par Magnus MARTEL.
Qui de l’œuf ou de la poule ? Éternelle question sans réponse à vue humaine. Toutefois, Dieu étant le maître de toute création, la question importe-t-elle vraiment ? Au plan géostratégique néanmoins, celle-ci ne manquera pas d’introduire notre propos. Qui de l’œuf ou de la poule, donc ?

Depuis deux bons mois désormais, la question d’une intervention guerrière des États-Unis contre l’Iran des “infâmes” mollahs maintenait le monde entier en haleine. La sphère géopolitique et sa courroie de transmission des médias surtout. Washington amassait-elle des moyens dans tout le Proche-Orient pour en finir avec le seul véritable ennemi régional, voire mondial, d’Israël (mon peuple) depuis la chute de Saddam Hussein — abattu déjà en arguant de prétextes — en 2003 ? Ou bien tout cela n’était-il qu’un gigantesque bluff à milliards de dollars uniquement destiné à ce que Téhéran fasse tapis et accepte l’ensemble des conditions soufflées à l’oreille de Trump par ses “amis” et mentors juifs ?
Les Yankees ne sont pas très originaux. Il y a 23 ans, à une vingtaine de jours près, le scénario était presque identique. Fort de tout son arsenal amassé dans la région et faisant fi des dénégations de l’Irak, W Bush, le fils de celui qui avait commencé le boulot deux septennats plus tôt, sommait le président irakien de quitter le pouvoir sur le champ. “Partez !” avait-il le culot de lui lancer devant les caméras du monde entier depuis le pont d’envol d’un des porte-avions de la flotte états-unienne.
L’AMÉRIQUE AU SERVICE DES INTÉRÊTS ISRAÉLIENS

Depuis lors, le glaive américain n’avait pas chômé. L’Afghanistan restait un théâtre de guerre ; vaincu par une guerre de trois semaines, l’Irak serait à pacifier ; les printemps arabes pilotés par la CIA chahutèrent la Tunisie et l’Égypte ; en Libye, au Yémen et en Syrie, cela ne se passa pas aussi bien : il fallut six à sept mois d’une intense campagne maritimo-aérienne pour finir par trucider le colonel Kadhafi ; en Syrie, malgré un appui russe survenu plus de quatre années après le début de la guerre hybride conduite par “l’Occident” via un certain nombre de proxys, qu’ils soient islamistes sunnites ou communistes kurdes, l’armée turque et l’aviation sioniste, le régime baassiste — finalement abandonné par une Russie témoignant d’un surprenant laxisme notamment à l’égard de l’État hébreu dès 2018 — s’est effondré à la fin de l’année 2024 ; quant au Yémen, il n’a cessé d’être en guerre, en partie depuis les « printemps arabes », surtout depuis 2015 et l’intervention conjointe de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis contre les Houthis. Quel était le point commun entre Syrie et Yémen ?

La République islamique d’Iran (RII). Ou, plus exactement « l’Axe de la Résistance », tel qu’il se définit lui-même, emmené par Téhéran qui restait pour ainsi dire le dernier pays musulman à soutenir officiellement et réellement, physiquement, je dirai même dans sa chair propre, la cause palestinienne. Des Palestiniens très majoritairement sunnites, même s’ils comptent une poignée des derniers chrétiens d’Orient. Ouvrons ici une grossière mais importante parenthèse : l’Islam est lui aussi très majoritairement sunnite (les chiffres actuels, selon Wikipédia qui ne se montre pas très cohérente sur la question (1), oscilleraient entre 80 et 90 %). Les sunnites, comme leur nom l’indique, sont les tenants de la Sunna (“tradition”, en arabe) ; c’est-à-dire qu’ils sont attachés davantage aux rites — et donc aussi aux règles — institués de son vivant par le “prophète” Mahomet et ce, peu importe qui conduit effectivement leur courant religieux. C’est si vrai que l’islam sunnite ne dispose pas de clergé hiérarchisé. Ce qui n’est pas le cas du chiisme qui, initialement, estimait que l’islam devait avoir un chef issu de la famille de Mahomet ; raison pour laquelle ils suivirent Ali, cousin germain et gendre du “Prophète”, qui sera assassiné à Koufa (Irak) en 661. Par la suite, le chiisme a connu lui-même diverses scissions et l’islam chiite se divise donc aujourd’hui en six groupes dont le plus important est le chiisme duodécimain que l’on trouve majoritairement en Iran (90 % de la population et 40 % du total des musulmans chiites dans le monde), en Irak (77 % de la population) et au Liban où ils constituent une forte minorité présente principalement dans le Sud du pays et dans la plaine de la Bekaa. Là-dessus s’ajoute une fracture ethnique : les Iraniens sont majoritairement des Persans (38 %) et il se murmure qu’ils auraient jadis embrassé la religion chiite précisément pour se démarquer de leurs envahisseurs arabes. L’une des branches du chiisme — les Alaouites — dirigeait la Syrie jusqu’à la fin de l’année 2024. Une autre est présente dans les montagnes de l’Ouest du Yémen : les rebelles houtis qui tiennent toujours l’ex-capitale Sanaa sont des chiites zaydites.
LE REMODELAGE DU PROCHE-ORIENT DANS UN BAIN DE SANG

La géopolitique régionale de Téhéran a connu son apogée dans la première décennie de ce siècle, alors que leurs ennemis américains (et israéliens) étaient surtout affairés contre l’Irak de Saddam Hussein (de l’Afghanistan aussi, pour les États-Unis et l’OTAN) puis à gérer les conséquences de sa défaite dans un pays livré au chaos après avoir été étranglé économiquement une bonne dizaine d’années durant. Pour les tenants de la République islamique d’Iran, c’est une opportunité qui s’ouvre : le croissant chiite ouvert par la chute du Zaïm leur permet désormais de soutenir directement via la Syrie leurs alliés libanais du Hezbollah et les Palestiniens dont ils défendent la cause face à l’oppression israélienne. Cette aide précieuse permet à la milice chiite libanaise de sortir vainqueur de la guerre de 60 jours déclenchée par le régime sioniste au début de l’été 2006. C’est à cette époque que Téhéran tissera ses réseaux inter-chiites qui se révéleront par la suite d’une redoutable efficacité.
La guerre faite à la Syrie à compter du printemps 2011 puis la montée en puissance de DAECH (État Islamique en Irak et au Levant) viendront compliquer la chose malgré l’engagement d’unités aguerries du Hezbollah en Syrie à partir de 2013, avec un certain succès au cours de cette même année. Pourtant, à l’été 2015, la situation est de plus en plus compliquée, voire quasi désespérée pour le pouvoir syrien. Le Régime de Bachar al Assad ne contrôle alors pratiquement plus que l’Ouest du pays : le réduit alaouite sur la côte méditerranéenne et les principaux axes le reliant à la capitale Damas, la frontière syro-libanaise ainsi que quelques petites poches, avec les Kurdes des Forces Démocratiques Syriennes (FDS ou YPG), dans le Nord-Est du pays.

C’est alors que Moscou entre véritablement —jusqu’alors une poignée de conseillers s’efforçaient de renseigner et de guider au mieux les militaires syriens tandis que des forces réduites protégeaient la base russe de Tartous) — en jeu au côté de Damas et sauve la situation en engageant des forces nombreuses, notamment aériennes mais aussi terrestres et maritimes. Avec les soldats russes, des éléments iraniens de la Force Qods (un corps expéditionnaire issu des Gardiens de la Révolution) sont aussi présents. C’est ainsi que le Nord du Pays — dont la ville d’Alep (photo ci-dessus) — est reconquis en 2016, à l’exception d’une poche du Nord-Ouest centrée sur la ville d’Idlib et jouxtant la frontière turque qui servira de réceptacle pour tous les djihadistes ayant choisi de déposer les armes dans d’autres zones du pays. C’est d’ailleurs de cette poche que déferleront les mêmes djihadistes réarmés par la Turquie du sieur Erdogan — et certainement aussi par ses complices de “l’Occident” — qui finiront donc par l’emporter. En 2017, les forces alliées du régime repoussent les éléments de DAECH du Centre du pays jusqu’à l’Euphrate. La ville de Deir Ezzor, longtemps isolée et assiégée par les islamistes, est délivrée.

Cependant, c’est le moment que vont choisir les forces états-uniennes — Trump venant d’entamer son premier mandat —, au prétexte de la prétendue lutte contre l’État islamique, pour mettre le pied dans un pays martyrisé par six années de guerre sans y avoir pourtant été invitées par les autorités officielles syriennes. Les Syriens protesteront. Les Russes itou. Rien n’y fera. Les Yankees s’installent au sol dans toute la vallée de l’Euphrate, de Raqqa à la frontière irakienne ainsi qu’aux confins désertiques des frontières syrienne, jordanienne et irakienne, à Al Tanf où ils construiront une base qui a tout récemment été abandonnée. Avec la piétaille kurde dont ils vont se servir sans vergogne avant de finalement la laisser choir, ils contrôlent le tiers nord-est de la Syrie, plus cette péninsule en territoire syrien dont ils interdisent toute approche à l’aide de leurs lance-roquettes HIMARS, d’une portée de quatre-vingts kilomètres. Au passage, ils mettent la main sur les puits de pétrole situés à l’est de l’Euphrate qu’ils exploitent sans le moindre scrupule. A posteriori on reconnaît la touche Trump dans la manière d’opérer. Dans les airs, les Russes sont obligés de manger leur chapka en partageant le ciel syrien avec l’US Air Force à travers des échanges complexes dits « de déconfliction ».
Mais il y a pire — et plus incompréhensible encore de la part des Russes en général et de Poutine en particulier —. Malgré des tensions de plus en plus vives avec l’aviation israélienne qui conduiront à la dramatique affaire de la destruction en vol d’un appareil de renseignement russe, le chef du Kremlin se montre toujours plus conciliant envers le criminel Netanyahou même si, pour la forme, il fait déployer en Syrie un ou plusieurs systèmes anti-aérien(s) S-300. Vladimir doit certainement considérer comme citoyens russes les juifs de l’ex-URSS ayant décidé de rejoindre l’Eretz et entend visiblement les protéger. En tout cas davantage que ses propres alliés. Depuis lors, les Israéliens ne vont pas cesser d’agresser les forces syriennes et surtout les éléments iraniens et ceux du Hezbollah, au prétexte d’empêcher, prétendent-ils, les armes iraniennes d’atteindre le Liban, n’hésitant pas à agresser au passage les éléments du Hezbollah irakien présents à la frontière syro-irakienne, autour des villes d’Abou Kamal (Syrie) et d’Al Qaim (Irak).
TRUMP ET NETANYAHU : DES HOMMES SANS PAROLE, SANS CŒUR ET SANS HONNEUR

Depuis 2022 et le lancement de sa sotte « opération spéciale de dénazification » en Ukraine, c’est la débandade russe partout dans le monde. Au Proche et au Moyen-Orient, cela se traduira par la décapitation du Hezbollah libanais par Washington entre l’été et le début de l’automne 2024, la chute du régime syrien le 8 décembre 2024, une première agression américaine de l’Iran sous faux drapeau à étoile de David lancée le 13 juin 2025 suivie d’une vraie agression spectacle des mêmes Américains destinée à sortir honorablement d’une affaire engagée cette fois un peu trop à la légère (2). En fin d’année 2025, les mêmes remettront le couvert en tentant une nouvelle révolution de couleur contre le régime iranien qui, finalement, échouera mais aura quand même coûté au peuple iranien la bagatelle de plusieurs milliers de tués. Après la saisie rocambolesque du président vénézuélien Nicolas Maduro au tout début de cette vilaine année 2026 (3), si l’Iran des mollahs venait désormais à tomber, on se demande ce qu’il resterait encore aux Russes comme positions et alliés dans ce monde ?
Après la tentative avortée de renverser la République islamique d’Iran, Trump maniait la carotte et le bâton, ce qui semble être son sport favori après le golf. La carotte d’un nouvel accord qui permettrait à l’Iran de commercer librement avec ses différents partenaires (la France en fut). Le bâton d’une méchante agression si le régime refusait les conditions imposées par Washington. En réalité par Jérusalem. Pour l’occasion l’axe Washington-Jérusalem avait eu recours aux bons offices de Badr Albusaidi, ministre des Affaires étrangères du sultanat d’Oman, qui se montrait confiant encore le vendredi 27 février, les Iraniens ayant témoigné d’une incroyable bonne volonté concernant le volet nucléaire. Las, le 28, après le début des frappes sur l’Iran, il se livrait sur X, dépité : « Je suis consterné. Une fois de plus, des négociations sérieuses et actives ont été compromises. Ni les intérêts des États-Unis ni la cause de la paix mondiale n’en bénéficient. Je prie pour les innocents qui souffriront. J’exhorte les États-Unis à ne pas s’enliser davantage. Ce n’est pas votre guerre. »
Chacun savait pourtant que, tout comme pour le conflit russo-ukrainien, les négociations ne pourraient aboutir. Quand on prétend dialoguer, qui plus est pour mettre fin à une guerre ou pour l’éviter, il faut que chacune des parties concernées daigne faire preuve d’un minimum de bonne volonté… Mais les judéo-protestants avaient-ils seulement l’intention de parvenir à un accord équilibré avec le régime des mollahs qu’ils avaient tenté d’abattre quelques semaines seulement auparavant ? Évidemment non. Raison pour laquelle ils exigeaient de Téhéran, outre le renoncement au nucléaire, qu’elle détruise sous contrôle l’intégralité de ses missiles — son unique véritable moyen de défense — et qu’elle cesse de soutenir les différents groupes de résistance chiites présents au Proche et au Moyen-Orient. Conditions évidemment inacceptables pour tout État souverain digne de ce nom. L’Iran ne pouvait s’attendre qu’à une agression infâme de la part d’individus sans parole ni cœur ni honneur, ce que sont Netanyahu et Trump. À moins que, toujours naïf et espérant réellement un accord, l’Iran n’ait voulu y croire jusqu’à la dernière minute tout en brandissant un certain nombre de menaces à travers une rhétorique guerrière.
UNE CRIMINELLE AGRESSION AMÉRICANO-SIONISTE

Sans aucune déclaration de guerre ni même véritable ultimatum — une habitude désormais —, les Américains et les Israéliens ont frappé violemment la Perse dans l’euphorie des “pacifistes” judéo-centrés et judéo-serviles des plateaux de télé. Dès le 28 février, premier jour de l’opération cinétique américano-sioniste, TF1 jubilait, même s’il était fait état d’une riposte iranienne. Le 1er mars à midi, la chaîne annonçait fièrement la mort d’un vieillard. Cependant, le régime ne vacillait pas ; pire, il continuait de riposter tous azimuts, précisant que le pire restait à venir pour les agresseurs et leurs valets du Golfe Persique. Le JT de 20h00 n’avait déjà plus la même teneur. Alors ? Il est encore trop tôt pour dire ce que seront les jours à venir car les déclarations des deux camps restent conformes à leurs buts de guerre. L’Iran a reconnu la perte de son guide suprême ce dimanche matin mais le détroit d’Ormuz est bel et bien fermé à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Magnus MARTEL.
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(1) La fiche de l’encyclopédie en ligne relative au sunnisme évoque entre 85 et 90 % de musulmans sunnites au sein de l’islam tandis que celle relative au chiisme parle de 15 à 20 % de chiites. On peut considérer le point moyen comme situé autour de 85 % de sunnites pour 15 % de chiites. Un troisième courant de l’islam, le kharidjisme étant pour sa part insignifiant.
(2) Cf. nos articles dans les numéros 3630, 3633, 3666 et 3667 de RIVAROL.
(3) Cf. notre article dans le numéro 3690 de RIVAROL. […].
Source : Rivarol, n°3698 du 04/03/2026

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