par Claude TIMMERMAN
B – La république dans sa politique de déchristianisation : 1875 – 1915
IV – La Troisième république : La capitulation de l’Eglise catholique face au marxisme et à la maçonnerie. 1875 – 1939 (De l’élection de Léon XIII au pontificat de Pie XI) :

Depuis la confiscation des états pontificaux en 1870, le roi d’Italie Victor-Emmanuel II prend la ville de Rome et la déclare nouvelle capitale de l’Italie, mettant ainsi fin au pouvoir temporel du pape. Pie IX conteste aussitôt la légitimité de ces actes, imité en cela par ses successeurs. (Le pape se considère alors comme « prisonnier de la cité du Vatican » – La création de l’Etat du Vatican, reconnu comme état sur le plan international date des accords de Latran de 1929 !). En France, La jeune république française proclamée en 1871 se heurte violemment au courant monarchiste qui reste très largement majoritaire dans le pays (quoi que certains en disent aujourd’hui).
L’élection de Léon XIII par la maçonnerie française au conclave de 1878 :

Dès que la maçonnerie fut assez forte pour peser de façon conséquente sur la vie politique (dès le milieu du XIXeme siècle) la tactique d’opposition à l’Eglise des maçons est résumé par cette formule : « nous devons attendre de voir élu un pontife qui partagea nos vues »… Et cela va être le cas bien plus tôt même que certains ne l’imaginaient. Il est piquant d’abord de voir la toute nouvelle IIIeme république, anticléricale et anti monarchique, recycler l’exclusive, cette prérogative héritée de l’Ancien Régime : le gouvernement français, sans complexe, va faire porter l’exclusive « en vertu d’un privilège ancien dévolu à la France » à l’encontre du cardinal Bilio, conservateur italien, favori du conclave de 1878.( https://www.persee.fr/doc/efr_0223-5099_2006_act_368_1_8786 )

(Il est cocasse de voir la façon dont le conclave a été relaté dans l’histoire officielle qui considère l’élection de Pecci comme « allant de soi et disposant d’emblée d’un nombre de voix majoritaire » et qui omet bien entendu cette intervention française sans laquelle il n’aurait jamais réuni les 2/3 des voix requises…).

Grâce à ce véto français, Vincenzo Pecci, de santé supposée fragile, est élu, devant être un pape de transition, sous le nom de Léon XIII. Mais il accomplira malheureusement l’un des pontificats les plus longs de l’Histoire (25 ans) où ses écrits condamnant le modernisme, le marxisme, la laïcisation et la maçonnerie seront toujours en opposition totale avec… sa politique et avec ses actes. Mais on comprend pourquoi Léon XIII a renvoyé l’ascenseur aux républicains français : il leur devait sa tiare. Selon Anatole France : Gambetta saluera dans son élection un « événement plein de promesses » et entreverra la possibilité d’un « mariage de raison avec l’Église », voyant en Léon XIII « un opportuniste sacré » ! On ne peut être plus clair, et la reconnaissance pontificale envers le monde anticlérical n’allait pas traîner : la première expulsion des congrégations en France date de 1880. Décédé le 20 juillet 1903, Léon XIII aura eu le temps de voir le fruit de sa politique, suivie en France par le nonce progressiste Domenico Ferrata : la seconde expulsion des religieux de France date de mars 1903. Il aura donc bien mérité de la maçonnerie et de la république ! On notera que ce parti pris de Léon XIII (et du cardinal Rampolla) n’est qu’une expression idéologique que rien ne justifiait politiquement dans l’intérêt de l’Eglise et qui n’eut aucune contre-partie ! Rampolla, dont les liens avec la maçonnerie ne sont plus à démontrer, emblématique secrétaire d’état de Léon XIII aurait coiffé la tiare au conclave de 1903 – qui élit le cardinal Sarto (Pie X) – sans la proclamation de l’exclusive (pour « sympathie » maçonnique) portée contre le cardinal Rampolla par l’empereur d’Autriche François Joseph. Nous ne reviendrons pas ici sur le célèbre toast d’Alger adressé par le cardinal Lavigerie ni sur l’encyclique « Au milieu des sollicitudes » pour insister, face aux échecs de ces manœuvres auprès des catholiques et des monarchistes, toujours majoritaires dans le pays, sur l’incroyable injonction papale de 1892 faite aux évêques français douze ans après les lois Freycinet / Ferry d’expulsion des congrégations notamment enseignantes intitulée « Notre consolation » (https://www.vatican.va/content/leo-xiii/fr/letters/documents/hf_l-xiii_let_18920503_notre-consolation.html)

« Acceptez le pouvoir civil dans la forme de fait où il existe ! Or, ces efforts deviendraient radicalement stériles, s’il manquait aux forces conservatrices l’unité et la concorde dans la poursuite du but final, c’est-à-dire la conservation de la religion, puisque là doit tendre tout homme honnête, tout ami sincère de la société. Notre Encyclique l’a amplement démontré. Mais, le but une fois précisé, le besoin d’union pour l’atteindre une fois admis, quels seront les moyens d’assurer cette union? Nous l’avons également expliqué et Nous tenons à le redire, pour que personne ne se méprenne sur Notre enseignement: un de ces moyens est d’accepter sans arrière-pensée, avec cette loyauté parfaite qui convient au chrétien, le pouvoir civil dans la forme où, de fait, il existe. Ainsi fut accepté, en France, le premier Empire, au lendemain d’une effroyable et sanglante anarchie ; ainsi furent acceptés les autres pouvoirs, soit monarchiques, soit républicains, qui se succédèrent jusqu’à nos jours. »
Lavigerie, Toulotte et la politique coloniale de la république

Le futur cardinal Lavigerie, en fondant les pères blancs, va créer un corps d’auxiliaires précieux pour la politique de colonisation sahélienne africaine de Jules Grévy. Son successeur au vicariat du Sahara Soudan, Anatole Joseph Toulotte (photo ci-dessous) va considérablement développer les connaissances historiques, géographiques et ethniques dans l’ensemble de la zone sahélienne.

Sans complexe, le gouvernement anticlérical va mettre à profit ces connaissances accumulées durant près de cinquante ans trente ans (1860 / 1910). Mgr Toulotte sera convoqué plusieurs fois à Paris, notamment à l’Elysée, pour exposer ses connaissances notamment sur le Sahel. La compétence et l’expertise n’étaient donc pas jugées pas incompatible avec la foi… Pas vrai Général André ?
Pie X, une réaction avortée de la catholicité à l’aube du XXeme :

Pie X s’est opposé au courant de sécularisation croissante de la société en Europe, et dès 1904 a durci les relations diplomatiques avec le gouvernement français pour introduire une instruction religieuse dans les écoles. Le 1er septembre 1910, il imposera le serment contre le modernisme à tous les prêtres. Il fut en cela largement secondé par son secrétaire d’état Rafael Merry del Val y Zulueta (fait cardinal à 35 ans) connu pour son érudition, ses capacités diplomatiques, son intransigeance en matière de doctrine et son implication dans la lutte contre le modernisme.

Le clan progressiste avait voulu alors imposer à Pie X Domenico Ferrata comme secrétaire d’état. [Il est cocasse de noter, chose rarement évoquée, que Merry del Val, alors simple prélat de sa sainteté, fut sacré évêque, et nommé archevêque titulaire (in partibus) de Nicée, le 6 mai 1900 par le cardinal Rampolla !] Mais, malgré le travail de restauration du tandem Pie X / Merry del Val, le mal était fait. Après conclave de 1914 – qui vit l’élection par le clan progressiste de Giacomo della Chiesa (Benoît XV) contre Merry del Val – celui-ci fut aussitôt écarté des responsabilités vaticanes par le nouvel élu.

Il fut remplacé comme secrétaire d’état par … Domenico Ferrata qui devenait enfin secrétaire d’état mais décèdera quelques jours plus tard (apparemment des suites d’une opération de l’appendicite) :

Benoît XV nomma alors pour le remplacer le très progressiste cardinal Gaspari fils spirituel de Rampolla…

La menace de guerre amène le gouvernement français à suspendre les mesures contre les congrégations religieuses pour rallier les catholiques humiliés par la politique anticléricale menée, pendant près de quarante ans. Le 2 août, le ministre de l’intérieur Louis Malvy invite les préfets « à suspendre l’exécution des décrets de fermeture ou de refus d’autorisation pris par application de la loi de 1901, des arrêtés de fermeture pris en exécution de la loi de 1904 et de toutes mesures généralement prises en exécution desdites lois ». Cette décision ouvre un régime de tolérance à l’égard des congrégations et de nombreux religieux rentrent en France par patriotisme ! En octobre 1915, Aristide Briand intègrera au gouvernement une personnalité catholique connue : Denys Cochin. C’est première fois que la troisième république, contrainte et forcée, allait mettre un frein à sa politique anticléricale initiée en 1877. Après la mort de Benoît XV, au conclave de 1922, Merry del Val bénéficiera des voix du clan conservateur contre le courant progressiste soutenant Gaspari, mais ne il ne pourra empêcher (après 14 tours de scrutin !) l’élection d’Achille Ratti (Pie XI) supposé candidat de consensus.
Pie XI et l’action française

La situation s’aggravera dès l’élection de Pie XI lorsqu’il conservera Gaspari comme secrétaire d’état. Le tandem Pie XI / Gaspari n’eut rien à envier au tandem Léon XIII / Rampolla et s’illustra particulièrement par la condamnation en 1927 par Pie XI de l’Action Française, le dernier mouvement catholique et royaliste français et par le renoncement avec fracas, au Vatican, dans le bureau du pape, du cardinal Billot qui y retirera ses insignes pontificaux pour signifier sa désapprobation Une situation totalement inédite sur le plan tant canonique et sacerdotal que protocolaire sans l’Eglise Romaine.

Il faudra attendre Pie XII (photo ci-dessus) pour voir levée cette condamnation scandaleuse qui plongea le monde catholique d’alors de France, déjà persécuté dans ses institutions dans un très profond désarroi, partagea les familles et finalement désorganisa la société. (On pourra déplorer que Pie XII n’ait pas restauré le « de nouveau » père billot, homme de conviction, théologien thomiste de renom, dans ses titres et prérogatives cardinalices.) On peut donc dire que la laïcisation anti-catholique de la France doit autant à la politique de certains papes notamment ceux séduits au XXeme siècle par une vision proprement marxistes du message christique, qu’aux idéologues républicains judéo-maçons, et ce n’est pas le moindre des paradoxes.

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