Par Bernard PLOUVIER
Les acquis de la Guerre d’Ukraine ou quand les « stratèges US » redécouvrent des évidences !

Au milieu de l’An 2023, où les tant célébrées « contre-offensives ukrainiennes » – qui devaient écraser les troupes russes et reprendre tout le terrain perdu en février-mars 2022 – se sont essoufflées après avoir gagné non des kilomètres, mais quelques centaines de mètres, et « libéré » non pas des villes, d’ailleurs majoritairement peuplées de Russes depuis l’ère stalinienne, mais quelques hameaux, les « cerveaux » du Pentagone et de la CIA ont accouché de leurs commentaires.
Et ils furent gratinés ! Les génies venaient de découvrir… ce qu’Alliés et Centraux avaient compris progressivement de 1915 à 1918 !
D’abord, rien ne se passe jamais comme prévu dans le planning d’une guerre, fût-elle remarquablement préparée.

Il y a bien une exception : le Blitzkrieg prodigieux de la Wehrmacht à l’Ouest en mai-juin 1940, durant lequel une armée moins nombreuse, moins nantie de chars (d’ailleurs moins lourds et mal armés), mais associée à une force aérienne bien plus puissante, et d’un dynamisme à toute épreuve, avait écrasé diverses forces très disparates dont les généraux étaient des ganaches incapables de coordonner forces terrestres et forces aériennes, où les transmissions étaient lamentables, dont les combattants étaient amollis par huit mois de quasi-inaction, où enfin le motif d’entrée en guerre – empêcher les Allemands de reprendre une terre germanique (Dantzig et son Hinterland) depuis un demi-millénaire – avait disparu d’entrée de jeu.
Mais depuis la fin du XXe siècle, il est de bon ton de nier la réalité même de ce Blitzkrieg, soit des faits évidents… et ce négationnisme, digne d’un traitement antipsychotique, est bien mieux perçu que d’autres, tout aussi « asilaires ».
Comme en 1939, la propagande actuelle présente très mal le motif de la guerre : le sort des Russes opprimés par les Ukrainiens, dont la direction de l’État est extrêmement corrompue depuis le milieu des années 2010. Les Allemands de Dantzig et de Prusse Occidentale – le Nord du célèbre Korridor – étaient brimés par les Polonais depuis 1919… on reconnaît volontiers que cette notion ne transparaît pas des merveilleux travaux des « historiens » de l’ère shoahtique !

Les génies US redécouvrent l’importance du camouflage (déjà démontrée en 1915 par les Français et les Allemands), face au rôle majeur de l’artillerie guidée non plus par observateur fixe mais par drones. À dire vrai dès 1939, la Luftwaffe guidait les artilleurs de la Heer par transmissions radio instantanées, mais du côté de l’US-Army, il y eut tant de « bavures » coûteuses en hommes et même en généraux US, en Italie et en France, que cette coopération ne semble pas avoir été une spécialité nord-américaine – les GI’s parlaient d’ailleurs de « The US-Luftwaffe » pour stigmatiser les conséquences de la criminelle insuffisance de la coordination au sein de l’US-Army.

Les génies redécouvrent l’importance tactique des petites unités, rompues à l’action de commandos ultra-mobiles : l’équivalent des Stoss-Truppen allemandes (1917-18) ou des Corps francs de l’Armée française (1917-18, puis en 1939-40), repris par les Britanniques à compter de 1941. Mais hier comme aujourd’hui, l’action de ces petites unités est limitée à des coups d’épingle (très appréciés des journaleux, comme ils l’étaient durant la Grande guerre), si elle n’est pas suivie immédiatement par une action puissante d’une ou plusieurs divisions.
Dès 1915, de remarquables troupiers français (André Maginot) et allemands (Willy Röhr) réclamaient la formation et l’utilisation de ces unités de grande mobilité, pour préparer l’action de grosses unités sur un objectif tactique de grande importance – ce fut réalisé lors de la prise de Riga en septembre 1917, puis dans la zone de Caporetto en octobre 1917.
Et même à l’heure des satellites et des drones d’observation, l’infiltration des lignes adverses pour identifier les unités et ramener des prisonniers pour les interroger reste d’actualité… les interrogatoires ne sont sûrement pas plus rudes qu’ils ne l’étaient durant la Grande Guerre ou la Seconde édition !
Oui, c’est à l’échelon tactique (chef de compagnie ou de section, voire encore plus bas dans la hiérarchie) que se gagne ou se perd un bout de terrain dans une guerre de position ! On le sait depuis les offensives criminelles des fous furieux Joffre, v. Falkenhayn, Cadorna, Haig, Nivelle : une résistance acharnée de défenseurs héroïques peut briser une offensive précédée d’une débauche d’artillerie, voire – à compter de la fin de 1917 – l’entrée en jeu de monstres blindés dont les « maladies de jeunesse » durèrent fort longtemps : jusqu’en 1941, les moteurs peinaient à suivre la course-poursuite engagée contre le poids du canon et de la cuirasse.

Après avoir reconnu une nouvelle fois l’importance du péril aérien (bien connu depuis les offensives de 1918, ce que de Gaulle, coincé dans ses Oflag depuis 1916, n’avait pu percevoir, à la différence d’un Guderian) et de nos jours lié davantage aux drones et aux missiles qu’aux super-chasseurs ultra-onéreux, les « cerveaux » nord-américains redécouvrent « l’effarante dépense en munitions ».
Si nos actuels génies s’étaient penchés sur l’An 1914, ils sauraient que dès le mois de septembre, toutes les armées devaient économiser les tirs (canons et fusils) du fait de « l’effarante » chose que nul « stratège » n’avait prévue… et qui, pourtant, avait été constatée durant la Civil War des USA, puis la Guerre russo-nipponne de Mandchourie !

Que les logisticiens de 1914 n’aient pas prévu l’énorme gaspillage en munitions – en gros, il aura fallu 5 tonnes d’obus pour tuer un ennemi, durant la Grande Guerre -, cela peut se comprendre. Les Européens, endormis par les expéditions coloniales, estimaient que « tout serait réglé en trois mois ». Mais qu’un siècle plus tard, les soi-disant génies d’états-majors redécouvrent le phénomène témoigne d’une seule chose : la nullité de l’enseignement de l’histoire.

De fait, cette matière n’est trop souvent qu’un simple objet de propagande et non une source de renseignements précis pouvant étayer de solides réflexions et instaurer une organisation efficace : armements utiles (et non de « prestige »), noria logistique, techniciens efficaces. Un chef de guerre est devenu avant tout un manager ; on le sait depuis l’offensive US en France de 1944.
On sait aussi, depuis les années 1914-15 et 1939-41, qu’on n’improvise pas du jour au lendemain l’accroissement majeur de la production d’armes et de munitions dans les usines travaillant pour l’effort militaire, surtout après quelques décennies où les clowns des universités, de la politicaille et des media ont promis « la fin de l’histoire » !
Il serait temps de rappeler aux moins sots de nos contemporains que la guerre est une réalité universelle et diachronique et que la quasi-totalité des guerres ont une finalité de domination économique. Il est bon de toujours prévoir l’éventualité d’une Défense, voire d’une Offensive. Là encore, l’enseignement dogmatique de l’histoire jure avec les faits réels.

Les années 2022 sq. feront sourire de pitié les observateurs de l’avenir, d’autant qu’ils auront à l’esprit un fait trop occulté en Occident : cette triste affaire a été initiée par le couple Obama-Biden dès 2014 avec le putsch de Kiev, dans le but d’accroître la puissance du monstre US à la poursuite de la chimère rooseveltienne – celle d’un Globe terrestre américanisé.

Ce projet mégalomaniaque du « One World » n’a pas fini d’entraîner la mort de centaines de milliers d’Européens, victimes plus ou moins innocentes – car la bêtise consentante s’apparente à de la complicité – de la folie des grandeurs de l’hyper-capital.

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