par Claude TIMMERMAN
II – Les religions révolutionnaires d’inspiration maçonnique 1792 – 1794 :

Tous ces projets religieux reposent sur l’idée résumée par Benoist-Lamothe selon laquelle « La religion est le principal fondement de la morale, la morale est le plus ferme appui des lois… ». Il est donc nécessaire que la République puisse s’appuyer sur une religion taillée à sa mesure. (C’est l’idée qui revint en force aujourd’hui chez les champions de la laïcité comme Vincent Peillon…). D’où l’idée qu’une religion est nécessaire à l’instauration et la pérennité du régime républicain. Et plusieurs essais seront tentés !
Le culte de la Raison :

Le culte de la Raison procède de l’athéisme et du naturalisme de Denis Diderot, dont s’inspirait Jacques-René Hébert. Il se développa d’abord dans le Centre et le Lyonnais où il était organisé par des représentants en mission souvent proches de l’hébertisme, avant d’atteindre Paris. Le « culte » s’est manifesté de septembre 1793 au printemps 1794 (ans II et III) par des cortèges carnavalesques, des dépouillements d’églises, des cérémonies iconoclastes, des cérémonies aux martyrs, etc.

A Paris, plusieurs églises furent transformées en temples de la Raison, notamment l’église Saint-Paul-Saint-Louis dans le Marais. Le mouvement se radicalisa en arrivant à Paris avec la fête de la Liberté à la cathédrale Notre-Dame, le 10 novembre 1793, organisé par Pierre-Gaspard Chaumette. Les Hébertistes étant en butte à Robespierre, ce culte éphémère va aussitôt disparaître.
Le culte de l’être Suprême :

Robespierre, déiste, veut mettre fin à l’athéisme militant des révolutionnaires et unifier les Français autour d’un culte commun, tout en renforçant la mainmise de l’État sur la religion. Il avait vivement attaqué les tendances athées et la politique de déchristianisation des hébertistes, qui avaient institué le culte de la Raison fin 1793. Ce culte de l’Etre Suprême marque une rupture avec la déchristianisation qui a accompagné la Révolution française. Il se voulait une expression des idéaux des Lumières : liberté (d’expression, de pensée, etc.), égalité. Une nouvelle Déclaration des droits de l’homme et du citoyen fut mise en place en 1793, par rapport à celle de 1789. On peut rapprocher ce culte d’un jacobinisme radical.

Hannah Arendt, dans le chapitre V de son Essai sur la révolution, rapproche ce culte d’une recherche d’un absolu légitimant la Loi. Elle le nomme « Grand Législateur Universel ». En effet, à la suite de l’échec de l’instauration d’une constitution remplissant le même rôle que la Constitution américaine, il fallait trouver un absolu qui soit une sanction transcendante dans le domaine politique. Il s’agit donc pour elle d’un héritage de l’absolutisme français.

Le culte de l’Être suprême se traduisait par une série de fêtes civiques, destinées à réunir périodiquement les citoyens et à « refonder » la Cité autour de l’idée divine, mais surtout à promouvoir des « valeurs sociales et abstraites » comme l’Amitié, la Fraternité, le Genre humain, l’Enfance, la Jeunesse ou le Bonheur.

La fête de l’Être suprême, célébrée le 20 prairial an II (8 juin 1794), est, pour quelques heures, la manifestation de cette unanimité mystique, morale et civique que Maximilien de Robespierre envisage pour l’avenir comme condition de la paix et du bonheur. Cette fête de l’Être suprême connut un grand succès à travers la France. Perçue comme un signe d’apaisement politique voire comme une reconnaissance du catholicisme par la république, cette fête suscita l’hostilité des sans-culottes. Deux jours plus tard, le 10 juin 1794, la loi de Prairial ouvre la période dite de « Grande Terreur », qui durera jusqu’à la chute de Robespierre le 27 juillet 1794 (9 thermidor).
Le culte de l’Etre suprême ne survivra pas à son exécution…

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