J’ai appris hier avec une certaine consternation la mort de Christian Brosio. Je ne suis pratiquement jamais en France, toujours en vadrouille. Je n’ai même pas de chez moi mais vit dans des pensions de famille ou des hôtels, les valises toujours prêtes autant dire que j’ai peu d’amitiés intellectuelles, – les gens sont si stupides, comment voulez-vous vous acoquiner avec eux ? – mais chaque été quand j’ai la chance de pouvoir rentrer – et ce ne sera pas encore le cas cette année ! – , je ne manquai pas de revoir les « anciens ». Christian Brosio, c’était devenu une sorte de rituel grâce au passeur de tous les passeurs Michel Thibaut. Homme de culture et de convictions, fin analyste politique et visiteur de l’Histoire, la conversation avec lui dans la brasserie au Canon de la Nation m’enchantait, il fut un des piliers de Valeurs Actuelles et de Spectacle du monde. Et puis, il y avait après le déjeuner arrosé de bon vin cette promenade tout près de là dans un des lieux peu connus et des plus agréables de Paris pour lire dehors sur un banc quand c’est la canicule et qu’il fait beaucoup trop chaud dans la chambre : le cimetière de Picpus, le cimetière des guillotinés que nous sommes tous devenus d’une certaine manière (https://www.pariszigzag.fr/insolite/histoire-insolite-paris/le-cimetiere-des-guillotines-un-lieu-dhistoire-et-de-memoire). Comme nous tous, il rêvait aussi sans doute d’y être enterré. Reposes en paix où que tu sois, Ami !.. Restera de lui une voix charmante, la douceur de l’écoute et une érudition sans faille, une acuité géopolitique rare. (https://www.valeursactuelles.com/culture/christian-brosio-nous-a-quittes). Pour lui rendre hommage, nous publions un de ses nombreux articles de Valeurs Actuelles (les illustrations et liens qui l’accompagnent sont de notre ressort) puis nous proposons ensuite une vidéo you tube d’une de ses dernières conversations inoubliables. ML.
IN MEMORIAM :

Disparu dans la nuit du 1er au 2 mai 1945, Martin Bormann aurait-il survécu ?
par Christian BROSIO
L’énigme de la semaine. Disparu dans la nuit du 1er au 2 mai 1945, à Berlin, Martin Bormann, le “Maître Jacques” de Hitler, aurait-il survécu?

Que s’est-il passé le 2 mai 1945, entre 2 heures et 2h30, dans le centre de Berlin en feu, non loin de la chancellerie du Reich cernée par les troupes soviétiques, entre le pont du Weidendamm et Invalidenstrasse ? Un petit groupe d’hommes s’avance dans la nuit vers le pont par la Friedrichstrasse. Il s’agit des derniers occupants du bunker où Adolf Hitler et Eva Braun, puis Joseph et Magda Goebbels ont mis fin à leurs jours les 30 avril et 1er mai. Il y a là, notamment, le dernier médecin de Hitler, le Dr Stumpfegger, le chef des Jeunesses hitlériennes, Artur Axmann, et Martin Bormann, le redouté “Maître Jacques” du Führer. Les attendant à l’entrée du pont, le chauffeur Erich Kempka se joint à eux. Soudain, un feu nourri, suivi d’une violente explosion, le projette à 40 mètres de là. Lorsqu’il reprend ses esprits, Bormann et Stumpfegger ont disparu. Selon lui, ils ont été désintégrés par l’explosion. Plus tard, Axmann, fait prisonnier en novembre 1945, affirmera, quant à lui, avoir reconnu leurs cadavres un peu plus loin, à proximité d’Invalidenstrasse.

Mais estimant que ces témoins cherchaient peut-être à protéger sa fuite (alors même qu’ils le haïssaient), le tribunal de Nuremberg jugea Bormann in absentia et le condamna à la pendaison le 1er octobre 1946. Forgeant ainsi le mythe de sa survie et déclenchant, du même coup, une rocambolesque chasse à l’homme.

Quatre décennies durant, l’affaire fit les beaux jours de la presse à sensation.
Jusqu’en 1974, Bormann fut “aperçu”, voire même “approché” à 6438 reprises dans 27 pays — dont l’Espagne, l’Italie, l’Argentine, le Chili, le Brésil, les États-Unis, l’Australie et… l’URSS. On en fit tour à tour un agent soviétique et un moine franciscain. Seule la découverte, en décembre 1972, au hasard de travaux de terrassement à proximité du lieu où Axmann avait dit avoir identifié leurs corps, de deux squelettes correspondant exactement à ceux de Bormann et de Stumpfegger, mit « un terme définitif » aux recherches. Mais pas aux affabulations. Même l’analyse ADN positive menée en 1998 sur ces squelettes n’y pourra rien.


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