Par François-Xavier ROCHETTE.
L’“imprévisible” Trump était-il prévisible ?
Ainsi la guerre contre l’Iran continue en s’aggravant. Cela était prévisible aux premiers instants du conflit. Prévisible pour nous tous après le déclenchement des hostilités. Mais cette guerre qui va durer n’était-elle pas en réalité prévue avant même qu’elle ne débute avec l’engagement de l’empire américano-sioniste ? On peut légitimement se le demander quand on sait quel niveau d’espionnage a atteint cette entité maléfique. Qui sait qui a un trou à sa chaussette mais qui ignorerait par exemple le nombre approximatif de missiles iraniens et ne serait pas informée quant à la véritable sociologie du pays, sur son nationalisme, la solidité, la force de sa foi. Du reste, il est difficile de croire que les services de renseignement de la première puissance mondiale pouvaient ignorer ce que savaient, avaient découvert et analysé de nombreux think tanks et experts indépendants avant la guerre d’aujourd’hui et souvent avant la fameuse guerre des douze jours.
LES EXPERTS AVAIENT ANTICIPÉ LES CONSÉQUENCES DE LA GUERRE CONTRE L’IRAN

RAND Corporation a par exemple publié de nombreux rapports sur les scénarios de guerre avec l’Iran avant 2025-2026, incluant des analyses sur les conséquences pour les États-Unis (coûts militaires, impacts sur les alliés, prolifération nucléaire). En 2025, ses experts ont discuté des limites d’une campagne aérienne pour détruire le programme nucléaire iranien de façon permanente, et des risques d’escalade régionale affectant les économies occidentales via l’énergie et la stabilité du Golfe. La Brookings Institution a exploré les dangers d’une guerre en Iran, y compris les risques pour les États-Unis et l’Europe (reflux migratoire, chocs énergétiques, stagflation). Leurs experts ont averti, avant le 28 février, que même une frappe limitée pourrait déclencher des représailles asymétriques touchant les intérêts occidentaux. Atlantic Council et Chatham House notamment ont prévu un baril à 100 dollars dans la situation que nous connaissons aujourd’hui, et un baril à 130 dollars si la situation militaire reste la même pendant plusieurs semaines. Enfin le CSIS (Center for Strategic and International Studies) a publié en février 2026, avant le déclenchement de la nouvelle guerre, une étude intitulée « If Trump Strikes Iran : Mapping the Oil Disruption Scenarios », (https://www.csis.org/analysis/if-trump-strikes-iran-mapping-oil-disruption-scenarios) qui prévoyait au point près l’inflation actuelle sur les prix de l’énergie et les risques (extrêmement probables) de récession si le détroit d’Ormuz était bloqué longtemps.
Pour le grand public, Politico a compilé en juin 2025 les avis de 8 experts sur ce qui se passerait si les États-Unis bombardaient l’Iran : blocage du détroit d’Ormuz, attaques sur les infrastructures pétrolières du Golfe, hausses dramatiques des prix du pétrole, et, dans un autre registre, incitation potentielle à la prolifération nucléaire (l’Iran accélérant son programme pour se protéger). Des économistes, ceux de Goldman Sachs et Moody’s notamment, ont modélisé des scénarios avec un pétrole à 130-185 dollars le baril en cas de fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, menant là encore à une récession mondiale ou à une stagflation incurable en dehors d’une vaste économie de guerre, surtout pour l’Europe (très dépendante des importations énergétiques).
En définitive, tous les experts sérieux ont anticipé les conséquences bien réelles de la guerre en cours. Des conséquences qui étaient considérées comme inéluctables, et qui touchent tous les continents.

Aussi, quand le quotidien Le Monde écrit le 13 mars dernier que « quinze jours après le début de la guerre lancée avec Israël contre l’Iran, l’administration Trump semble ne pas avoir anticipé les frappes iraniennes contre les pays de la région, la fermeture du détroit d’Ormuz ou la succession organisée au sein du régime », nous pouffons. Le système américano-sioniste savait parfaitement que l’Iran avait non seulement toutes les capacités pour répondre avec vigueur à son agression mais aussi qu’il accepterait cette guerre à partir du moment où sa direction et ses enfants étaient mortellement touchés. Il était évident pour les experts (que les media n’ont relayés qu’avec parcimonie) que la grande Perse n’allait pas s’effondrer et certainement pas se coucher.

« En Iran, les partisans de la République islamique sont galvanisés par un sentiment similaire (à celui qui prévalait durant la guerre Iran-Irak) », écrivait encore Le Monde le 13 mars, à savoir celui d’être engagé dans une lutte existentielle, le combat de leur vie. D’où la forte affluence enregistrée aux rassemblements organisés en hommage à Ali Khamenei et aux commandants tués. Un fin connaisseur du régime résume l’état d’esprit qui prévaut dans ces cercles : “Il y a quarante ans, la guerre Iran-Irak [1980-1988] a offert au régime des martyrs qu’il continue d’utiliser encore aujourd’hui. Imaginez combien de temps les militaires et les officiels iraniens tués depuis le 28 février pourraient alimenter le récit du pouvoir”. » Mais voilà, comment imaginer que l’empire américano-sioniste ait pu ignorer cette donnée sociologique fondamentale ?

Selon cette source, la probabilité d’un recul de la direction iranienne est quasi nulle : “Reculer maintenant signifierait une mort certaine.” Dans cette logique, explique encore celle-ci, la priorité est de rétablir une forme d’équilibre des forces : “Les Iraniens doivent d’abord parvenir à une forme de parité en imposant un coût très élevé à leurs adversaires”, ce qui leur garantirait qu’en cas de cessez-le-feu les frappes israéliennes ne se poursuivent pas, comme cela a été le cas au Liban. ». Répétons-le, tous les analystes sérieux connaissaient les conséquences d’une agression américano-sioniste sur l’Iran, qui est une grande nation-civilisation, préparée à l’avènement d’une grande guerre existentielle. Qu’il existe dans la société iranienne une partie du peuple opposée au régime de la République islamique, nous l’entendons bien, mais dire et redire comme le font les journaleux occidentaux, à l’instar d’Ulysse Gosset, que 90 % des Iraniens seraient des ennemis du pouvoir en place est un mensonge extraordinaire relevant de la pure propagande. Une propagande qui se poursuit, bien laborieusement il faut le souligner. Regarder une heure, une seule, une chaîne d’information le montre clairement, que ce soit CNews, BFMTV ou LCI.

Des chaînes d’intox assénant ce mensonge selon lequel l’écrasante majorité des Iraniens détesteraient le pouvoir en place, ou encore un autre selon lequel les Iraniens fuiraient en masse le pays alors que les nationaux regagnant leur patrie sont plus nombreux que ceux la quittant actuellement. Bien sûr la journaillerie qui ne peut nier l’ampleur des retours des Iraniens via la Turquie parle de « visites à la famille » pour tenter d’expliquer ce flux. Mais les dizaines de milliers d’hommes qui entrent, qui rentrent en Iran, ne le font pas pour boire un thé avec la grand-mère mais évidemment pour se battre aux côtés de leurs frères. Un phénomène qui témoigne d’une volonté populaire farouche de se battre jusqu’au bout, jusqu’au martyre, pour la patrie et pour le peuple. Les fanfaronnades de Donald Trump et de son équipe de grands bourgeois, ses sorties grotesques et dansantes sur la supposée défaite de l’Iran qu’il décrit comme une nation pulvérisée, anéantie, rétamée, fumante, sont totalement fausses.

L’IRAN ÉCRASÉ ?

Si le comédien Trump peut se permettre d’émettre de telles fantaisies, c’est en premier lieu parce que le monde occidental est soumis à une propagande “mastodontale” axée autour des seuls dommages subis par l’Iran alors qu’en réalité ce dernier continue d’arroser de ses missiles et de ses drones Tel-Aviv et les bases américaines situées dans les pétromonarchies. Las, la marionnette Trump qui semble avoir été tiré par le toupet par l’entité sioniste dans cette guerre apparemment improvisée a demandé sur son réseau Truth à la Corée du Sud, au Royaume-Uni, à la France, au Japon d’intervenir pour ouvrir le détroit d’Ormuz alors qu’il est le premier responsable de sa fermeture.

Quel bilan de l’action américaine en Iran ? Une amplification du désordre international, un accroissement des tensions internationales, et donc une intensification de la militarisation du monde. Alors que Trump ne cesse depuis des mois de se poser en adversaire de l’Europe (un Trump qui a porté de vrais coups économiques contre nous), alors qu’il affirme vouloir prochainement retirer son armada de Corée du Sud pour la déployer à Taïwan, il provoque une nouvelle fois ces nations en les intimant d’agir pour résoudre un problème qu’il a lui-même créé.
TRUMP SANS COSTUME NI MAQUILLAGE

Il faut regarder la réalité telle qu’elle est. Et se défier de toute naïveté. Il n’existe pas de grands représentants politiques aventureux et fantasques. Cette idée est complètement bidon. L’image d’un Trump changeant, “farceur”, imprévisible et ultime décideur, fabriquée par le complexe médiatico-politique, est un énorme mensonge servant à brouiller ses réels objectifs, son programme.
Le comportement d’un Donald Trump, comme auparavant celui d’un Joe Biden, sert d’étai au grand narratif imprimé par le pouvoir via ses relais médiatiques. Si les Etats-Unis ont laissé se développer la guerre russo-ukrainienne, c’est, selon Trump, parce que Biden était complètement sénile. Si Trump a en définitive déclenché une guerre extrêmement périlleuse contre l’Iran, c’est parce qu’il est “imprévisible” selon ses partisans ou “fou” selon ses détracteurs. Comme nous le voyons, l’argument fondamental censé expliquer les conflits en cours relève de l’irrationalité la plus pure et de l’arbitraire.
Les media valident d’autant plus facilement ce narratif qu’il ne peut exister, selon eux, une entité plus profonde et supranationale qui dirige les grands représentants politiques. Le croire ou même poser ce fait comme une hypothèse relève en effet du complotisme qui constitue une hérésie politique capitale. Dans les grands media, nous pouvons tous l’observer quasiment chaque jour, la moindre phrase qui pourrait laisser à penser qu’une force « non identifiée » ou « non prononcée » serait à l’œuvre derrière le jeu de comédiens auquel nous assistons, est immédiatement reprise, reformulée, par un commissaire politique sur le plateau de télévision. « Pas de complotisme ici », chuchote parfois un supérieur sur quelque plateau de télévision.

Sur : RIVAROL, n°3700 du 18/03/2026, dans les meilleurs kiosques et marchand de journaux.
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