par Michel LHOMME
La France vit son psychodrame politicard. Les réponses d’électeurs prises sur le vif dans les reportages télévisés du vingt-heures sont souvent affligeantes de par leur désintérêt ou ignorance politique. Mais il y a pire que toutes ces histoires de cuisine électorale : la guerre, la guerre européenne qui avance et se profile dans une quasi indifférence générale.

Nous savons que les néo-conservateurs préparent l’Armageddon et que l’Europe – bientôt directement le Liban -, le Pacifique seront de futurs champs de bataille. Nous nous étonnons un peu dans un esprit sarcastique célinien que de nouveau, l’Etat profond passe le flambeau du pouvoir et de l’administration en bon calcul politique à l’extrême-droite. Ainsi, l’idéologie de l’après-guerre, celle du « no pasaran » est assuré, l’extrême-droite, (la vraie) sera encore brandie comme un épouvantail pendant des années d’un futur endoctrinement cette fois-ci orchestrée par Intelligence artificielle pour de nouvelles « années sombres » de l’histoire à venir. Bardella aura beau faire, il sera demain jugé responsable du grand conflit à venir. On les entend de loin : l’extrême-droite nous a conduit à la guerre ! Mais lui, qu’en dit-il ?

Il ira bien sûr, il s’y précipitera comme Méloni en Italie et c’est pourquoi en haut lieu, dans les couloirs atlantistes, on votera sans doute RN au second tour comme Serge Klarsfeld pour la défense d’Israël.

Un bon exemple nous en a été fourni cette semaine par la formation du gouvernement hollandais, le cabinet Schoof. C’est un cabinet qui semble en effet totalement avoir été conçu pour la guerre.
Voyez plutôt : les ministères des affaires étrangères, de la défense, de la justice et de la sécurité ont été donnés aux mains des faucons du VVD et du NSC (https://deanderekrant.nl/nieuws/kabinet-schoof-klaar-voor-oorlog-2024-06-21)

Tous les postes ministériels clés du nouveau cabinet néerlandais ont été remis dans les mains des partisans les plus actifs du soutien à l’Ukraine dans la guerre contre la Russie.
Le nouveau ministre de la justice et de la sécurité David van Weel (VVD) est l’ancien bras droit du chef de l’OTAN Jens Stoltenberg; le ministre de la défense, Ruben Brekelmans est un faucon du VVD, et le ministre des affaires étrangères, Caspar Veldkamp (NSC, ex-CDA), « Européen au franc-parler », qualifie la guerre en Ukraine de « notre guerre ».
Ainsi, c’est comme si le nouveau cabinet hollandais se préparait tout entier à la grande guerre européenne ?

De fait, la guerre en Ukraine a marqué les dernières années de la présidence du Premier ministre hollandais Mark Rutte, qui d’ailleurs pour récompense va devenir précisément le nouveau grand patron de l’OTAN.
En coulisses, la Hollande se prépare en effet depuis quelques mois – ordre américain ? – à une confrontation directe avec la Russie comme avant la dissolution de l’Assemblée nationale française, le président Emmanuel Macron de par ses propositions internationales et ses cérémonies mémorielles artificielles, en fit de même pour la France. Par exemple, aux Pays-Bas voisins, on a préparé les esprits à rappeler les jeunes Néerlandais au service militaire, on a publié des enquêtes d’orientation sur la « préparation à la mort » et le ministère de la défense a même fait le tour du pays pour réclamer de l’espace pour des entrepôts de munitions et d’autres activités militaires.
En France, avant la dissolution, on a réalisé des sondages sur l’envie de défendre son pays, on a insinué un rétablissement possible du service militaire, on a étendu la limite d’âge des réservistes et boosté les usines d’armement. On a fait de grands discours bellicistes sur la liberté :

La vraie raison de la dissolution n’est ainsi, selon nous, pas intérieure mais extérieure.
A l’origine, le PVV hollandais comme le Rassemblement national n’était pas favorable à l’escalade de la guerre en Ukraine. Wilders ne voulait pas fournir d’armes à ce pays. Or, très rapidement, cette position pacifiste a dû être abandonnée au cours du processus de formation du gouvernement.
Déjà, écoutez bien les discours et les paroles : Marine Le Pen use de mots désormais offensifs contre la Russie et Bardella visite Satory :

En effet, le soutien à l’Ukraine sera immédiatement après les élections, le grand point d’accord avec la macronie. C’est donc là-dessus et la nomination du Ministre des Affaires étrangères et de la Défense que tout se jouera.

Reprenons notre exemple hollandais : Wilders, qui s’attendait à faire partie de la coalition pour la première fois après des années d’opposition, a changé de tactique, et de quelle manière! Tous les postes ministériels clés ont été confiés, répétons-le, à des partisans déclarés de la guerre comme ce fut exactement le cas quand Meloni arriva au pouvoir en Italie.

Ainsi, le ministère de la sécurité et de la justice sera dirigé par David van Weel (VVD), 48 ans, qui est actuellement le bras droit du chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, en tant que secrétaire général adjoint de l’OTAN. À l’OTAN, il s’occupait principalement de la guerre hybride, comme les cyberattaques, de la lutte contre la « désinformation », des « menaces pour la sécurité », comme le changement climatique et la sécurité énergétique. Auparavant, il avait travaillé au ministère de la défense et au ministère des affaires générales, où il avait été le conseiller direct de M. Rutte en matière de défense et d’affaires étrangères entre 2016 et 2020.

Lors de ses nombreuses apparitions à la radio, à la télévision et dans les journaux ces dernières années, au moins une chose ressort : le soutien franc de Van Weel à l’Ukraine. Il ne cesse de parler de « l’agression russe » et de l’importance de fournir à l’Ukraine un soutien financier et des armes supplémentaires. Sur le front de la politique intérieure néerlandaise, M. Van Weel a estimé que les Pays-Bas devraient faire davantage pour se préparer à la guerre. Le 11 mai dernier, il a déclaré dans une interview qu’il pensait que la nécessité de se préparer n’était pas encore suffisamment ressentie aux Pays-Bas. Il s’est alors prononcé en faveur d’une augmentation du budget de la défense et a fait valoir, de manière remarquable, que la lenteur du processus de réglementation et d’autorisation en Europe fait que nous sommes toujours à la traîne par rapport à la Russie où disait-il, « ce pays a déjà une économie qui repose entièrement sur la guerre ».

Ruben Brekelmans
Tout comme le ministère de la sécurité et de la justice, le ministère de la défense hollandais est passé également entre les mains du VVD avec comme titulaire Ruben Brekelmans. Or là-aussi, il est l’un des députés qui s’est exprimé avec le plus de véhémence en faveur du maintien du soutien à l’Ukraine. En avril dernier, il s’est même rendu dans le pays. Sur le site web du VVD, on peut lire que le principal enseignement qu’il tire de cette visite est qu’une aide plus importante doit être apportée à l’Ukraine sur une base structurelle dans les plus brefs délais.
Sur le même site, on peut lire qu’en tant que futur ministre, M. Brekelmans souhaite se consacrer au « maintien de la liberté et de la sécurité aux Pays-Bas« . Pour lui, comme pour son futur collègue Van Weel, cela ne semble pas se décider dans des négociations de paix avec Poutine, mais dans la fourniture de plus d’armes et d’aide financière à l’Ukraine et dans l’intégration du pays dans l’UE et l’OTAN. Au début de l’année, M. Brekelmans s’est exprimé en faveur de la proposition controversée de confisquer les avoirs que la Russie a déposés en Occident et qui ont été « gelés » après l’invasion de l’Ukraine comme l’a fait récemment aussi le Rassemblement national dans un volte-face stupéfiant. (https://www.tf1info.fr/elections/guerre-ukraine-russie-utilisation-des-avoirs-russes-geles-en-soutien-aux-ukrainiens-qu-a-vote-jordan-bardella-rn-au-parlement-europeen-2300740.html).

Caspar Veldkamp
Et pour terminer, toujours en Hollande, Brekelmans et Van Weel trouveront un allié de poids en la personne de leur collègue Caspar Veldkamp, le futur ministre des affaires étrangères au nom du CNS car lui-aussi est un fervent partisan d’un soutien de grande envergure à l’Ukraine. Les préférences de Veldkamp en tant que ministre des affaires étrangères: l’Ukraine et Israël. M. Veldkamp a été ambassadeur dans ce dernier pays entre 2011 et 2015. Il s’oppose à la critique commune du colonialisme juif dans les territoires palestiniens. En effet, selon lui, ce ne sont pas les Palestiniens mais les Israéliens qui sont en réalité vulnérables au Moyen-Orient et qui méritent donc le soutien des Pays-Bas. Wilders en aura sans doute pris note avec joie car le leader du PVV est aussi connu pour ses penchants sionistes déclarés. Selon certaines rumeurs, le bras droit de Wilders lors des négociations de formation, Gidi Markuszower, né en Israël, aurait des liens avec les services secrets israéliens, le Mossad.
Veldkamp qui est donc dorénavant le Ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas soutient pleinement l’Ukraine. Il a souligné à plusieurs reprises dans des interviews qu’il s’agit « aussi de notre guerre » et que « repousser les menaces russes » est important pour la sécurité des Pays-Bas. Mais ce n’est pas tout : selon M. Veldkamp, les PME néerlandaises devraient également avoir la possibilité de produire des armes et les Pays-Bas, comme d’autres États européens membres de l’OTAN, devraient investir massivement dans la défense.
Bardella comme Macron, Ciotti disent exactement la même chose.

Ce qui paraît clair, c’est que sous la houlette de ces ministres hollandais, les « somnambules » – mais qui sont loin d’être si inconscients que cela comme le suggére l’expression – avancent et placent leurs pions pour une nouvelle escalade du conflit en Ukraine et peut-être même une troisième guerre mondiale qui selon nous, se rapproche de plus en plus.
Personne ne parle bien entendu de négociations de paix avec Poutine. L’Europe devra prendre le relais militaire des Etats-Unis qui seront occupés sur d’autres fronts.

Le cabinet hollandais de Schoof est à bien des égards un cabinet de guerre.
Nous prévoyons que le futur cabinet de Matignon le sera aussi et d’autant plus avec Bardella et ce, malgré toutes les apparences !
En tout cas, c’est fait : les 32 pays de l’Otan ont nommé mercredi le Premier ministre néerlandais Mark Rutte prochain Secrétaire général, à un moment crucial pour l’Alliance alors que la Russie poursuit sa guerre en Ukraine. Mark Rutte, 57 ans, prendra ses fonctions le 1er octobre, en remplacement du Norvégien Jens Stoltenberg, en poste depuis dix ans et qui a déclaré aussitôt :
« Je sais que je laisserai l’Otan entre de bonnes mains. Mark est un vrai défenseur des relations transatlantiques, un dirigeant fort et un bâtisseur de consensus« . (sic)

Le président américain Joe Biden s’est dit persuadé que le dirigeant néerlandais fera un « excellent » chef de l’Otan. Mark Rutte est un « dirigeant fort et respectueux des principes« , a aussi jugé le président ukrainien illégitime Volodymyr Zelensky. Sa nomination a par ailleurs sans tarder été saluée par le président français Emmanuel Macron, « à l’heure où l’Alliance, a-t-il déclaré, est plus nécessaire que jamais ». « Votre leadership et votre expérience seront cruciaux pour l’Alliance durant cette période difficile« , a réagi de son côté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, appelant de ses vœux un renforcement du partenariat entre l’UE et l’Otan.
Devenu Premier ministre en 2010, M. Rutte devrait quitter ses fonctions le 2 juillet après la prestation de serment du nouveau gouvernement néerlandais prévue à cette date et dont nous venons de démontrer qu’il sera complètement inféodé à la poursuite et à l’intensification de la guerre en Ukraine. Vétéran de la politique européenne, Mark Rutte a très vite obtenu le soutien des pays les plus importants de l’Alliance, à commencer par les Etats-Unis parce que sa nomination n’était plus en réalité qu’une formalité après le retrait de la candidature du président roumain Klaus Iohannis, la semaine dernière.
Le dernier pays à défendre encore le candidat roumain était la Hongrie mais elle avait annoncé soutenir désormais le Premier ministre néerlandais, après avoir obtenu la garantie de ce dernier que Budapest continuerait à être dispensé de toute aide militaire à l’Ukraine.
Reste qu’outre la « menace russe », la perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison Blanche hante les couloirs du siège de l’Otan à Bruxelles. Notoirement méfiant à l’égard de l’Alliance, qu’il a qualifiée d’obsolète, l’ancien président américain de nouveau candidat à la Maison Blanche a multiplié les critiques contre les alliés européens, accusés de ne pas dépenser assez pour leur défense. Un meilleur « partage du fardeau » est une revendication américaine constante et M. Rutte, bon chien de garde a souligné à plusieurs reprises que M. Trump avait raison de critiquer l’inertie des Européens en la matière. Ces remarques lui ont valu le titre de « Trump whisperer« , l’homme qui murmure à l’oreille de Trump. Cette capacité supposée à amadouer l’ancien président américain a incontestablement et sûrement joué en sa faveur, dans la perspective d’un retour éventuel du milliardaire américain à la Maison Blanche. Les Pays-Bas de Mark Rutte se sont pourtant montrés peu pressés de respecter l’engagement pris en 2014 par les pays de l’Otan de consacrer au moins 2% de leur Produit intérieur brut (PIB) aux dépenses militaires. Cet objectif n’a été atteint que cette année.
Nonobstant, M. Rutte est un ardent défenseur de l’Ukraine. La Haye a signé cette année un accord portant sur deux milliards d’euros d’assistance militaire sur dix ans, ajoutant ensuite un milliard supplémentaire. Les Pays-Bas ont aussi été le fer de lance des efforts visant à doter Kiev d’avions de combat F-16, une décision qualifiée d' »historique » par Volodymyr Zelensky. Le nouveau gouvernement de coalition suit la même ligne belliciste et même la renforce.
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