par Claude TIMMERMAN
III – La Théophilanthropie du Directoire 1797 – 1802 :

Culte domestique « ennemis du faste et des grandeurs », la théophilanthropie est aussi sans clergé, sans images, sans prosélytisme, S’opposant aux religions révélées elle se veut « naturelle » (On notera là la similitude totale de principes et d’organisation de cette « religion » avec le talmudisme qui proclame rappelons-le : « Le monothéisme tel que le propose le judaïsme ne présuppose pas l’existence de Dieu »). Elle aura été précédée d’un certain nombre d’autres projets de moralisation se réclamant eux aussi d’une religion naturelle : le culte social de Félix Le Pelletier, le culte des Adorateurs de Daubermesnil, le culte social de Benoist-Lamothe, le culte naturel de Bressy, les théistes…
Le meilleur moyen d’asseoir l’esprit républicain paraît être d’agir sur la cellule sociale élémentaire : la famille (Rousseau en précurseur avec son Emile ou De l’éducation !). La théophilanthropie sera une première tentative privée de moralisation et d’éducation populaire anti-familiale. Ceci n’est pas sans nous rappeler ce que proclame aujourd’hui Peillon et ses disciples : « La laïcité comme fait juridique, philosophique et historique n’est pas suffisamment étudiée. Certains pensent que la laïcité est contre les religions ; certains au contraire que c’est simplement la tolérance ; d’autres que c’est uniquement des règles de coexistence. Or, la laïcité ce n’est pas simplement cela. Il existe aussi une « laïcité intérieure », c’est-à-dire un rapport à soi qui est un art de l’interrogation et de la liberté. La laïcité consiste à faire un effort pour raisonner, considérer que tout ne se vaut pas, qu’un raisonnement ce n’est pas une opinion. Le jugement cela s’apprend. (…) Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper, car le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. »

La théophilanthropie, est un culte établi sur deux idées principales : la croyance en Dieu et l’amour du prochain :

Ce culte d’origine privée cherchait à offrir un culte conforme à la religion naturelle. Il fut soutenu par le Directoire entre le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) et la loi du 22 floréal an VI (11 mai 1798), notamment par le directeur La Révellière-Lépeaux.

Le directoire pensait qu’en soutenant ce culte il pourrait affaiblir le catholicisme et ainsi affermir les institutions républicaines.

Toutes ces pseudos religions échouèrent lamentablement à rassembler les foules et remplirent leur rôle : conditionner les masses de fidèles à la mentalité républicaine.

D’une part elles n’avaient ni légitimité, ni antériorité culturelle, d’autre part elles ne parvinrent pas à effacer le traumatisme créé auprès des populations par la persécution systématique du clergé local partout arrêté, déporté et massacré (voir les pontons de Rochefort et les noyades de Nantes, les guerres de Vendée). On parle de dizaines de milliers de catholiques (religieux ou non) exécutés au seul motif de leur foi. Les tristement célèbres et emblématiques carmélites de Compiègne n’en sont qu’un exemple !

Cadeau de la rédaction :
Le concordat de 1801

L’échec systématique de ces » religions républicaines de remplacement » imposa la nécessaire remise de la chrétienté (surtout la catholicité) à sa place, et sera acté par le concordat laborieusement conclu en 1801 entre Joseph Bonaparte, frère du Premier consul et envoyé par lui (dont les démarches auprès du pape furent faites par l’abbé Bernier), l’administrateur Emmanuel Crétet et le cardinal Consalvi [1], secrétaire d’État et représentant du pape Pie VII (l’acte porte leurs signatures).

Le pape en ratifie le texte, avec la bulle Ecclesia Christi (15 août 1801). L’article VIII du Concordat de 1801 déclare : « il est convenu qu’après l’office, on récitera dans les églises catholiques la formule de prière suivante : Domine, salvam fac Rempublicam ; Domine, salvos fac Consules (Seigneur, sauve la République; Seigneur, sauve les consuls). Cette prière prenait la place de l’oraison traditionnelle Domine, salvum fac regem (Seigneur, sauve le roi). Archevêques et évêques sont nommés par le Gouvernement, mais reçoivent l’institution canonique du pape. (Point final, en France, à toutes les querelles d’investiture opposant le roi et le pape qui ont empoisonné durant des siècles les relations entre l’Eglise et les souverains européens à commencer avec l’empereur dès le XIeme siècle).
Refonte des provinces ecclésiastiques :

Le texte dispose qu’il « sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français ». Les édifices de culte non aliénés sont affectés « à la disposition des évêques ». Ceci concerne « grosso modo 40 000 églises et chapelles paroissiales 30 000 presbytères, des évêchés, des grands et des petits séminaires ». Les cathédrales sont propriétés d’État (tout au moins celles qui constituaient encore des sièges épiscopaux). En 1808, la jurisprudence du Conseil d’État tranche en faveur de la propriété communale des églises affectées au culte paroissial.
Le Concordat, traité de droit international entre un état et le pape, ménage une place aux autres religions : alors que le pape veut désigner le catholicisme comme « religion d’état », Bonaparte impose celui de « religion de la majorité des Français ». Le pluralisme religieux est donc instauré, en France où l’Église catholique, déchue de sa fonction de religion d’état, sera désormais contrainte de s’accommoder de ce nouveau statut.
Le consistoire israélite de 1807 – 1808 :

En février-mars 1807, l’empereur Napoléon Ier suscite la création d’un Grand Sanhédrin réunissant soixante-et-onze rabbins dans le but de définir les principes du culte israélite et de lui donner une institution officielle en France. Le Consistoire central fut institué par le décret impérial du 15 mars 1808 portant statut, pris en application de la loi sur l’organisation des cultes, qui établit aussi sept consistoires départementaux. Les sept consistoires régionaux sont à l’origine situés à Paris, Marseille, Bordeaux, Metz, Nancy, Strasbourg et Wintzenheim. Les Consistoires sont composés de laïcs qui nomment les rabbins et administrent le culte. C’est une institution officielle dont l’organisation centralisée, publique et unitaire est calquée sur celle de l’Église catholique de France, sur celle du consistoire protestant, et plus généralement sur les autres grands corps de l’État dans la tradition du droit public français. Il adopta pour devise « Religion et Patrie » !

À la suite de la séparation des Églises et de l’État en 1905, l’institution publique officielle du Consistoire cesse d’exister : les différentes communautés juives de France se sont constituées en associations cultuelles israélites et se sont regroupées au sein de l’Union des communautés juives de France, en gardant cependant la dénomination de « Consistoire central ».
Il faut souligner que l’on prie toujours aujourd’hui dans les synagogues non pas « pour la France », ce qui n’a jamais été le cas, mais « pour la République » !

[1] Les discussions furent houleuses, parfois violentes. Les dispositions arrêtées furent maintenues lors du second concordat, dit Concordat de Fontainebleau, du 25 janvier 1813 et promulgué le 13 février 1813, portant essentiellement sur la question des États Pontificaux On rapporte qu’un soir Napoléon eut une altercation explosive avec le cardinal Consalvi alors exilé à Paris et qu’il lança : « Je détruirai votre église » Réponse de Consalvi : « Impossible, sire, même nous hommes d’Église n’y sommes pas parvenus… » (On pardonnera à Consalvi de ne pas avoir pu imaginer l’élection de Léon XIII ni celles de Paul VI et de François, pas plus que la convocation du concile Vatican II !

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