NOUVELLE-CALÉDONIE : QUEL AVENIR ?

Par Michel LHOMME

Si la situation s’améliore relativement au centre de Nouméa, Dumbea dans son quartier de Koutio a été cette nuit du mercredi 29 au 30 mai l’objet d’affrontements violents entre émeutiers et forces de l’ordre qui peinent en réalité à reprendre le terrain dans certains quartiers et à lever les barrages, il est vrai, de plus en plus filtrants et moins violents mais toujours présents. Sur le plan du dialogue, les indépendantistes divisés entre l’Union calédonienne et les radicaux du CCAT se sont réunis hier. De cette réunion rien n’a filtré officiellement mais les divisions entre modérés et ultras est certaine.

Le chiffre des dégâts plus ou moins officiel de 2 milliards d’euros semble sous-estimé mais on le sait Bruno Le Maire est un excellent argentier !

Petit témoignage : par hasard nous nous sommes retrouvés dans un cabinet de vétérinaire et nous avons constaté que curieusement ces derniers ne désemplissent pas. Pourquoi ?  Tout simplement pare que les gens viennent régler les vaccins de leurs chiens et chats et se procurer des caisses pour le départ en avion. Cela indique bien l’humeur du moment chez ce qu’on appelle les « blancs » à savoir se barrer au plus vite ! Qu’attend la Kanaky pour se déclarer ouvertement,  état souverain et indépendant et demander sa reconnaissance officielle aux Etats européens, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande, à la Chine ?

Ce qui est certain, c’est que l’État républicain s’est pitoyablement effondré face à l’ultra-violence de jeunes émeutiers et, pitoyable a favorisé en sous-main l’auto-défense des quartiers caldoches, métropolitains, mélanésiens loyalistes, wallisiens, polynésiens. Puis, comme toujours lorsque son impuissance est totale, la République a appelé l’Armée française à la rescousse, ici le régiment d’infanterie de marine du Pacifique mais non pour protéger les familles en situation de danger mais pour sécuriser l’aéroport de Nouméa qui reste cependant toujours fermé aux vols commerciaux.

Au début, les fonctionnaires sur place ont brillé par leur absence de réactivité, ne comprenant pas  du tout que,  là, c’était du sérieux et  qu’il ne suffisait plus d’agiter les valeurs de la République, les droits de l’Homme, le « vivre ensemble », le « destin commun » pour régler la situation. Finalement, le président de la République se sera déplacé en catimini pour ne rien faire, ses yeux hallucinés du lapin pris dans les phares du véhicule « retour du politique d’abord ». Voilà l’efficacité du pays légal or la France ne mérite-t-elle pas mieux que la technocratie des haut-fonctionnaires ?

Il serait bon que ces émeutes de Nouméa permettent de désaliéner les Français, de les réveiller enfin alors que leur Président  les pousse de jours en jours et toujours plus à la conquête de l’Est (l’Ukraine et demain la Crimée). Non, répétons-le, l’intérêt de la France n’est pas vers l’Est mais dans son Outre-mer constituant le second domaine maritime après celui des États-Unis d’Amérique. L’intérêt de la France reposait aussi dans son espace francophone, en particulièrement africain malheureusement bradé par une opération Barkhane qui dans son deuxième temps a été mené n’importe comment.

En s’engageant à l’est dans un conflit ouvert avec la Russie, la France reviendra exsangue économiquement et démographiquement, sacrifiant sa jeunesse envisagée comme la prochaine chair à canon docile de l’OTAN. Mais n’est-ce pas aussi le but pour remettre un peu d’ordre dans les cités et éviter le retour de la « bête immonde » pourtant bien adoucie ?

Les émeutes traduisent l’expression de la volonté minoritaire des Canaques radicaux qui considèrent que l’archipel leur appartient, et à eux-seuls, et que tous les autres doivent partir. Ils exigent non seulement leur indépendance pleine et entière mais, aussi des “réparations”, des sommes folles, de plusieurs dizaines de milliards d’euros au moins, au titre de supposés « crimes du colonialisme » (il n’y a pourtant jamais eu d’esclavage en Nouvelle-Calédonie !), imitant en cela l’Algérie (https://www.jeuneafrique.com/1572024/politique/lalgerie-soumet-officiellement-a-la-france-une-liste-de-biens-a-lui-restituer/).

Les partis nationalistes canaques officiels, ceux qui tiennent le gouvernement autonome aujourd’hui ont condamné du bout des lèvres les violences, avec l’argument que les Canaques eux-mêmes finissent par être victimes du chaos, avec des débuts de pénuries d’aliments, de médicaments, la coupure des routes empêchant de surcroît les malades d’aller se faire soigner mais ils ont surtout peur pour leur vie à cause de règlements de comptes internes possibles à coup de fusils.

Pour la jeunesse canaque révoltée, il s’agirait, selon leurs propres slogans, que nous avons entendu de vive voix, de « brûler les biens des Blancs ». Les dégâts matériels sont considérables, et s’accroissent chaque jour. Ils se chiffrent déjà en milliards d’euros, (on parle de plus en plus de trois milliards !) . Qui paiera ? Les assureurs ou les contribuables ? Probablement, comme pour les récentes émeutes ethniques en France qui ne disaient pourtant pas leur nom,, encore une fois, les contribuables français. Quant à faire payer les coupables, ce qui serait le plus juste et le plus logique, personne n’y songe manifestement le moins du monde et de toute façon, ils sont insolvables, et vivent en squat, électricité et eau fournis généreusement par les mairies.

Aussi existe-t-il des listes comportant des centaines d’établissements détruits, dont des commerces de détails, des grands entrepôts, ou les rares entreprises industrielles locales, et bien sûr des administrations (bâtiments scolaires, culturels et de recherche) symboles d’un Etat français honni. Au-delà de ces destructions immédiates, une fois le calme revenu, se posera plus que jamais la question de l’avenir économique de la Nouvelle-Calédonie : quel investisseur, local, national, étranger, voudra en effet risquer de voir son entreprise partir en fumée ?

Ce retour délibéré à la violence directe, au niveau des années 1980, participe clairement d’une démarche politique réfléchie. Jusqu’alors, le processus d’abandon politique de la Nouvelle Calédonie aux Canaques socialistes séparatistes a échoué. Avec le Processus de Matignon de 1988, comme avec les Accords de Nouméa de 1998, tout avait pourtant été fait pour obtenir une référendum victorieux assurant l’indépendance de la “Canaquie”. Notons au passage que ce concept militant discutable pourrait bien s’écrire en français, au lieu de « Kanaky », délibérément éloigné de la graphie normale de notre langue mais c’est qu’il opte délibérément pour une graphie allemande plus rude et plus martiale. Rappelons que l’on avait défini un corps électoral restreint sur mesure c’est-à-dire une citoyenneté calédonienne spécifique, excluant 20 % du corps électoral, ce qui était déjà en soi du point de vue démocratique un scandale absolu. Il devait y avoir, et ont eu lieu effectivement, trois référendums, et un seul « oui » à l’indépendance aurait suffi pour marquer une rupture définitive avec la France, tandis qu’un seul « non » était un refus provisoire ouvrant à un nouveau vote. Or, il y a eu finalement trois “non” consécutifs et malgré cela les Canaques, malgré des défaillances évidentes dans leur propre camp, exigent toujours l’indépendance !

Osons le dire puisqu’on déballe tout : il y a lieu de s’interroger sérieusement sur le caractère vraiment transparent et concurrentiel du scrutin dans les zones tribales canaques, avec des “oui” culminant couramment de 97 % à 100 % des voix, alors qu’au moins 10 ou 20 % des canaques ethniques sont loyalistes, par amour de la France — finalement, pourquoi pas ? — ou par pressentiment – ô combien lucide, le Vanuatu étant à quelques encablures ! –  du désastre que serait une République Démocratique et Populaire de Kanaky indépendante (chaos économique, et retour des guerres tribales).

Par trois fois, avec toutes ces conditions pour le moins iniques, les séparatistes canaques ont échoué, en 2018 avec 56,7 % de non, en 2020 avec 53,3 % de non, en 2021, avec 96,5 % de non. Lors de ce dernier scrutin, ils se sont en effet massivement abstenus, suivant une tactique obscure, à prétexte sanitaire — énième vague de Covid à l’époque, heureusement très peu létale. Nous reconnaissons cependant ici que l’Etat français n’a pas été intelligent et aurait dû par transparence reporter le troisième référendum pour qu’il devienne incontestable.

Donc, le gouvernement français a envoyé des milliers d’hommes, surtout des gendarmes, et quelques unités militaires, en renforts, afin de dégager au moins Nouméa et les grands axes routiers de l’île principale. Disons que cet événement a eu au moins le mérite – pour simplement une semaine ! – d’empêcher Macron d’envoyer nos soldats courir de dangereuses aventures en Ukraine mais les nouvelles restent incertaines : les renforts déployés n’ont-toujours pas permis la reprise en main de tout Nouméa en particulier sa grande banlieue. Les insurgés de plus en plus posés (l’alcool interdit circule moins !) et bien organisés, ont tendance à reformer systématiquement les barrages après le passage des forces de l’ordre.

Sur le long terme – et nous regrettons de le dire pour nos amis caldoches – la perspective d’abandon pur et simple de la Nouvelle-Calédonie, par la classe politique telle qu’elle est en France, ne fait guère de doute. Pourtant plus grave, cette perte d’un des territoires ultramarins les plus européens et les plus riches (grâce au nickel) pourrait déclencher une réaction en chaîne dans l’ensemble de l’Outremer, de la Polynésie, de Mayotte aux Antilles, et provoquer des indépendances rapides, et ce dans les pires conditions. Ne resterait plus alors qu’à traiter la sécession interne prévisible dans l’hexagone de par le « grand remplacement ».


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