
Un navire transportant plus de 700.000 barils de pétrole brut russe est arrivé aux Philippines, quelques jours après que le pays s’est déclaré en « état d’urgence énergétique » en raison de la guerre au Moyen-Orient. Le Sara Sky, battant pavillon de la Sierra Leone, a transporté du brut de haute qualité provenant de l’oléoduc russe Sibérie-Pacifique (ESPO). Il est arrivé lundi et destine sa cargaison à Petron, la seule raffinerie des Philippines. L’archipel dépend largement des importations de carburant, dont le coût a flambé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. La porte-parole de la présidence, Claire Castro, a confirmé l’achat de pétrole russe à la presse. Il s’agit de la première livraison de pétrole russe aux Philippines depuis cinq ans. Interrogé sur le pétrole russe, les Philippines assument « leur devoir de protéger et sécuriser les intérêts nationaux des Philippins » fortement surpris que les Etats-Unis ont été incapables de répondre ces derniers jours à leur demande d’aide en dépit de leurs bases militaires dans le pays. Le président philippin Ferdinand Marcos a déclaré ratisser large dans la recherche de carburant, Manille estimant alors qu’il lui restait environ 45 jours de réserves. Cet achat de pétrole russe ne pourra satisfaire que deux jours de demande nationale. L’achat a été possible parce que ce mois-ci, les États-Unis ont assoupli certaines sanctions, autorisant l’achat du pétrole russe se trouvant actuellement en mer jusqu’au 11 avril. Alors que le gaz naturel représente 14 à 17,5% de la production d’électricité du pays, les Philippines, régulièrement affectées par des pannes de courant, dépendent de l’importation de charbon pour plus de la moitié de leur électricité. L’archipel prévoit donc également d’augmenter la production de ses centrales à charbon afin de maintenir des coûts abordables pour l’électricité, le prix du gaz naturel liquéfié ayant flambé à cause de la guerre.
Parallèlement, la Chine a appelé jeudi les Etats-Unis à ne pas introduire le « chaos de la guerre » en Asie-Pacifique, après que Washington et ses alliés ont annoncé envisager la construction d’une usine de munitions aux Philippines. Le sujet est d’autant plus sensible pour Pékin que Manille lui dispute plusieurs îles en mer de Chine méridionale, vaste étendue maritime réputée riche en hydrocarbures et située entre leurs deux pays. Un groupe de défense intergouvernemental dirigé par les Etats-Unis a accepté la semaine dernière d’évaluer le financement d’une nouvelle ligne d’assemblage et de production de munitions aux Philippines. Cette décision a été prise par les 16 membres du « Partenariat pour la résilience industrielle en Indo-Pacifique » (PIPIR, en anglais), qui comprend notamment les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud et les Philippines.
A noter que Pékin et Manille se sont fréquemment affrontés ces dernières années autour de territoires disputés en mer de Chine méridionale. Invoquant des arguments à caractère historique, la Chine revendique la quasi-totalité des îlots de cette mer. Elle conteste les conclusions d’une cour d’arbitrage internationale, selon lesquelles ses revendications n’ont aucune base juridique.

Les Philippines et la France ont conclu un accord (photo ci-dessous) permettant aux soldats des deux pays de participer à des exercices conjoints sur le territoire de chaque partie. C’est le premier pacte de ce type entre l’archipel et un pays européen.

Au cours des deux dernières années, les Philippines ont passé des accords similaires avec le Japon, le Canada et la Nouvelle-Zélande, afin de faire face à Pékin en mer de Chine méridionale. Manille est directement confrontée aux prétentions chinoises sur cette voie navigable cruciale, que Pékin revendique dans sa quasi-totalité malgré la décision d’un tribunal international estimant ces prétentions dénuées de fondement juridique. Quelques heures plus tôt, l’armée philippine avait accusé Pékin de mener des « manœuvres dangereuses » en mer de Chine méridionale. La marine française a déjà participé à des exercices conjoints en mer de Chine méridionale aux côtés de navires philippins et américains. Le porte-avions Charles de Gaulle a fait sa première escale dans la baie philippine de Subic Bay en février 2025.
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