par Michel LHOMME (rédacteur en chef de Metainfos)
Le leader de la CCAT, Christian Tein a été présenté à une juge d’instruction ce samedi, qui lui a notifié sa mise en examen. La justice a décidé de le placer en détention provisoire à Mulhouse. Il devrait prendre l’avion dans les prochaines heures.
Une question se pose : pourquoi avoir attendu si longtemps ? Pourquoi avoir ainsi laissé détruire, laissé faire et mis le territoire à feu et à sang ?
Le Haut-Commissaire Louis Le Franc, ne devrait-il pas faire causette avec Tein dans le même avion ? (https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/qui-est-louis-le-franc-nouveau-haut-commissaire-de-la-republique-1363990.html)
Les machiavéliens ou « complotistes » imaginent que l’Etat français a laissé pourrir les choses pour mieux pouvoir se débarrasser du dossier. Nous ne le pensons pas. En fait, ce ne serait pas si mal car cela cela supposerait au moins qu’il y ait des idées et de l’initiative mais on en est bien loin !
Non, c’est plus grave que cela parce que cela concerne aussi indirectement le gouvernement de la France et qui est bien loin d’être à l’abri de troubles similaires, à savoir toujours la peur, la paralysie, la crainte de commettre des bavures, de frapper fort dès le début, de tuer dans l’oeuf dès le départ :

L’incapacité surtout à comprendre et analyser les rapports de force, à raisonner en politique et non en gestionnaire administratif avec toujours cette même croyance illusoire en la dépolitisation des problèmes, à leur excessive socialisation ou psychologisation.
Ce matin, les Français auront donc été surpris : la Nouvelle-Calédonie réapparaissait au journal de vingt-heures !

Car les métropolitains français croyaient que là-bas, – c’est si loin et si beau le lagon bleu et la pêche aux crevettes sous les tropiques ! -, tout était fini, que tout était redevenu calme.

C’est faux.
Dans la nuit de vendredi à samedi, de 10h du soir à 4h du matin , les habitants de Dumbea, la grande banlieue de Nouméa n’ont pas dormi. Ils ont assisté à des événements parmi les plus violents depuis le 13 mai entre émeutiers et forces de l’ordre. Ce même soir, l’appartement de service d’un directeur de collège à Nouméa a été incendié. Par ailleurs, le quartier du Mont-Dore est totalement hors-contrôle avec des délits de droit commun quotidiens (car-jacking, incendies de propriétés, vols à l’arrachée proprement hallucinants). A chaque fois, les forces de l’ordre ont dû reculer.
La route qui mène à l’aéroport est toujours impraticable. Plus aucun transport public : la liberté de circulation, premier grand principe d’un état régalien n’est pas rétablie. L’aéroport international est faussement ouvert.
Au lycée du Grand Nouméa, la pré-rentrée des enseignants est repoussé chaque jour, l’enceinte de l’établissement étant pavané de slogans indépendantistes contrairement au principe de neutralité de l’école publique que le vice-recteur se targue pourtant de rappeler aux enseignants de l’île en les sermonnant sur leur droit de réserve.
Une petite chose positive dans ce tableau noir : l’approvisionnement alimentaire (pain, riz) plus ou moins rétabli.
Comment est-il possible qu’un tel désordre insurrectionnel perdure en France pendant plus d’un mois ?

Nous le répétons la trouille, la peur des fonctionnaires, l’attente d’ordres d’en haut qui ne viennent jamais et pendant ce temps là les caisses du territoire se vident. On se prépare à annoncer aux fonctionnaires territoriaux le gel et la baisse de près de 10 % de leur point d’indice en solidarité avec les émeutiers dont beaucoup maintenant ne réclament qu’une seule chose de l’argent au nom d’un pouvoir régalien qui ne s’est pas appliqué : « Payez !.. Payez !.. Vous paierez !..« , réclament-ils tous en coeur modérés comme radicaux ! Nous avons rarement vu un peuple si malhonnête et tordu, à la servilité tellement attachée aux jambes qu’elle en devient nauséabonde et puante. Aucune fierté, courage et respect de soi-même, un peuple d’enfants gâtés et d’assistés.
Et si on ne payait pas !
Et si on actait l’indépendance de facto pour le 24 septembre 2025 !

Et si on en finissait avec ce peuple – et nous parlons de tous les Calédoniens sans exception de couleur et pas seulement des kanaks.

Christian Tein, (photo ci-dessous) responsable de la Cellule de coordination des actions de terrain et commissaire général de l’Union calédonienne (UC) a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention qui a rendu sa décision vers 18 h 30, ce samedi 23 juin. Ce choix de placement en détention provisoire est conforme aux réquisitions du procureur de la République.

À la stupéfaction générale de leurs avocats, le magistrat a indiqué à Christian Tein que cette détention provisoire s’effectuerait dans un centre pénitentiaire de Métropole. Son point de chute devrait être Mulhouse (photo ci-dessous). En milieu de soirée, les informations étaient encore confuses mais Christian Tein pourrait prendre l’avion dans la nuit. Bon vent !

Trois heures plus tôt, vers 15 h, le responsable de la CCAT, qui a été déféré au palais de justice de Nouméa en compagnie de dix autres personnes soupçonnées d’avoir commandité les exactions pour s’opposer au dégel du corps électoral à partir du 13 mai dernier, avait été conduit dans le bureau de la juge d’instruction.
Selon nos informations, la magistrate-instructeur lui a notifié sa mise en examen de plusieurs chefs d’accusation : « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ou d’un délit » ; « participation à un groupement formé en vue de la commission de dégradations ou de violences volontaires » ; « de vols en bande organisée » ; « destructions de biens commis par incendie en bande organisée et complicité par instigation ou fourniture de moyens des crimes de meurtre ou de tentative de meurtre sur les forces de l’ordre ».
L’audience devant le juge des libertés et de la détention s’est ensuite tenue à huis-clos, empêchant la presse d’y assister alors même que la publicité des débats » est autorisée selon la loi en temps normal.
Blois, Dijon ?…

Après Christian Tein, un autre suspect s’est également vu notifier sa mise en examen avant que le juge des libertés et de la détention lui annonce son départ pour la maison d’arrêt de Blois (Loir-et-Cher).
Mise en examen, Brenda Wanabo (photo ci-dessous), directrice de l’association Les Éditions populaires (Edipop), particulièrement virulente dans ses propos et qui gère la radio Djido, a aussi appris son transfert vers une prison de Métropole, à Dijon. Tout le monde s’en émoie : c’est une femme et mère de famille ! L’égalité de genre dans tout traitement, les kanaks après quarante ans de propagande scolaire n’ont toujours pas saisi !

Immédiatement, tout le camp indépendantiste, sans aucune exception a parlé de « parodie de justice » reprenant le tube à la mode du moment « justice coloniale » du groupe local Waan :
C’est presque fait : la cause indépendantiste a ses martyrs et ses prisonniers politiques dans le droit fil historique de toute lutte d’indépendance en marche. Cette séquence judiciaire marque donc sans doute un tournant dans les événements entre calme ou reprise.
Lors de la dispersion des émeutiers dans les rues de Dumbea quartier Koutio vers 4h du matin, ce samedi, certains hurlaient contre les maisons supposées être occupés par des « blancs », ce qui est d’ailleurs loin d’être le cas dans ce quartier mixte de classes moyennes. Les jeunes non éméchés, sobres mais en colère criaient « on vous brûlera vos maisons » et des tirs à balle réelle certes sporadiques ont été tirés. C’était vendredi avant l’inculpation de samedi.
Au Mont-Dore, quartier devenu totalement de non-droit, après un mois et demi d’agressions et de désordre permanent, le ton monte chez les riverains qui s’associent et s’arment sans complexes de plus en plus dénonçant l’abandon des autorités, l’absence des gendarmes pour les défendre.
Les salaires qui ne seront pas versés, le chômage partiel et définitif, la fermeture de nombre d’entreprises et surtout le fossé ethnique de plus en plus creusé entre « blancs » et « kanaks », tout ceci augure si cette semaine, après les incarcérations métropolitaines des leaders, l’ordre n’est pas enfin fermement et rigoureusement rétabli à un réel début de guerre civile.

Quant à la classe politique ?…
Les vieux dinosaures sont ressortis en campagne, y compris au Rassemblement national qui a investi un seul candidat dans la circonscription de Nouméa, l’ancien sénateur RPR, kanak loyaliste, ami de Jacques Lafleur et signataire des accords de Nouméa, Simon Loueckhote :

Et tous de réciter et d’implorer le même mantra : les accords de Nouméa et de Matignon ! Incapables tous de comprendre que ces accords sont définitivement morts et enterrés et qu’il faut et qu’il faudra donc bien passer à autre chose.
Il n’y a plus maintenant d’autre voie – et que cela plaise ou non- , de proclamer possible une République indépendante et souveraine de Kanaky ou de Nouvelle-Calédonie, y soumettre déjà drapeau et nom au référendum populaire, convoquer une constituante, négocier la coopération avec la France.
Toute autre idée de reconstruction n’est plus maintenant qu’une chimère et chaque partie, indépendantiste et loyaliste macroniste en porte entièrement la responsabilité.

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