APRÈS LA SYRIE ET L’UKRAINE, EST-CE  LE TOUR DU LIBAN ET DE L’IRAN ?

Par Michel LHOMME

En pleine propagande de guerre de part et d’autre, il faut se méfier des chiffres, on lit ainsi depuis quelques jours plus de 1000 morts par jour en Ukraine. Cela paraît bien excessif et il faut sans doute y enlever un zéro mais ce qui est certains c’est qu’il s’agit d’une boucherie et toute la jeunesse ukrainienne y passe au nom de… la liberté de la bannière étoilée.

Au nom de la démocratie…. cette fois-ci européenne, le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE est annoncée alors que depuis le 19 mai, le quinquennat du président ukrainien Volodymyr Zelensky a pris officiellement fin. Mais qu’importe pour les Européens, il va rester à son poste, pour une durée indéterminée, sans avoir été réélu en étant le porte-drapeau de la démocratie !

De Gaza, il ne reste quasiment plus rien et Netanyahu en envisageant de se retirer quelque peu, a néanmoins saboté le Plan Biden qui devait tout changer en imposant un cessez-le-feu avec le Hamas, infligeant aux Etats-Unis de nouveau un super revers dans toute la région et ce n’est pas le seul, l’Arabie saoudite mettant fin au pétrodollar en ne renouvelant pas le contrat de Washington avec la famille Saoud.


Tsahal poursuit en réalité ses bombardements massifs sur toute la Bande de Gaza, de plus en plus réduite à un champ de ruines, à l’aide des bombes toujours massivement fournies et offertes par Washington qui pratique donc un double discours.

En parallèle, les colons avec l’appui presque plus discret de l’armée israélienne poursuivent des opérations de ratissages dans les villages et villes palestiniens de Cisjordanie, en particulier à Djénine comme ce fut le cas le 19 juin :

Des colons armés attaquent ainsi régulièrement en toute impunité des paysans palestiniens, afin d’étendre les territoires de leurs colonies. En cas de riposte palestinienne, ils sont entièrement couverts par Tsahal, qui réplique massivement. Ce sont donc – et là les chiffres ne trompent pas – des centaines de Palestiniens qui sont encore morts pendant la seule semaine passée, peut-être plus de mille.

Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, le projet de Netanyahu n’est pas confus ou improvisé, sans plan d’ensemble, il s’agit du même projet, le projet sioniste fondamental du grand Israël, de l’Eretz, à savoir la conquête de toute la Palestine historique visant à chasser les Arabes de Palestine de leurs terres, et à les remplacer par des sionistes venus du monde entier.

Actuellement, suite à la à la situation économique, politique, sociale totalement catastrophique de l’Argentine, des appels du pied à la communauté juive de Buenos-Aires, l’une des plus fortes de l’Amérique latine sont lancées tout comme en France en cas de victoire improbable de la coalition hétéroclite du Nouveau Front Populaire.

L’extrême-droite israélienne a besoin de la guerre pour survivre tout comme son allié, la puissance industrialo-militaire des Etats-Unis. La victoire russe en Ukraine acquise, on hésite sans doute encore à livrer la grande bataille. Du coup, on remarque depuis quelques semaines qu’un pays se retrouve dans les jumelles des bellicistes, sauveteurs du système financier en réalité  déroute et c’est le Liban, un Liban d’ailleurs sans gouvernement :

Ainsi, depuis quelques jours les menaces de Netanyahu ce sont faites plus explicites exigeant le retrait du Hezbollah, la puissante organisation paramilitaire chiite, au-delà du fleuve Litani. Pour la forme, ces exigences s’adressent au gouvernement libanais inexistant depuis octobre 2022 qui sans tête est représenté personnellement jusqu’au 15 septembre – on l’ignore trop ! – par l’ancien ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.  En pratique, c’est en fait au Hezbollah que s’adresse le message israélien. Celui-ci l’a d’ailleurs très bien compris et a répondu le jeudi 20 juin, en la personne de son chef Nasrallah, en menaçant l’entité sioniste d’une guerre totale destructrice.


Le  Liban est en faillite, et complètement effondré, depuis 2018. 80 % de la population se retrouve actuellement sous le seuil de pauvreté  Nombre de libanais que je connais fuient en Afrique rejoindre leur diaspora en particulier au Nigéria. L’armée libanaise est en voie de décomposition avancée car beaucoup de salaires de soldats – comme de tous les fonctionnaires du pays en général -, ne sont plus payés. La véritable armée libanaise est donc le Hezbollah qui, pour l’instant, tient au respect formel des institutions libanaises.

Les communautés religieuses libanaises, chiites, sunnites, druzes, chrétiennes, ont toujours des rapports tendus les unes avec les autres et l’on se souvient de la guerre civile de 1975-1990. Le jeu politique libanais s’est compliqué par la présence de réfugiés palestiniens,  et très récemment par l’arrivée de deux millions de réfugiés syriens qui sont  sunnites et qui détestent particulièrement le Hezbollah qui lui est chiite.

Réfugiés syriens du Liban

Le grand remplacement a eu lieu au Liban, des Chrétiens, il en reste de moins en moins, la guerre de hauteur des minarets et des clochers a fonctionné au profit de l’Islam mais justement l’Islam n’est pas uniforme et imams (sunnites) et mollahs (chiites) s’affrontent pour l’instant à coup de prêches enflammés. Les réfugiés syriens ont donc modifié de fait les équilibres confessionnels : la majorité de la population réelle du Liban est désormais sunnite, ce qui place les Chrétiens, et le Hezbollah, bras armé de la communauté chiite, dans une position délicate de minorité.

L’été 2006, un accord de cessez-le-feu à la suite de l’invasion israélienne du Liban et la victoire du Hezbollah avait été signé. Par cet accord, Tsahal devait évacuer rapidement le Liban-Sud frontalier et être remplacée par une force internationale de la paix de l’ONU, les Casques Bleus – ce qui fut fait -,  et le Hezbollah ne devait pas, lui, réoccuper le terrain, ce qu’il a pourtant fait très rapidement, dans les semaines qui ont suivi l’évacuation de Tsahal. Les Casques Bleus sont donc toujours sur place mais totalement impuissants, incapables d’empêcher le Hezbollah de s’y être établis depuis l’automne 2006.

CASQUES BLEUS DU LIBAN

C’est dans ce contexte que nous avons lu récemment dans des compte-rendus d’analystes états-uniens très bien informés l’annonce d’une invasion terrestre israélienne qui se préparerait pour la mi-juillet. Les Etats-Unis, le Canada, le Koweït, l’Arabie Saoudite, ont de fait pris cette menace très au sérieux et ont chaudement recommandé à leurs ressortissants d’évacuer en urgence le Liban, signes précurseurs qui en général, ne trompent pas.

Certains observateurs ont alors fait remarquer que se lancer à l’assaut du Hezbollah, alors qu’Israël n’arrive déjà pas à vaincre complètement le Hamas à Gaza serait suicidaire pour Netanyahu. C’est possible mais pas certain : le régime qui fait face le week-end à de très importantes manifestations y trouverait de toute évidence ici la ressource pour se prolonger et perdurer.

Et c’est là que la donne du grand remplacement démographique libanais entre en ligne de compte car Israël pourrait compter sur les sunnites c’est-à-dire des alliances de revers au sein même du Liban, c’est-à-dire compter sur une cinquième colonne en quelque sorte, la détestation entre sunnites et chiites étant telle, surtout parmi les réfugiés syriens, que ce ne serait pas impossible.

Reste à savoir alors si l’ouverture d’un nouveau front au Liban ne dégénérerait pas en guerre régionale avec une implication de l’Iran, parrain fidèle du Hezbollah, et qui ne pourrait alors faire autrement que de le soutenir en cas de guerre d’autant que ce vendredi 28 juin, l’iran doit élire son nouveau président ?

L’axe américano-israélien, l’axe du sionisme international aurait-il alors la folie d’en tirer prétexte pour attaquer l’Iran à quelques mois des élections présidentielles américaines qui demeurent totalement incertaines ?

En tout cas, pour l’instant, la guerre dans la bande de Gaza a entraîné des violences à la frontière nord d’Israël avec le Liban, où les échanges de tirs sont presque quotidiens entre le Hezbollah et tous les scénarios restent donc possibles.


Même si les échanges de tirs ont baissé d’intensité ces derniers jours, il y eut la semaine dernière une escalade des attaques de part et d’autre de la frontière et des menaces échangées entre Israël et le Hezbollah au point que le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, en recevant mardi 25 juin 2024 son homologue israélien, Yoav Gallant, à Washington
a déclaré qu’on pouvait craindre une nouvelle guerre qui pourrait facilement devenir « une guerre régionale, avec des conséquences désastreuses pour le Moyen-Orient ».

Au lendemain d’une annonce de l’armée israélienne selon laquelle « des plans opérationnels pour une offensive au Liban avaient été « validés« , le 19 juin, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah a averti que dans un tel cas « aucun lieu » en Israël ne serait épargné par les missiles de son mouvement :

MISSILES DU HEZBOLLAH

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a réitéré que la phase « intense » des combats touchait à sa fin dans la bande de Gaza, affirmant qu’ensuite, Israël pourrait « redéployer certaines forces vers le nord« , à la frontière avec le Liban, « à des fins défensives« . Il semble donc bien qu’Israël, qui a dévasté Gaza, jette désormais son dévolu sur le Liban et que faut-ajouter, « les puissances occidentales soutiennent Israël en coulisse » comme l’a d’ailleurs accusé le président turc, Recep Tayyip Erdogan, ce mercredi 26 juin.

Netanyahu à l’assaut du Sud-Liban ?…

Pour son émission sur TV Libertés, Chocs  du monde, Edouard Chanot reçoit le journaliste franco-libanais Alexandre Aoun pour évoquer avec lui le risque d’offensive militaire israélienne au Sud-Liban contre le Hezbollah :


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