par Michel LHOMME

En Nouvelle-Calédonie, la situation est toujours tendue, et l’archipel du Pacifique n’a pas retrouvé son calme. La jeunesse canaque continue de se soulever et de tirer sur les gendarmes, (deux blessés graves hier après-midi lundi 3 juin à l’hôpital avec enquête pour « tirs sur forces dépositaires de l’autorité publique »). Ces forces de l’ordre continuent leur jeu du chat et de la souris avec des opérations de déblocage, des tirs de gaz lacrymogènes et de grenades, des retraits de carcasses de voiture sur les barrages aussitôt remis en place. Sur place, vu la désorganisation gouvernementale, une solidarité populaire s’organise, notamment pour les denrées alimentaires, mais l’aéroport international de la Tontouta, considéré comme « point stratégique », n’ouvrira pas ses portes « jusqu’à nouvel ordre », preuve s’il en est que la situation n’est toujours pas « contrôlée ».
Qu’est-ce qui bloque ? Le retrait pur et simple de la loi votée dans les deux chambres, retrait réclamé par le FLNKS, retrait qui constituerait un déni démocratique absolu, le fait de céder à la rue s’il était entériné. Mais qu’on ne s’y trompe, il le sera ! C’est juste que le calendrier crispe un peu dans les couloirs, il le sera après les élections européennes car comment céder à la veille des élections européennes en n’envoyant pas encore un signe de laxisme à l’opposition et en particulier au Rassemblement national qui caracole en tête des sondages.

De même, le haut-commissariat s’acharne à vouloir maintenir sur le territoire ce scrutin européen de dimanche alors que vu les conditions, des demandes d’invalidation ne manqueront pas d’être déposées. On en est donc là : une partie du territoire empêcher de voter dans des conditions normales, une sécurité toujours non rétablie depuis trois semaines et plus de vingt jours d’émeutes, un aéroport international fermé, une asphyxie économique totale.
Affirmons-le nettement : les émeutes canaques sont à condamner sans restriction non seulement pour leurs meurtres, pillages, destructions, mais parce qu’elles sont politiquement inadmissibles du point de vue démocratique.

Alors comment va-t-on reprendre une vie normale ? Et que va-t-on faire finalement de la Nouvelle-Calédonie ? Rien… continuer le modèle d’assistanat néo-colonial, et payer ?
Pour reprendre la main, il faudrait d’une certaine manière avancer le pion fatidique que personne n’osera proclamer : prendre acte du refus de coopérer de la population et accorder dans les plus bref délais l’indépendance pleine et entière à une république de Kanaky, totalement souveraine bref se retirer du territoire avec un minimum de dédommagements.
Une telle décision aurait le mérite de déplacer les lignes de la négociation dans notre camp car elle entraînerait immédiatement des manifestations, des supplications « indigènes » pro-françaises sachant que la jeunesse sur les barrages n’est pas toute la jeunesse calédonienne, que la génération des trentenaires et quarantenaires qui s’y trouve est composée surtout de non diplômés et de désocialisés. Il y a dans tous les groupes « ethniques » de Nouvelle-Calédonie une forte proportion qui veut au contraire rester française et qui l’a d’ailleurs montrée dans les trois référendums organisés. Les Calédoniens dans leur ensemble veulent demeurer français, pas seulement pour des raisons économiques mais aussi pour les valeurs françaises (on pense en particulier aux femmes canaques).
Alors qui tentera d’avancer le pion fatidique ?

Economiquement, la Nouvelle-Calédonie avec la concurrence indonésienne, et la chute du Nickel ne représente plus rien. (https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/05/31/christel-bories-pdg-d-eramet-ne-revons-pas-l-europe-n-a-pas-de-vastes-ressources-minieres_6236514_3234.html). Seule une exploitation minière purement extractive et non manufacturière pourrait demain être un levier de richesses mais à condition de baisser le coût de productivité (salaires et indexations), d’en finir avec certaines normes écologiques qui empêchent l’extraction sous-marine des métaux rares. Le système des retraites et de sécurité sociale calédoniens est au bord de la faillite ; avant les émeutes, le distributeur d’électricité avait annoncé qu’en septembre, il ne pourrait plus payer les factures pétrolières et le prix de la reconstruction apparaît colossal mais surtout une reconstruction pour quel modèle ? Ce modèle métropolitain, occidentalo-européen qui vient de se fracasser en particulier dans l’éducation.
Dans les établissements scolaires, l’enjeu est de taille. Après un état des lieux des locaux (un lycée professionnel et son internat ont été attaqués et incendiés à plusieurs endroits, un collège a été saccagé, le Centre de Formation des Apprentis n’existe plus), les fonctionnaires « métropolitains » (la plupart du temps) envisage tout simplement une seconde rentrée scolaire, précédée d’une prérentrée des professeurs et personnels d’éducation et d’encadrement comme si on pouvait croire que l’on allait recommencer à zéro avec les mêmes programmes, programmes totalement inadaptés à la culture orale locale. Des psychologues travailleraient d’ores et déjà sur des techniques de ré-accueil des élèves qui ont subi les événements de plein fouet, oubliant au passage que certains y ont nécessairement participé puisque les émeutiers, au nombre de 5000 environ, selon le Haut-Commissaire de la République, sont âgés de 15 à 25 ans. On se gargarise de « restaurer le vivre- ensemble calédonien », alors que l’on n’a entendu proférer partout ces derniers jours que des insultes racistes (qui constituent normalement un délit en France). On affirme péremptoirement que les Calédoniens auraient l’habitude du vivre ensemble avec 41% de kanaks, 24 % d’européens, 8 % de wallisiens, le reste étant composé de diverses autres communautés asiatiques sauf qu’on oublie de dire au passage qu’ils vivent ensemble certes mais séparés.

La grande inconnue de la vie d’après.
Avec plus de 3000 chômeurs de plus à cause des 180 entreprises détruites, une caisse des retraites exsangue, et une Cafat (sécurité sociale territoriale) moribonde, les Calédoniens ont donc du mal aujourd’hui à se projeter dans la vie quotidienne d’après ces émeutes. Les citoyens déblaient les rues, s’entraident pour la nourriture et les compétences diverses et donnent de leur temps sur les barricades la nuit pour protéger leurs familles et leurs biens. L’approvisionnement des commerces se fait progressivement et les quartiers indemnes, les quartiers blancs protégés en priorité attisent la jalousie et l’envie des émeutiers.

Les fonctionnaires détachés sur le territoire ne pensent plus qu’à partir alors que les « kaldoches » ancrés depuis cinq générations répètent à l’envie sur les ondes qu’ils ne peuvent le faire, qu’ils ne savent où aller oubliant que la France du macronisme qu’ils ont tant défendu est une terre d’accueil prête à les recevoir ! On n’oserait croire qu’ils craigneraient de retrouver dans l’hexagone les mêmes problèmes de petits blancs minoritaires !
Le mercredi 2 mai, le président Macron avait tenu à effectuer un voyage en urgence de 24 heures en Nouvelle-Calédonie. Il y avait multiplié les discours interminables, flous, remplis de bons sentiments, à la mode des socialistes des années 1980, rêvant à voix haute d’un monde idéal, où toutes les populations habitant la Nouvelle-Calédonie construiraient harmonieusement, dans l’amour fraternel, un avenir commun. Cette utopie généreuse, à arrière-fond maçonnique (les francs-maçons contrôlent tous les postes clefs du territoire) correspond aujourd’hui moins que jamais à un scénario réaliste. Comment pourrait-on prétendre renouveler un tel pari optimiste, déjà formulé en 1988 et en 1998 et qui a manifestement échoué ? L’histoire ne se répète pas sauf en farce et l’on ne voit pas par quel improbable miracle on réussirait demain ce que l’on n’a pas réussi aujourd’hui.

Pour les semaines et années à venir, on s’engagera donc à avancer des milliards, promesses vaines (demandez à nos agriculteurs !) car où ira-t -on les chercher ? Quel sera la conclusion de la « mission » des haut-fonctionnaires ? Peut-être un quatrième référendum sur l’indépendance, avec un corps électoral restreint inchangé, favorable en théorie aux Canaques ?
La marche à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, y compris contre la volonté des deux tiers des résidents effectifs, a en tout cas été relancée, autant à Nouméa qu’à Paris, les pouvoirs publics cédant une nouvelle fois honteusement aux émeutiers.
En métropole beaucoup agitent dans les rangs de droite la solution ancienne de la partition du territoire à la manière d’Hispaniola, divisée entre Haïti et Saint-Domingue. Cette pseudo solution d’il y a quarante ans que défendait l’écrivain de polars ADG n’est plus viable en 2024 en raison de la nouvelle composition de la population que nous évoquions plus haut, le poids des métis, des asiatiques et des wallisiens en particulier mais aussi à cause de l’organisation infrastructurelle du territoire. Elle supposait aussi que l’industrie du Nickel fonctionne au Nord : ce qui n’est plus le cas. On ne devrait plus discuter de cette option d’apartheid complètement anachronique et irréaliste. L’idée de la construction d’une citoyenneté calédonienne étant rejetée, il faut passer à l’étape suivante, chemin inévitable des accords de Nouméa d’ailleurs : une république de Kanaky pleine et entière, en « état associé avec la France ». Il faut enfin avoir le courage de sauter le pas.

Actons et partons, négocions un package en milliards d’euros étalés de « réparations », louons par un bail emphytéotique la base militaire des Badamiers et laissons le secteur économique privé régler ses affaires entre eux. On peut faire absolument confiance aux loyalistes pour défendre leurs intérêts avec toutes les compromissions et les trahisons possibles.
D’ailleurs, n’oublions pas que dans l’esprit de Rocard si vénéré aujourd’hui, il s’agissait avec les accords de Nouméa de préparer une indépendance “douce” que viendrait consacrer à l’international un référendum organisé en bonne et due forme (principe de l’autodétermination des peuples). Par trois référendums, l’indépendance a ainsi été écartée, mais ce n’était pas du tout l’intention cachée de Rocard ni des politiques français d’où d’ailleurs cette suggestion antidémocratique qui germe chez certains de retourner aux urnes, idée habituelle qui consiste à faire revoter le peuple quand le résultat ne plaît pas aux élites. Les promoteurs de Nouméa n’avaient pas prévu qu’un échec serait possible au bout de trois tentatives.
On nous dit que l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie sonnerait la fin de la puissance française dans le Pacifique au profit de plusieurs puissances prédatrices (la Chine) ou hypocrites (la Nouvelle-Zélande et l’Australie, de « faux amis »). Mais beaucoup plus grave fut d’avoir lâcher récemment l’Afrique noire francophone.
La Nouvelle-Calédonie est un territoire lointain qui ne mérite plus autant d’attention. Vu le poids de l’Histoire, il existera bien d’autres formules politiques pour y demeurer présent par une coopération certes étroite mais limitée, il importe de s’en détacher au plus vite, d’organiser dans les semaines qui viennent le passage du flambeau.

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Bernard Plouvier
L’article, parfait en tous points, ne laisse place qu’à une seule réponse cohérente
car si « l’histoire ne se répète pas à l’identique, elle bégaïe souvent » (la phrase est de Pierre Gaxotte, prodigieux historien du XVIIIe siècle européen)
ou pour reprendre un très grand livre juif : « Ce qui a été sera… Il n’est rien de nouveau sous le soleil »
L’unique réponse à ces émeutes immondes – qui sont un rappel en plus grandiose des « événements » de l’époque giscardienne – est bien sûr l’Indépendance pleine et entière et le désengagement quasi-total de la France en Nouvelle-Calédonie, sauf à y louer une base aéro-navale, comme proposé il y a quelques semaines dans Metainfos et à conclure un accord d’État à État pour l’exploitation des nodules minéraux du fond océanique dans la limite des eaux territoriales.
Nous autres citoyens français n’avons pas à payer la facture de ce mois d’émeutes de débiles mentaux : c’est déjà assez pénible de payer une année après l’autre la facture des émeutes raciales de métropole, spectacle que la jeunesse afro-maghrébine inutilement et illégalement importée en France s’offre régulièrement.
Qu’on ne vienne pas nous parler de Kanaks pro-français qui seraient majoritaires : ils n’ont strictement rien fait pour combattre cette chienlit d’assassins et de maîtres du saccage.
Il est juste et bon que les voyous et leurs complices passifs expient leurs fautes et travaillent pour payer en dix ou trente ans la facture de leur sottise.