par Claude TIMMERMAN
I – L’origine judéo-protestante révolutionnaire du concept de laïcité:

On se souviendra que la paternité des prémices révolutionnaires de la laïcité en France revient à Moses Dobruška, petit cousin de Jacob Frank (le fondateur du frankisme) juif intrigant devenu proche de Joseph II anobli sous le nom de Franz Thomas von Schönfeld, puis « converti » au catholicisme. Il rallie « les Frères asiatiques », ou de leur nom complet « Ordre des chevaliers et frères de St. Jean l’Evangéliste d’Asie en Europe » obédience maçonnique allemande fondée en 1782 après le convent de Wilhelmsbad, à laquelle il donnera son orientation kabbalistique. Avec son frère Emmanuel et sa sœur Léopoldine, il rejoignit la France révolutionnaire en 1792, sous le nom de Junius Frey. Menant alors grand train, adoptant un mode de vie très éloigné de la rigueur jacobine, il fut soupçonné d’espionnage et de prévarication, en dépit de son activité et de ses publications en faveur de la Révolution. Compromis avec François Chabot, qui a épousé sa sœur Léopoldine, il est guillotiné avec son frère Emmanuel le 5 avril 1794. Frey se donne pour objectif de percer les fondements théologiques du régime démocratique, et propose une analyse des constitutions de Moïse, Solon et Jésus. Dans une critique empreinte de frankisme, il dénonce la loi de Moïse, qui aurait perpétué l’ignorance du peuple hébreu, au lieu de lui révéler les enseignements vrais de la chimie et de la physique : « Tous nos reproches vont au contraire tomber avec justice et raison sur Moïse seul… qui savait couvrir la vérité d’un voile si épais, si durable, qu’il est parvenu jusqu’à nous, sans que des millions d’hommes aient pu le percer ; et qu’encore aujourd’hui des millions pensent trouver dans ces vérités célestes, diamétralement opposées à nos vérités terrestres, l’établissement et l’appui de la royauté, contraire à la nature et à tous les principes ». Ce qui reprend la formule de Jacob Frank : « les lois de Moïse qui pèsent sur le peuple et lui nuisent, mais la Loi de l’Eternel est intègre, car elle n’a jamais été proférée ».

Forte de ces conceptions stigmatisant l’obscurantisme inhérent au religieux face au rationalisme, la révolution jacobine va alors se lancer dans la destruction du catholicisme multipliant les massacres de religieux, les démolitions des édifices religieux etc

Il faut bien comprendre que la révolution politique anti-monarchique à visée républicaine de 1789 / 1791 s’est mutée lors de la Convention en révolution antireligieuse anticatholique, sous l’impulsion des juifs et des protestants accueillis à bras ouverts par les instances révolutionnaires…

Junius Frey : le premier théoricien révolutionnaire de l’athéisme et de l’anticléricalisme

Le premier décret de naturalisation du 26 août 1792 accorde le titre de citoyen français, par rajout, à Junius et Emmanuel Frey (orthographié alors Frais) : « M. Rühl demande que le sieur Giller, publiciste allemand, soit compris dans la liste de ceux à qui l’Assemblée vient d’accorder le titre de citoyen français. Un citoyen admis à la barre, demande que Junius et Manuel Frais soient admis au même honneur. M. le Président répond au pétitionnaire et lui accorde les honneurs de la séance. »
Aventurier juif, Moses Dobruška, est un rabbin kabbaliste et alchimiste de Bohème, converti au catholicisme. Il s’introduit à la cour de l’empereur du Saint Empire Joseph II où il finit par être anobli par l’empereur sous le nom de Franz Thomas von Schönfeld. Mais c’est sous le nom de Junius Frey qu’il ralliera la France à l’époque de la révolution. Compromis dans des scandales politico-financiers avec son beau-frère François Chabot, député conventionnel qui a épousé sa sœur Léopoldine, il sera guillotiné avec Danton et ses amis le 5 avril 1794. Se piquant de philosophie politique il sera à l’origine de la terreur et de la politique anticléricale de la Convention, en rédigeant son essai : « Philosophie sociale dédiée au peuple français » – Paris, Ed. Froullé, 1793 :

Un texte qui disserte longuement, s’appuyant sur Locke et Rousseau, sur la constitution républicaine, la liberté, l’égalité et les religions. Nous retiendrons ici sa définition quelque peu étonnante de la liberté : « liberté est égalité des droits » (in « Philosophie sociale dédiée au peuple français » – Paris, Ed. Froullé, 1793, p. 175). Ce qui revient à justifier la pire des dictatures. Pour Frey, il ne peut exister de liberté en dehors des domaines où le régime en place reconnaît des droits ! Et à propos des religions il énonce : « Souffrir l’existence d’une religion qui choque les principes [républicains] est aussi une liberté poussée trop loin, contraire au droit, une licence. Celle-ci se glisse communément dans l’état sous le masque philanthropique de la tolérance qui, considérée rigoureusement, n’est elle-même qu’une tyrannie qui, déjà plus forte que les principes peut permettre ce qu’ils n’eussent point accordé dans leur vigueur. (p. 179) et continuant : [La religion chrétienne] enseigne à mourir, mais non pas à vivre : pour elle, le ciel est tout la terre n’est rien. Certainement il ne peut exister de doctrine plus dangereuse pour la société, nulle ne blesse autant le principe de conservation du moi, dans l’état de nature et dans l’ordre social ; oui cette religion est une usurpation manifeste sur les droits de la société, un assassinat du principe. La peine de mort est, dans sa véritable acception fondée en droit pour de tels docteurs, prédicateurs et interprétateurs de la parole de dieu. » (p. 180 où vous remarquerez que « dieu » est écrit typographiquement avec un « d » minuscule.). Plus loin : « La peine que nous avons décernée contre ceux qui veulent tuer pour le ciel le principe terrestre, doit être infligée à ceux qui veulent tuer terrestrement le même principe par la propagation de discours d’écrits et d’opinions, en faveur de l’aristocratie et de la monarchie. » (p. 181)
En fait, cet essai était primitivement destiné à « justifier » les massacres des 146 religieux des Carmes, intervenus moins de quinze huit jours après l’obtention de son décret de citoyenneté. Qualifié de « traité« , cet essai sera à l’origine de la dogmatisation du concept de laïcité.

A l’époque, des massacres semblables totalisant plus de 1300 assassinats ont également eu lieu dans le reste de la France, etc. Les massacreurs (dits « septembriseurs ») vont aller dans les prisons où ils tueront un grand nombre de leurs occupants, des prisonniers royalistes ou de droit commun, comme des religieux.

C’est aux écrits de Frey que vont se référer durant deux siècles les grands théoriciens de la laïcité (tous maçons) tel Ferdinand Buisson, et à l’époque actuelle : Vincent Peillon, Jean Baubérot ou François Baroin [1].

[1] Sur les origines messianiques juives de la laïcité dogmatique, voir l’excellent ouvrage de Youssef Hindi : « La mystique de la laïcité: généalogie de la religion républicaine de Junius Frey à Vincent Peillon » – Ed Sigest…

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