QUELLE LANGUE POUR L’EUROPE ? 1/4

« Si demain, l’Angleterre étant entrée dans le marché commun, il arrivait que le français ne reste pas ce qu’il est actuellement, la première langue de travail de l’Europe, alors l’Europe ne sera jamais tout à fait européenne. Car l’anglais est avant tout, pour le monde entier, la langue de l’Amérique », Déclaration au journal Le Soir du 19 avril 1971 du Président Georges Pompidou.

« Si nous reculons sur notre langue, nous serons emportés purement et simplement. C’est à travers notre langue que nous existons dans le monde autrement que comme un pays parmi les autres. », Déclaration en 1971 de Georges Pompidou.

« La science doit parler la langue universelle et cette langue est le français. », Frédéric II de Prusse.

« L’Europe et le monde seront ce que sera la langue de demain… », Jean Giraudoux – 1930.

L’idée de nation relève de conceptions différentes selon les pays et les auteurs. Ernest Renan voyait la nation comme une âme, un principe spirituel associant le legs du passé et le désir de vivre ensemble dans le présent. En Allemagne où l’unité politique fut tardive, Herder et Fichte insistaient sur le peuple et la langue. Et pour Albert Camus, « sa Patrie, c’est la langue française ».

La trahison de la langue française par les élites est une question primordiale qu’ils aiment passer sous silence. Mais l’Amérique et les Anglo-Saxons, tout à fait conscients de la « soft power » de l’anglo-américain, prônent ouvertement un impérialisme linguistique.

David Rothkopf, directeur général de Kissinger Associates disait : « ll y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ».[1] Margaret Thatcher, lors d’une conférence aux États-Unis s’en prit violemment à ceux qui s’opposent à cette évidence : « Au XXI° siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, la langue dominante est l’anglais, le modèle économique est le capitalisme anglo-saxon »[2] d’où une puissance unique, une langue unique, une idéologie unique, un système unique.[3]

Et selon les conclusions d’une Conférence à Cambridge, « L’anglais doit devenir la langue dominante…La langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première, mais ensuite l’anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale »[4].

L'Anglomanie - Une fascination européenne - Editions Bartillat

Le piège du tout anglais, c’est l’hégémonie culturelle américaine. Lorsqu’un Français et un Allemand se parlent en anglais, les cultures françaises et allemandes sont non seulement absentes, mais se détruisent mutuellement. La langue française est victime du défaitisme de la majorité de ses élites, persuadée d’utiliser, depuis l’élection de Giscard d’Estaing, un idiome ringard, l’ancien complexe de supériorité des élites françaises s’étant transformée stupidement en un complexe d’infériorité, face à la puissance nouvelle de l’Amérique victorieuse en 1945.

Dans Guerre des langues : le français n’a pas dit son dernier mot[5] , le journaliste Frédéric Pennel démontre que dans ce vaste monde, il existe une guerre des langues et que, dans cette bataille, le français dispose à la fois de nombreux atouts et d’une étrange faiblesse. Ses atouts : des positions fortes et un prestige culturel considérable. Sa faiblesse : des « élites » ayant une fâcheuse propension à multiplier les anglicismes…

Selon le politologue Mathieu Bock-Côté, pour quelle raison Emmanuel Macron devrait-il, lors d’une conférence à l’université Humboldt de Berlin, s’adresser en anglais aux Allemands ? À sa connaissance, l’anglais n’est pas encore la langue nationale en Allemagne. Emmanuel Macron ne concède-t-il pas ainsi que l’anglais est désormais la langue commune des Européens ? L’universitaire québécois voit dans l’anglomanie des élites françaises une forme de dévalorisation de soi, comme si le français était la langue d’un monde déclassé.

En prenant la tête, à sa manière, d’une internationale de la diversité des peuples, seule la France a vraiment les moyens de tenir tête à ce qu’on appelle communément le rouleau compresseur de la mondialisation. En réservant la langue française aux nationaux, désormais traités comme des provinciaux inadaptés aux exigences de la mondialisation, Emmanuel Macron révèle l’idée assez pauvre qu’il se fait de la France.[6]

De même, selon le professeur d’histoire François Gingras de l’Université du Québec, la question se pose de savoir comment la nation française peut continuer à penser sa spécificité si ses institutions d’enseignement supérieur abdiquent la langue nationale dès qu’un anglophone apparaît dans le décor. Ne serait-ce pas plutôt à cette personne d’avoir la courtoisie d’apprendre ou du moins de comprendre la langue du pays dans lequel elle considère utile et intéressant de venir étudier ? L’universitaire québécois juge que l’enseignement supérieur français manifeste une fascination ridicule pour l’anglais, qu’il tient pour la langue des vainqueurs : « Français, la soumission de vos universités à l’anglais désespère les amis de la France ».[7]

L’Europe ne parle pas, en fait, la langue de Shakespeare, mais celle du « business », du « Stock Exchange » à Wall Street et de l’« US Army » dans l’’OTAN. C’est ainsi que, selon l’académicien Jean-Marie Rouart, l’aéroport Metz-Nancy a cru intelligent et original de s’affubler d’un ridicule « Lorraine Airport ».[8] Il ne reste plus qu’à rebaptiser Jeanne d’Arc en « Joan of Arc » ! La langue française est rongée par un cancer qui distille ses métastases sous le fallacieux motif de la modernité. Le Professeur Etiemble de la Sorbonne avait déjà manifesté son indignation en 1972, dans un célèbre pamphlet Parlons-nous franglais ? : « Tout le monde est coupable, la presse et les Marie-Chantal, la radio et l’armée, le gouvernement et la publicité, la grande politique et les intérêts les plus vils ». Les Français se réveilleront un jour avec un goût amer ; ils auront cessé d’exister dans ce qui faisait leur être original, leur vérité, sans même s’en être aperçus.

Un sondage Ifop réalisé en 2017 indique qu’à la question sur les éléments constitutifs du sentiment d’appartenance à la nation, la langue française arrive en tête avec 79 %, devant les valeurs de la République à 64 %, l’histoire de la France et sa culture à 63 %, les symboles que sont le drapeau tricolore et La Marseillaise à 53 %. Pour de nombreux peuples, le français reste l’autre langue, celle du refus de la standardisation culturelle et de l’affadissement des identités.

La loi du 4 août 1994 rappelle dans son article 1 que la langue française (…) est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France. Comment oublier que le français fut pendant des siècles la langue des diplomates ? Cette histoire nous fait obligation de faire respecter l’usage du français aussi bien à Bruxelles qu’aux Nations Unies. Le respect de la langue française devrait s’imposer d’abord aux élites[9] .

Marc Rousset – Notre Faux Ami l’Amérique / Pour une Alliance avec la Russie » -Préface de Piotr Tolstoï – 370p – Librinova -2024


[1] « In Praise of Cultural Imperialism? Effects of Globalization on Culture » – Foreign Policy-Juin 1997 – Le Monde Diplomatique – Août 1998 ;

[2] Discours du 19 juillet 2000 à l’Institution Hoover (Université de Stanford- « A time for Leadership »

[3] Marianne, 31 Juillet 2000

[4] Extrait du compte-rendu d’une Anglo-American Conference in English Teaching Abroad, organisée en juin 1961 à Cambridge par le British Council, « with a strong American presence »

[5] Frédéric Pennel- Guerre des langues : le français n’a pas dit son dernier mot- Editions François Bourin -2019

[6] Mathieu Bock-Côté- Emmanuel Macron, ou le délire de l’anglomanie des élites françaises- Le Figaro – Janvier 2017

[7] Yves Gingras – Français, la soumission de vos universités à l’anglais désespère les amis de la France- Le Figaro du 9 décembre 2019.

[8] Jean-Marie Rouart- « Lorraine Airport » : il faut s’opposer au franglais qui nous envahit- p.19- Le Figaro du 6 novembre 2019

[9] André Vallini- « Il faut défendre la langue française contre l’anglais qui la menace…en France même ! » -p.20- Le Figaro du 11 février 2019.


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.