COCAÏNE : LE MOYEN DE SE SENTIR « FORMIDABLE » 1/3

par Bernard PLOUVIER

La cocaïne est une drogue qui bloque le système nerveux autonome gérant le stockage d’énergie et le fonctionnement calme, ordinaire de l’organisme (le système dit cholinergique), ce qui procure une libération de l’effet des hormones antagonistes, dont l’adrénaline, d’où une augmentation de l’endurance musculaire, une excitation générale physique, psychique et sexuelle, mais très fugace, d’autant que l’intensité et la durée des effets de la « coke » dépendent de chaque utilisateur.

Le cocaïnomane est réputé « perfectionniste » ; on en reparlera en conclusion, car rien n’est moins assuré. C’est par essence un individualiste, qui après y avoir goûté – par hasard lors d’une fête ou par expérience délibérée – veut redevenir pour quelques dizaines de minutes le demi-dieu qu’il a admiré lors du premier essai. La « coke », c’est la drogue des Narcisses.

Dans le Paris des années 1920-1930, la cocaïne était la drogue festive des artistes, n’étant pratiquement répandue que dans le milieu autonome des lettres et du théâtre, des arts plastiques, du cirque, du music-hall et du cinéma : n’y étaient admis que les profanes riches, du groupe des « bienfaiteurs », amants, gitons et admirateurs.

De nos jours, la « coke » a conquis le petit monde de l’événementiel, surtout dans les milieux entremêlés – si on veut faire affranchi, on dit : « les interfaces » – de la finance, de la politique et des media.

Elle fait aussi des ravages chez les jeunes des milieux de l’hôtellerie-restauration et chez les marins, si l’on est prêt à accepter certaines propositions, autrefois jugées déshonorantes, pour changer de vie ou simplement pour se payer la drogue, dans un cercle vicieux autodestructif. De nombreux toxicomanes, dans la tranche des 20-35 ans, passent depuis les années 2010, à la « coke » jugée moins dangereuse que l’héroïne, ce qui n’est vrai qu’en partie.

Contrairement aux âneries répandues sur les blogs du Net et les chaînes de télévision, la « coke » (variantes : « neige » ou « Julie », ce dernier surnom saluant les performances des obsédés de l’érection à tout-va) demeure une toxicomanie chère, qui se monnaie entre 50 et 80 euros le gramme, voire 120 pour une « coke ultra pure », sauf aux Antilles et en Guyane, où elle est 4 fois moins chère, par la proximité des producteurs andins.

Elle fait bon ménage avec l’alcoolisme mondain ou crapuleux – ce serait le cas de 20% des cocaïnomanes français -, avec le tabac – 85 % sont des fumeurs -, mais aussi avec le « Hasch. », drogue hallucinogène – 90 % des utilisateurs de « coke » fument de l’herbe ou mâchent le mélange miel-Hasch (la marie-jeanne), en général achetés au même dealer, ce qui permet de bénéficier de ristournes, le Haschisch se négociant entre 10 et 20 euros le gramme « d’herbe » et entre 5 et 7 euros le gramme de résine ou sa « confiture ».

Il est bon de savoir qu’en décembre 2020, les « diplomates » de l’ONU ont retiré de la liste des stupéfiants le cannabis – indispensable à l’économie de certaines régions de la planète – et ses sous-produits huileux, dont le marché est en pleine expansion.

Comme on n’arrête pas le progrès, même dans la sottise et la déchéance, les gouvernements de Bolivie et du Pérou ont demandé à l’ONU le retrait des dérivés de leur trésor vert (les feuilles de coca) de la liste officielle des stupéfiants publiée le 30 mars 1961. En Bolivie, où la culture de la Coca est libre – comme au Pérou, un pays où les politiciens sont plus discrets sur ce point -, on commercialise des bonbons, du chocolat, de la farine, des liqueurs à base de Coca et l’on conspue les « narco-capitalistes », ces trafiquants qui ont, paraît-il, créé une aura maléfique autour de « l’or vert des Andes » !

En nos jours, il est licite de posséder 500 mg (Mexique), 750 mg (Italie), voire 1 gramme (Tchéquie, Portugal, Colombie) de « coke », pour usage personnel. La Tchéquie est un exemple d’État en voie de pourrissement : depuis la fin de la dictature communiste, ce pays où la prostitution homosexuelle a été décriminalisée dès 1990 est devenu le N°1 de l’exportation des jeunes prostitués homosexuels vers les gros sites de consommation d’Occident et une plaque tournante du trafic de « coke » en Europe Centrale, réalisant l’association « Chem-Sex » : la cocaïne additionnée de drogue(s) psychédélique(s) pour améliorer les performances des faiblards ou permettre des records chez les demi-dieux.

MILITANTS HOMOSEXUELS TCHÈQUES

Dans le quotidien-phare de la gauche caviar française Le Monde, on a publié le 13 janvier 1971 une statistique de l’OMS – l’Organisation Mondiale de la santé, une officine de sinécures dorées dépendant de l’ONU –, où l’on estimait à 300 millions le nombre d’alcooliques chroniques sur la planète (ce chiffre ridiculement faible fit hurler de rire bien des médecins de France) et à 30 millions le chiffre approximatif des utilisateurs chroniques de la Coca, soit les pauvres Andins et Mexicains, mâcheurs de feuilles pour tromper leur faim, en plus des loufoques des soirées branchées aux USA et des toxicomanes artistes ou réputés tels.

À l’époque, on estimait à 300 tonnes/an les feuilles de coca utilisées par l’industrie pharmaceutique, et à peu près autant pour la contrebande. Vers 1990, le marché annuel de la « coke » – la cocaïne illicite, par opposition aux spécialités utilisées comme anesthésiques de contact en médecine – avoisinait le millier de tonnes. La lutte contre les « stups » ayant beaucoup progressé en vingt ans – ayons une pensée émue pour la grand Président Richard Nixon qui avait lancé cette guerre, ce qui a directement déclenché sa chute -, le trafic vers les USA se faisait surtout par voies aérienne et océanique, moins par voie terrestre, via le Mexique, grâce à des « mules » humaines transportant un à deux kg de drogue.

Durant les années 2000-2010, le passage de l’Amérique andine et colombienne vers l’Amérique du Nord est devenu quasi-exclusivement terrestre, par le Mexique, d’autant que la démagogie des pleureuses s’en est mêlée, créant un sport nouveau : l’organisation d’abord bénévole et gratuite, puis mafieuse et coûteuse du transport clandestin des Latinos au-travers d’une frontière présentée comme une « Muraille de Chine » et qui est en réalité une passoire, comme le sont les frontières européennes pour les immigrés d’Afrique et du Moyen-Orient.

Le cheminement de la « coke » vers l’Europe part de nos jours du Brésil, des Antilles et des Guyanes, profitant des relations privilégiées avec la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ou le Portugal. Existent aussi des relais en Afrique du Sud, au Nigéria, dans le couple Sénégal-Mali et les pays du Maghreb, tous pays où la « guerre contre la drogue » est en réalité une course au bakchich, où ne sont pris que ceux qui ne crachent pas au bassinet. [ A propos du Nigeria : https://adf-magazine.com/fr/2024/07/le-nigeria-fait-des-progres-contre-le-trafic-de-drogue/ , publié il y a trois jours ; complément de la rédaction ].

Dans les années 2010, la « coke » a fait une percée en Australie et chez les « Dragons d’Asie » : les nouveaux paradis pour traders. C’est à cette époque qu’elle est devenue l’aliment de base du cerveau du trader et celui du jeune cadre, civil ou militaire, réputé plein d’avenir. La « coke » forme un couple infernal avec les illusions mathématiques appliquées à la spéculation tous azimuts, toujours hasardeuse et parfois délirante dans son ampleur, car les petits génies sous cocaïne oublient dans leurs savantes prévisions l’aléa, le fameux « grain de sable » qui change le cours de l’histoire, celle de la politique, des guerres ou du profit sans travail productif.

Depuis 2010, la « coke » à elle seule représente le tiers du marché européen des stupéfiants. Les saisies dans la seule France ont approché les 28 tonnes (T) en 2022, soit 2,5 fois celles de 2010 ou 2011 – mais en cette même année 2022, les douanes et les services de police et gendarmerie ont saisi 130 T de cannabis en « herbe » ou en résine.

La production mondiale de « coke » est estimée actuellement aux alentours de 2 000 T, dont 75 % en provenance de Colombie. La culture de l’Erythroxylum coca – pour faire simple : le Cocaier – est légale au Pérou et en Bolivie, illégale mais de plus en plus répandue au Mexique, Guatemala, Honduras, Panama, Équateur et Venezuela. Le marché actuel de la « coke » pèserait de 150 à 200 milliards $ US, touchant 25 à 40 millions d’usagers « réguliers » (4 prises hebdomadaires, voire plus), et l’on comprend aisément que les statistiques de cette économie parallèle, de ce comportement prohibé ne peuvent qu’être très approximatives.

Selon l’Agence Reuters – par son communiqué du 22 mars 2023, reprenant l’interview d’Alexis Goosdeel, un ex-psychanalyste, Directeur de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies –, la flambée des drogues dures touche de la même façon la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie. La « coke » est talonnée par le groupe des amphétamines et de l’ecstasy & de l’une des « drogues du viol », la kétamine ; en revanche, les opiacés seraient en petite forme (Reuters : Cocaine use has risen across Europe).

En Union Européenne durant l’année 2021, les saisies de « coke » ont porté sur 240 T, dont 70 en Belgique (où Anvers est le grand port importateur), 50 aux Pays-Bas (Amsterdam et Rotterdam), 38 T en Espagne, cible privilégiée des dealers marocains, et, on l’a vu plus haut, 28 T en France. Mais la destruction après saisie n’est pas toujours aussi bien organisée ni surveillée qu’elle devrait l’être, même si elle est nettement plus efficace que ce que l’on constate en Afrique, en Amérique Latine ou dans certains pays d’Asie. Car si 60 % des saisies mondiales de cocaïne ont lieu en Amérique Latine, le laxisme et la corruption ambiants font qu’il s’agit d’une simple redistribution dans des pays où les fonctionnaires se plaignent d’être mal payés. Le rédacteur du site Net Interpol l’affirme : trafic de drogue et corruption politico-administrative vont de pair.

De fait, si l’on soustrait de l’estimation de la production totale de « coke » (en principe 2 000 T/an) le chiffre des saisies (environ 600 T/an), on ne comprend pas comment cette drogue peut être devenue le N°1 mondial de la toxicomanie « dure » : ou bien on se trompe dans les estimations ; ou bien on ment beaucoup sur les chiffres de la production et de la destruction des saisies.

Fin 2022, on estime à 600 000 le nombre des consommateurs réguliers de « coke » en France, mais un peu plus de 2 millions de personnes y auraient goûté au moins une fois dans l’année. C’est un phénomène des grandes villes et des gens les plus aisés – les voleurs chanceux entrant dans cette catégorie. Si l’on compare les différentes drogues utilisées en France, la « coke » (0,6 million d’usagers) vient loin derrière le Cannabis (5 millions de « réguliers »), mais devance les 400 000 drogués aux amphétamines et à l’ecstasy. Les opiacés sont en net recul : pour une fois, la presse et le Net ont été utiles, où l’on insiste lourdement sur le moindre cas d’overdose mortelle d’une célébrité.

Les Antilles et la Guyane forment la principale voie Occidentale d’entrée en France (à 90% par les ports, Le Havre étant le port d’introduction des deux-tiers de la « coke » vendue en France métropolitaine, et à 10% par voie aérienne). La voie du Sud est celle qui part du Maghreb ou du Nigeria, débouchant sur les ports et abris côtiers méditerranéens où accostent non seulement des cargos, mais aussi des chalutiers, des vedettes rapides, des bateaux de plaisance et même de petits sous-marins. La drogue est acheminée par conducteurs routiers, des ports et aéroports d’entrée jusqu’aux cités de grande consommation.

Le deal à point fixe (rues, parcs, métro, gares, voire cimetières et plages) ne représente plus que le cinquième des ventes au détail, contre un tiers de livraisons à domicile – où des femmes bon chic bon genre sont de plus en plus utilisées comme transporteuses « insoupçonnables » – enfin sur rendez-vous pris par téléphone ou par le Net. Un tiers du négoce passe par les organisateurs de soirées et de fêtes, et l’on ne fera qu’évoquer les livraisons, très discrètes et par intermédiaire hyper-rémunéré, aux jeunes (et moins jeunes) loups de la politique et des média, trop connus pour se fournir eux-mêmes. Enfin, la Poste – « où l’on a tous à y gagner », s’il faut en croire le slogan maison – et les messageries sont autant de porteurs « naïfs » (en jargon de voyous : des gens qui n’ont aucune idée de ce qu’on leur fait exécuter) de drogue commandée sur le Net occulte.

Le raffinage de la cocaïne vendue en Europe se fait à 50% en Colombie et pour l’autre moitié, en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Les étapes du raffinage ne sont guère compliquées, mais nécessitent, au moins en phase finale, des techniciens rigoureux.

On commence par faire macérer les feuilles de Coca dans un acide quelconque, pour en extraire les alcaloïdes – on appelle alcaloïde toute substance d’origine végétale contenant un ou plusieurs atomes d’azote. Puis on jette les feuilles et on traite le liquide brunâtre ou marron foncé par de l’alcool ou de l’essence pour isoler les alcaloïdes des autres constituants. On alcalinise la préparation au bicarbonate de sodium pour obtenir la pâte-mère, que l’on peut vendre en galettes. Cette pâte est traitée à divers acides forts, à l’acétone, à l’ammoniaque et à l’éther, puis on filtre et sèche le résidu : on a ainsi obtenu la poudre blanche de cocaïne. Avec 1,125 tonne de feuilles de coca, l’on produit 3 kg de poudre de cocaïne provenant de 7,5 kg de pâte.

Units of the Colombian Navy guard liquid and solid chemical precursors used to manufacture cocaine hydrochloride, following the discovery of a mega-lab in Nariño department, in mid-October 2021. (Photo: Colombian Navy)

Reste à envisager le bénéfice des honorables raffineurs-exportateurs, grossistes et dealers. L’achat des feuilles aux paysans, le transport aux centres de raffinage et ses opérations font revenir à environ 4 000 $-US actuels le kg de « coke ». Les transporteurs, grossistes et détaillants-en-chef forment les intermédiaires qui portent le kg aux alentours de 65 000 $ : toute économie, officielle ou maffieuse, est encombrée de parasites. Si l’on ajoute le bénéfice des revendeurs ou dealers, on arrive parfois à 70 000 $. Ni le paysan andin, ni le technicien du raffinage employé des cartels ne touchent beaucoup : il s’agit pour eux d’une activité vivrière.

 On pourrait espérer que Sud-Américains et Maghrébins finissent par s’entre-tuer, mais toute l’histoire des mafias prouve qu’après quelques escarmouches destinées à tâter la ténacité de l’adversaire, les voyous finissent par se partager le gâteau.

Caids nigerians de Marseille remplace les Maghrébins qui avaient remplacé les Corses !

Certains de ces bienfaiteurs de l’humanité souffrante, ayant été formés en écoles de commerce et de management, tentent de s’adapter aux consommateurs les plus exigeants. Si dans les années 1880-1914, la cocaïne était pure à 95-98 %, la teneur avait chuté durant les années 1920-90, lorsque le trafic était dominé par les mafias judéo-siciliennes : on dépassait rarement 30% d’alcaloïdes. Vers l’An 2000, la teneur en alcaloïdes de la « coke » ne dépassait jamais 45 % ; de nos jours, elle est au moins de 70 %. On a diminué la proportion des « agents de coupe » moins chers que la cocaïne – caféine, Phénacétine et Lévamisole, les deux derniers sont des stimulants de la sécrétion de dopamine et de sérotonine (les neuromédiateurs du « plaisir ») et sont d’autant moins coûteux que les laboratoires pharmaceutiques ont bradé leurs stocks, interdits de vente pour cause de toxicité en cas de prise prolongée.

Contrairement à leurs lointains prédécesseurs qui ne voyaient que le profit à court terme, les maîtres marocains du trafic « Hasch + coke » privilégient la fidélisation de la clientèle, ce qui passe par le respect des exigences de l’acheteur-roi et l’octroi de primes de fidélité – du style une livraison gratuite pour dix payées.

La marine française a annoncé lundi 29 juillet 2023 avoir saisi 1,2 tonnes de cocaïne sur un voilier naviguant dans l’océan Atlantique à 660 milles nautiques (environ 1.200 kilomètres) au large de la Martinique : « Dans la nuit du 17 au 18 juillet 2024, la frégate de surveillance Germinal a réalisé une saisie de 1.255 kg de cocaïne sur un voilier« , est-il précisé dans un communiqué conjoint des Forces armées aux Antilles (FAA) et du parquet de Fort-de-France. Selon ce communiqué, « lors de sa montée à bord, l’équipe de visite du bâtiment de la Marine nationale a constaté la présence de ballots suspects à l’intérieur du voilier » et la marchandise a été « testée positive à la cocaïne« . Cette opération « est le fruit d’une étroite coopération internationale« , souligne la Marine, qui évoque le soutien du Centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants – agence européenne de répression du trafic de drogue – et de la National Crime Agency (NCA) britannique. L’enquête a été confiée à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Fort-de-France et un juge d’instruction a été saisi pour des « faits d’importation et d’exportation de stupéfiants et d’association de malfaiteurs », ajoute le communiqué sans révéler le nombre de suspects arrêtés ni leur nationalité, citant des raisons de sécurité.
Depuis le début de l’année, « près de 22 tonnes de stupéfiants » ont déjà été saisies aux Antilles, « dont 17 par la marine« , a déclaré à l’AFP Clarisse Taron, procureure de la République à Fort-de-France. Cela représente « plus de quatre fois » la quantité interceptée sur la même période en 2023, avec « des quantités beaucoup plus importantes sur chaque saisie« , a-t-elle ajouté. Sur l’ensemble de l’année 2023, les autorités françaises avaient intercepté 11 tonnes de cocaïne aux Antilles
; NdR.

Il y a trois ans déjà :


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