QUELLE LANGUE POUR L’EUROPE ? 4/4

par Marc ROUSSET

« Fournir à tous les Européens leur deuxième langue, celle qui permet de fonder une véritable union politique et culturelle, offrant à tous un accès facile à la communication, aux échanges et au travail, sur un pied d’égalité et sans discrimination. À l’abri d’une langue n’appartenant à aucun pays ou groupe, toutes les langues d’Europe peuvent s’épanouir, chacun dans son terreau naturel, et attirer beaucoup plus d’élèves qu’aujourd’hui. Ainsi peut-on assurer la pérennité et la vitalité de toutes les langues d’Europe qui constituent une véritable richesse », René Descartes.

« L’espéranto est une langue simple, flexible et harmonieuse, utile pour une prose élégante et pour des poèmes inspirés. Il sert à exprimer toutes les pensées et les plus délicats sentiments de l’âme. C’est la langue internationale idéale. », Jules Verne.

« L’espéranto n’est pas du tout une langue uniforme, une langue robot, mais au contraire, une langue naturelle et souple (…). L’espéranto est en mesure d’exprimer les nuances les plus subtiles de la pensée et du sentiment (..) et il ne peut pas porter ombrage aux fidèles des langues nationales », Maurice Genevoix, ancien Secrétaire perpétuel de l’Académie française.

« Une langue est une institution sociale traditionnelle. La volonté de l’homme intervient sans cesse dans le langage. Le choix d’un parler commun tel que le français, l’anglais, ou l’allemand procède d’actes volontaires. Une langue comme la « langue du pays » norvégienne a été faite sur la base de parlers norvégiens, par un choix arbitraire d’éléments, et ne représente aucun parler local défini (…). Il n’est donc ni absurde ni excessif d’essayer de dégager des langues européennes l’élément commun qu’elles comprennent pour en faire une langue internationale », Antoine Meillet, Institut de France, professeur au Collège de France[1]

Le Royaume-Uni étant sorti de l’UE, il n’y a plus aucun sens à utiliser l’anglais comme langue dominante, alors qu’il ne s’agit de la langue historique d’aucun Etat membre, d’autant plus que l’Angleterre s’est toujours opposée à l’idée européenne et que l’anglais parlé en Europe est en fait l’anglo-américain, la langue de l’OTAN et de l’Amérique impérialiste.

Il faut savoir que l’anglais n’a pas toujours dominé les échanges européens : lors de la création de la Communauté économique européenne, l’ancêtre de l’UE, c’est le français qui s’imposa comme langue de travail. Dès lors, si l’Union européenne a changé de facto une fois de langue de travail, rien ne l’empêche d’en changer à nouveau.

Quels sont les candidats à devenir langue commune officielle de l’Union européenne ? L’allemand, langue la plus parlée en Europe par ses populations, le mandarin, la langue la plus parlée dans le monde, l’anglais, langue dominante du commerce international, le français, langue internationale historique jusqu’au XXe siècle ? La réponse nous est donnée par Albert Einstein : « l’espéranto est la meilleure solution à l’idée de langue internationale ». En effet puisque les Européens ont le choix entre 6000 langues, pourquoi choisir une langue complexe, difficile à prononcer et longue à maîtriser, alors que l’espéranto, langue reconnue par l’UNESCO, s’apprend 10 fois plus rapidement que toute autre langue ? Il suffit généralement d’un an d’apprentissage pour parler couramment espéranto, là où plus de dix ans sont nécessaires pour l’anglais, le français ou l’allemand.

La grammaire de l’espéranto est entièrement régulière, logique. Tous les verbes se conjuguent de la même façon ; tous les pluriels sont réguliers ; les lettres se prononcent toujours de la même façon. En éliminant les exceptions grammaticales, l’espéranto a éliminé la complexité, tout en conservant les nuances et la précision du langage. De plus, l’espéranto n’est pas une langue artificielle morte sans âme, mais un centre vivant de gravité de toutes les langues vivantes européennes dont il tire ses origines, avec des emprunts multiples.

Pour construire une Europe Puissance des Nations et préserver les diversités culturelles face aux défis du XXIe, l’espéranto semble avoir de nombreux atouts comme langue commune européenne, Russie incluse. N’oublions pas que le créateur de l’espéranto, Ludwig Zamenhof (photo ci-dessous), vivait en 1887 dans le Nord-Est alors multilingue de la Pologne d’aujourd’hui qui était partie intégrante de la Russie des Tsars.

Si le français n’est pas accepté comme langue commune dominante des Européens, cela ne pourra donc pas être l’anglais, en fait l’« anglo-américain », langue impérialiste du « business » de l’Amérique et de l’OTAN qui, contrairement au français, conduirait inéluctablement à terme, très rapidement, à la disparition inexorable de toutes les langues nationales de l’Europe, à l’instar du breton en France ou du français en Louisiane. La France et tous les pays francophones se devraient donc d’utiliser d’une façon impérative leur droit de veto pour s’opposer à ce crime linguistique et éviter le suicide irréversible de la langue de Molière.

Il ne resterait alors plus, le dos au mur, pour tous les Européens, qu’on le veuille ou non, qu’une seule et unique solution réaliste et n’ayant rien d’utopique : l’espéranto, seule langue neutre et éthique susceptible de préserver dans l’immédiat et dans un avenir très lointain la survie des langues nationales et le plurilinguisme européen. L’introduction de l’espéranto en Europe, décision politique, contribuerait à rapprocher les pays européens entre eux, d’une façon volontariste et non impérialiste, et serait tout à fait comparable à l’introduction du système métrique par Talleyrand en France, lors de son discours du 9 mars 1790 à la Convention.

Marc Rousset – Auteur de « Notre Faux Ami l’Amérique Pour une Alliance avec la Russie » -Préface de Piotr Tolstoï – 370p – Librinova – 2024


[1] Antoine Meillet (1866-1936) – Les langues dans l’Europe nouvelle -p.278, Paris, Payot, 1918 ; 2ème édition, 1928.


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