon du culte : désacralisation et vente ou démolition : le rêve plus actuel que jamais des « Libres Penseurs ».

C’est pourquoi les agents de l’administration des Domaines reçoivent pour mission d’inventorier les biens mobiliers et immobiliers de ces établissements. Ils inventorient également les biens des communes, des départements et de l’État dont ces établissements avaient la jouissance.

Les inventaires ont été dressés en 1906, pour chaque fabrique. En général il n’existe qu’une fabrique par commune sauf dans les villes qui contiennent plusieurs paroisses distinctes. Dans les inventaires les biens appartenant en propre aux fabriques sont recensés sur les pages de gauche et ceux de l’État, des départements et communes, mis à leur disposition, sur les pages de droite. Les réactions furent violentes devant les profanations perpétrées (telles les ouvertures forcées de tabernacles pour expertiser des ciboires pleins vidés à terre!), les manifestations populaires devenaient nombreuses

Le scandale fut énorme face aux sacrilèges et s’acheva hélas dans le sang Dans toute la France les réactions aux inventaires furent immédiates. On dénombre des mobilisations violentes dans 4 800 lieux de culte et dans 63 200 autres, les opérations se déroulent partout de manière plus ou moins houleuse. Les premiers incidents sanglants éclatent dans la Haute-Loire, dans le Velay, sur les confins des Cévennes. Le 27 février 1906 a lieu l’inventaire de la chapelle du pèlerinage de Champels (commune de Monistrol d’Allier). 150 manifestants, armés de bâtons, de fourches, et pour certains de barres de fer, se ruent sur le receveur de l’enregistrement qui est accompagné de trois gendarmes qui font feu : la « fusillade de Champels » fait quatre blessés légers chez les manifestants, mais elle propage l’agitation dans toute la région. L’armée fut envoyée pour dégager les « comités d’accueils » villageois violemment hostiles et pour fracturer les portes des églises. L’armée fut envoyée pour dégager les comités d’accueils villageois violemment hostiles et pour fracturer les portes des églises. Dans le Béarn les ours sont appelés à la rescousse des villageois !

Le 3 mars, dans la commune de Montregard, en Haute-Loire, un habitant, André Régis, est grièvement blessé par les forces de l’ordre ; il mourra de ses blessures le 24 mars.

La situation du gouvernement devint intenable après le drame Boeschepe où le 6 mars, en l’église Saint Martin, un boucher nommé Géry Ghysel, âgé de trente-cinq ans, père de trois enfants est tué, ce qui entraînera le 7 mars 1906 la chute du ministère Rouvier. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau, membre du cabinet Sarrien formé le 14 mars 1906, décide de renoncer aux opérations d’inventaire dans les cas où elles rencontrent toute résistance. Il aura le cynisme de déclarer à la Chambre : « Nous trouvons que la question de savoir si l’on comptera ou ne comptera pas des chandeliers dans une église ne vaut pas une vie humaine. » Le 16 mars 1906, une circulaire confidentielle adressée aux préfets les invite à suspendre les opérations.


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